[HS] BEBOP

Le
MELMOTH
Pour les idio/audiophilesQui désireraient /pour une fois/ écouter de
la BONNE MUSIQUE sur la chaîne de leurs rêves
Et vu l'état de moribonderie profonde des forums musique (classique et
jazz), Je M'en vas vous raconter (en plusieurs épisodes)
l'extraordinaire histoire du BEBOP

Philippe Carles disait :«BeBop : onomatopée dérivée d'une figure de
batterie servant à désigner un style musical né vers 1944 à New York.»

À l'endroit de ce terme, "le bebop", on a bien aussi parlé de ce genre
vocal mis en honneur après 1925 par Louis ARMSTRONG, le SCAT.
D'ailleurs, ce terme figurait déjà dans quelques vieilles cires de la
fin des années 1920, du début des années 1930 (Four or five times par
les McKinney's Cotton PickersOu bien I'see a mugin, par Stuff SMITH,
Mezz MEZZROW et le Quintette du Hot Club de France)
Quant à elle, la définition ci-dessus, qui possède le mérite de la
concision, nous mène sans trop en avoir l'air, comme en toute
innocence, à l'orée d'un monde nouveau (mais pas d'un "autre monde").
Un nouveau monde aux forts parfums, ironiques, désespérés, parfois
vénéneux, concoctés lentement et sûrement par les vieilles taupes
conjuguées de la révolte en marche et de la nécessité intrinsèque au
jazz lui-mêmeUn nouveau monde issu d'un ancien qui, près de 40 ans
plus tard, ne semblera pas avoir pris la moindre ride, parce que
heureusement, la révolte est toujours là !La nécessité aussi !

ÉVOLUTION - RÉVOLUTION

Pour beaucoup révolution pure et dure (lesquels n'avaient assurément
pas tort !), le bop représenta pour d'autres (et parfois c'étaient les
mêmes !), le résultat d'une évolution interne du jazz, elle-même
déterminée pour une bonne part par les contextes sociaux, politiques et
historiques dans lequel celui-ci se développait.
Ainsi (un exemple), Boris VIAN (pour qui le bop était une réalité
mouvante et multiforme), put-il, dans l'une de ses nombreuses "revues
de presse" (n'oublions pas qu'il était aussi journaliste au magazine
"Jazz Hot entre autres), à l'endroit d'un adversaire du bop aussi obtus
qu'irréductible, et qui prétendait que «il est impossible qu'une
évolution soit soudaine et rompe brûtalement avec le passé, comme ça
été le cas avec le bop», répondre : «C'est manifestement faux ; on sait
bien qu'on trouve rigoureusement tous les intermédiaires entre King
OLIVER et Dizzie GILLESPIE, pour ne citer que ces deux-là, ou même
entre Buddy BOLDEN et Miles DAVIS.»

Évolution ?Révolution ?Deux points de vue apparemment
inconciliables, mais en fin de compte complémentaires. Le bebop, de
toute évidence, n'a pas surgi ex-nihilo !N'a pas fondu comme un
virus sur les pauvres "vrais jazzmen" !Ainsi qu'a tendu à le faire
croire, voici une trentaine d'années, la métaphysique malsaine imaginée
par des adversaires acharnésPour qui le noir était toujours un bon
noirÀ condition qu'il ne sorte pas des pauvres schémas douillets
dans lesquels on l'avait une fois pour toutes emprisonné
Pour eux, un ouvrier est toujours un "bon ouvrier", n'est-ce pasDu
moment qu'il n'est ni gréviste ni syndiqué !Le bop est donc le fruit
mûr et juteux d'un certain nombre de découvertes antérieures (qui ne
furent du reste pas toujours appréhendées comme des découvertes en leur
temps et demeurèrent éparses et embryonnaires). Et cependant le bebop,
aussi, marqua une sorte de franche cassure, affirmée et révendiquée par
ses inventeurs

Là chère Philosophie, dans son infinie sagesse (!), a longtemps
enseigné que la liberté sortait toujours de la nécessité (ça, ce n'est
pas de Moi !)Que celle-ci ne se concevait jamais que dans son
rapport à celle-là.Liberté en actes, le bop ne peut exister que dans
la reprise, la compréhension de ce qui l'a précédé, et son dépassement.
Si on préfère, le bebop est une musique libre, révolutionnaire,
parcequ'il est la /résultante d'un long cheminement, de toute une
tradition qu'il assume et réalise en dépassant cette putain de
Philosophie. Simple question d'éclairage, voilà tout. VIAN - toujours
lui - attaché à affirmer l'existence des maillons intermédiaires,
pouvait sans se contredire se moquer de la conception linéaire de
l'évolution !

