Qui réclame les DRM ' A cette question, la Free Software Foundation
( FSF ) répond que ce ne sont certainement pas les utilisateurs...mais
plutôt les majors du disque. Un responsable de
RealNetworks, a déclaré récemment que Linux risquait de se voir exclu
du marché car il ne supporte pas les mesures techniques de protections.
Là où il y a des intérêts à défendre, il y a souvent un aveuglement
volontaire de la réalité; en majorité, les consommateurs repoussent les
DRM ( Digital Rights Management ) et les restrictions sur les oeuvres
digitales.
A la conférence LinuxWorld qui se déroule à Boston,
Jeff Ayars, vice-président de RealNetworks, a ainsi déclaré que le
non-support du DRM par Linux égratignerait son succès dans le secteur :
"
Pour
Linux, le fait ne pas supporter les DRM aura pour conséquences que
seuls Microsoft et les produits concernés seront les plateformes
disponibles sur le marché. ( ... )
Linux sera relégué à son
utilisation dans le domaine des serveurs et des entreprises, dès lors
qu'il refusera de fournir les technologies multimédia au public. "
Windows
Vista, le prochain système d'exploitation de Microsoft, intègrera de
son côté ses technologies propriétaires telles que Protected Media
Path, Protected Video Path ou Protected User Mode Audio, pour protéger
le contenu de ces oeuvres. "
J'aimerais que Linux fasse de même ", a t-il renchéri.
Georg Greve, président de la Free Software Foundation Europe répond du tac au tac aux prévisions d'Ayars :
"
L'affaire
du rootkit de Sony a clairement montré pourquoi les DRM n'étaient pas
acceptés par les consommateurs, et pourquoi il ne peut y avoir de
réussite commerciale à en diffuser sur le marché. (...)
Apple
iTunes permet aux gens de graver leurs CDs, qui peuvent être réencodés
et partagés très facilement. EMusic.com offre quant à lui des morceaux
audio totalement épurés de ces restrictions. Les plateformes sans DRM
sont à deux doigts de gagner en popularité. "
Il poursuit :
"
Heureusement,
c'est au consommateur de décider quel marché il voudra demain. Et sa
réponse est claire : il ne veut pas de DRM ! Plus tôt nous aurons
enterré cette idée stupide qui veut que l'industrie culturelle contrôle
l'utilisation d'un ordinateur, plus tôt nous verrons de réelles offres
alternatives. "
Bien qu'Ayars ait refusé de discuter au niveau de l'éthique des DRM, il a admis qu'il y avait un risque "
potentiel " de réactions négatives à leur intégration dans Linux, comme un
manque au niveau de l'innovation.
"
Il y a des limites à l'innovation possible autour des médias protégés. (...)
Avec
du contenu protégé, vous ne pourrez pas créer de nouveaux modèls
d'innovation comme Tivo le fit avec le time-shifting sur la télévision. ( NDLR : regarder sa série TV préférée à l'heure qui nous convient le mieux, en différé en somme ) "
Bien que la plupart du monde open source désapprouve l'intégration des DRM dans Linux, certaines firmes en faisant une utilisation commerciale seraient plus mitigées voire lus enclines à les inclure.
Selon le vice-président de RealNetworks, Red Hat, Novell ou Linspire y seraient favorables.
Tom Welch, de chez Linspire, a confirmé que sa société s'intéressait au DRM :
"
Linspire n'a pas ajouté pour le moment la possibilité de gérer les DRM dans sa distribution mais y serait partisane si on nous donne l'opportunité de le faire. si quelqu'un propose un DRM open source, nous le supporterons, mais il faudra aussi que les majors le suivent. "
Novell a annoncé vouloir supporter plus de formats qu'auparavant mais n'a pas évoqué les DRM.
"
Nous attendons avec impatience le jour où les linuxiens auront accès à tous les formats média. Nous soutenons évidemment les formats media ouverts dans nos produits et nous sommes actuellement en discussions avec les propriétaires de formats fermés pour les inclure eux aussi. "
Rappelons, s'il en est encore besoin, que Linus Torvalds, le créateur de Linux, est fermement
opposé à ces DRM.