[Fin du premier épisode, Mes gueux (Victor®)]

«Saluons le chorus de GILLESPIE dans Algo Bueno : il tient, par la
filière habituelle, du neveu de Pépin-le-Bref qui l'avait retrouvé sur
une fresque étrusqueimportée 8000 ans avant l'Ère chrétienne par
l'Empereur du Mexique à la demande de sa grand-mère qui se souveneait
de l'avoir entendu etc..»
Issu d'une tradition, venant naturellement s'inscrire dans la logique
de cette dernière, le bebop est simple évolution. Mais conscient qu'il
est de son existence, affirmant celle-ci farouchement, conscient de ne
pouvoir être réduit à l'un des éléments hérités ou même à la somme de
ceux-ci, le bebop, par l'acte libre de volonté de ses créateurs à se
proclamer autre (acte sans cesse réaffirmé, aussi bien dans la musique
elle-même que dans xhaque circonstance de la vie - acte visant donc,
non seulement à remettre en cause une simple forme ou une esthétique,
mais également les fondements même de la société qui les a engendrées),
le bebop est révolution. Les réactionnaires qui ne l'aimaient pas, au
fond, n'avaient pas tort : ce n'est pas seulement une musique qu'ils
prétendaient apprécier que le bebop remettait en causeC'est eux-même
!

REPÈRES ÉVENTUELS

Le jazz, dès ses débuts, fut une sorte d'éthique. Le bebop, nouvelle
étape de ce même jazz aux heures troubles de l'immédiat après-guerre se
fixa pour but, non de le remplacer par la sienne propre, mais de la
reprendre en main, de la réactiver, de la redéfinir et de la
préciserLes boppers sont bien les héritiers du jazz, mais ils ne
sont plus tout à fait comme leurs aînésNombre des anciens,
cependant, avant eux, avaient commencé la campagne de salubrité que les
successeurs reprendront sur une vaste échelle.
Jean Louis GINIBRE disait : «On pouvait croire (dans les années 30) la
musique négro-américaine sortie du ghetto. En fait, cette situation
était le produit d'un authentique malentendu. C'est dans la mesure où
le grand public le confondait avec autre chose que le jazz avait droit
de cité. Autant dire qu'au sein de la société américaine, il n'était
qu'un h^te clandestin. Par ailleurs, un nombre croissant de musiciens
s'inquiétait de voir le jazz se laisser prendre au jeu de sa nouvelle
respectabilité et s'embourgeoiser».

Les découvertes, le plus souvent isolées, des grands et petits maîtres,
si elles suscitaient déjà l'enthousiasme, l'admiration de très jeunes
"Turcs", ne sollicitaient que modérément le public (quelques amateurs
et critiques chevronnés exceptés). Néanmoins, peu à peu, un courant se
créa, d'abord souterrain puis à l'air libre, qui se mit à redéfinir les
règles du jeuà repousser les limitesà intégrer dans son discours
en cours de constitition les diverses découvertes, leur conférant ainsi
leur sens et leur cohérence

BonLa suite plus tardPas sûr d'ailleurs que vous suivez tous,
làEst-ce que vous Me lisez seulement ?!
Jeposelaquestion©

À la suite des gravures de ces précurseurs (il y en eut d'ailleurs bien
d'autres !), il faudrait se pencher en particulier sur quelques uns des
premiers enregistrements de Mon Pote GILLESPIE, l'un des chefs de file
du mouvement : King Porter Stomp, son premier solo, enregistré en 1937,
dans l'orchestre de Teddy HILL, et When Lights are low, une des cires
les plus illustres réalisées par un des nombreux petits groupes que
réunissait alors pour le studio Lionel HAMPTON. Outre Dizzy, celui-ci
comptait trois ténors : HAWKINS, WEBSTER et BERRY (excusez du peu !),
et Benny CARTER à l'alto, avec Charlie CHRITIAN à la
guitarePffftttLe rêve, quoi !

Tout ceci naturellement afin de mesurer la distance entre l'"avant" et
l'"après", afin de marquer le passageCar il faut encore et toujours
préciser que, loin de rejeter ces dangereux iconoclastes complètement
dingos, très nombreux furens les "grands" du jazz "classique" à les
nourrir dans leur sein et à les accepter dans leurs formations
respectives !
Ainsi, deux des maîtres de Kansas City, Harlan LEONARD (qui se souvient
encore de luiJeposelaquestion©) et Count BASIE (là,
Jeneposepluslaquestion©), demandèrent-ils au jeune pianiste et
arrangeur Tad DAMERON d'orchestrer pour eux quelques thèmes (par ex.
Good Bait, Dameron Stomp).
Quant à Jess STONEAndy KIRKELLINGTONCootie
WILLIAMSHAWKINSBenny CARTERARMSTRONGEarl HINESBilly
ECKSTINECab CALLOWAYBenny GOODMANFletcher HENDERSONPour ne
citer qu'eux, ils virent, de 1935 à 1945, défiler chez eux la fine
fleur du jazz à venir !

Avec Lester YOUNG comme figure de proue incontestableAvec à sa tête
le génie d'un Charlie PARKER, originaire lui aussi de Kansas city, il
est évident que le mouvement bop ne pouvait manquer de devoir
énormément à la musique si particulière pratiquée dans cette ville -
une musique qui donnait au blues et aux "riffs", ces petites phrases
mélodico-rythmiques génératrices d'abord de swing destinées à
accompagner le soliste, mais qui ensuite furent jouées pour
elles-mêmes, leur importance optimale. Pourtant, ce fut bien à New-York
(et plus précisément à Harlem, ça va de soi) que tout s'élabora
réellement. Dans des tas de petites boîtes bien cachées, totalement
inconnues des hommes du jour et de la rue, mais célébrissimes par et
pour les musicos, appréciées de quelques rares initiés (Ah !La
célèbre et mythique comtesse *Pannonica de Koenigswarter *, chre qui en
particulier Thelonius et Charlie finirent leur triste carrière)Nuit
après nuitle travail "régulier" terminé, les gens du renouveau se
rencontrèrent, se reconnurent, se trouvèrentet trouvèrent !
Les deux moins oubliés de ces laboratoires furent le MONROE's Uptown
House et le MINTON's Playhouse, dont le gérant n'était autre que Teddy
HILL, l'ancien employeur de GILLESPIE
C'est dans un de ces hauts lieux que fut enregistré sur un sale et
méchant magnétophone à fil le fabuleux Cherokee d'un PARKER déjaà
parfaitement maître de sa musique, quelques 4 années avant le définitif
Koko
Parfois (à peu près tous les soirs !), un de ceux dont la réputation
était déjà solidement établie, un de ceux qui n'était plus un
"chercheur", fasait un tour, jetait un coup d'oreille, et se mêlait à
une Jamm Session
Le fameux batteur de La Nouvelle Orléans Zutty SINGLETON habitait en
face du Minton's et il était un habitué
Les exclusives ne concernaient que les musiciens de merde. Tout exprès
pour ces cons, les féroces gardiens du "sanctuaire", les Joe
GUYIdrees SULIEMANBenny HARRISGILLESPIESonny STITT et
autres Kenny CLARKE et Thelonius MONK, avaient mis au point tout un
répertoire de thèmes effroyablement difficiles, réputés injouables (!),
tel que, par exemple, Epistrophy (de Mon Maître Thelonius)Souvent
d'ailleurs, ces morceaux n'étaient que des démarquages, des
transpositions harmoniques, de thèmes célèbres et rabachés, rendus
méconnaissables !Le très vieux Whispering devint aunsi Groovin'
HighTad DAMERON retira Hot House, la composition de Cole PORTER What
is the Thing call Love. Bien sûr, les boppers composaient aussi
abondemment, ou bien se ruaient à l'assaut des "scies" (All the Things
you are etc.) sans même se donner la peine de les retitrerCe
répertoire, nouveau, qu'il le veuille ou pas, constitua la base même
l'aire d'nvol et le terrain d'attérissage de la musique bop.
En 1944/45, GILLESPIE et PARKER confièrent au phonographe (qui n'avait
bien entendu rien à voir avec Ma chaîne de plus de 50 patates, n'est-ce
pas), soit sous leurs noms, soit en compagnie du vibraphoniste Red
NORVO, quelques témoignages encore quelque peu hybrides. Enfin, avec
deux gravures entrées dans la légende, Hot House et Salt Peanuts, le 11
mai 1945 fut considéré comme le premier jour officiel du calendrier bop
!

BonJ'ai un coup de fatigue, làLa seule idée de devoir déménager
en août Mes 22 000 CD et 2000 vinyles Me fait flipperPour sûr
Suite au prochain numéro, donc

DÉFINITIONS

Tout le monde, ou presque, s'accorde pour reconnaître que c'est d'abord
sur le plan rythmique que l'effet "bop" commença à porter ses fruits
GILLESPIE attribua à Kenny CLARKE la paternité de l'éclatement de la
section rythmaique. Ce dernier (surnommé "Klock" !), fortement
influencé par Sydney CATLETT, apprit à subdiviser chaque temps de la
mesure par des ponctuations sur la caisse claire, les toms ou la grosse
caisse. Les 4 membres acquirent ainsi leur propre indépendance. Seules
la cymbale et la contrebasse continuèrent à marquer la pulsation
régulière, tandis que les autres accessoires de la panoplie du
percussionniste, ainsi que le piano, s'accordèrent la liberté. De son
côté, la section rythmique parfaitement régulière de l'époque "swing"
(telle qu'on peut l'apprécier entre autres dans le When Lights are Low
de L.HAMTON) se substitua la polyrythmie.
Nompbreux furent les percussionnistes qui, à partir de 1942/43,
suivirent la leçon : Shadow WILSONGus JOHNSONJoe HARRISShelly
MANNE et surtout Art BLAKEY et Max ROACH, le plus moderne, étonnant, et
ce jusqu'à son camardage en 2007.
Cette mutation de la section rythmique ne pouvait que satisfaire les
mélodistes à la recherche d'autre chose, n'est-ce pasCeux-ci, lancés
et poussés, ne purent à leur tourque se jeter dans des impros souvent
très virtuoses, à la fois heurtées, sinueuses, bien propre à remettre
en question le matériau existant, tant sur le plan mélodique que sur le
plan harmonique. Il s'ensuivit des transcriptions d'une folle audace,
ironiques même (la gravité, dans le bop, ne viendra que bien
aprèsl'ironie !) et fort belles, en vérité (puisque Je vous
l'assertionne, bande de nazes !)Ces éclatantes réussites firent que
le mouvement bebop prit en peu de mois une ampleur incroyable. Il s'en
trouva, certes, pour ne considérer tout ça que comme une mode passagère
plus ou moins lucrative, mais la grande majorité, jeunes musicos
passionnés, anciens intéressés et curieux, amateurs intrigués, ne s'y
trompa point. Les grands orchestres de l'époque "swing" triomphante
avaient receuilli les inventeurs. Certains ne les avaient accepté que
comme solistes, sans chercher à exploiter leurs découvertes. D'autres,
au contraire, avaient fini par se laisser influencer par les bizareries
de ces entreprenants jeunes gens.
En 1946, GILLESPIE, après s'être séparé de PARKER (on se doute bien
pourquoi !) et avoir monté son propre petit groupe, fonda enfin LE
grand orchestre bop. Un fabuleux big band au swing souverain
(Oop-pop-a-daTwoo Bass HitGood BaitEt bien d'autres thèmes),
dans les rangs duquel passèrent paratiquement tous les boppers de la
première heure (et dont sirtit le fameux Modern Jazz QuartetUn
merveilleux big band qui annonçait "tout plein de choses à venir"
(Things to Come !)Mais il n'a pas hélas eu assez de temps, et il y
en a encore un paquet que J'attends toujours, nom de dieu/MELMOTH

Pour ce qui est de la technique proprement dite, Je Me permets de céder
la place au grand Lucien MALSON, dans son Histoire du Jazz : «Les
accords de sixte et de quinte augmentée du style "mainstream" tendent à
disparaître. Les accords de mineure septième précèdent désormais
presque toujours ceux de dominante. Les musiciens font un vaste emploi
de la quinte diminuée - cette quinte diminuée chère à WAGNER et qui,
dans l'art européen, a ébranlé le système tonal.
Les thèmes, exposés à l'unisson, connaissent alors des réharmonisations
audacieuses. L'un des principaux traits du nouveau langage consiste en
particulier en un refus de la couleur et du dessin tellement banal des
airs à succès. En outre, le blues retrouve, grâce à lui, la prévalence
que les grands bonshommes de l'ère du "middle jazz" ne lui avaient pas
toujours reconnue».

J'ajoute à ce brillant exposé que l'un des traits les plus
caractéristiques et originaux du mouvement bop, qui contribua à donner
à la musique de jazz une couleur très différente, fut d'intégrer à son
discours certains aspects de la musique latino-américaine. Il ne
s'agissait pas seulement d'exotismeIl était question avant tout
d'affirmer la solidarité de tous les représentants du peuple noir exilé
en Amérique, au nord comme au sud

Crevé, Je suis
@ plus, en quelque sorte

LES BEAUX JOURS DU BOP

Si on peut proposer un catalogue relativement bien fourni de l'oeuvre
de GILLESPIE aux différentes époques de sa carrière, d'autres sont
malheureusement moins accessibles, qui ont, le plus souvent, enregistré
pour de petites (et bien souvent éphémères) maisons de disques. C'est
le cas, parmi les trompettistes, du très curieux Fats NAVARRO, qui
camarda, ce con, à l'âge stupide de26 balais, après avoir bossé entre
autres avec Andy KIRK, Billy EKSTINE, Charlie PARKER et autres Tad
DAMERON ou Bud POWELLStyle souvent particulier, unique, moins
acrobatique que celui de GILLESPIEAlors qu'avec Max ROACH et Jay jay
JOHNSON, il fit partie du groupe régulier de Coleman HAWKINS (qui fut
un de ceux qui soutint le plus fréquemment, et toute sa longue vie,
tous les jeunes jazzeux)

C'est aussi le cas du jeune Miles DAVIS, qui n'allait pas tarder à
s'attacher à la création d'un nouveau genre hérité du bebop, mais à qui
la firme RCA ne fit malheureusement guère appel, si ce n'est à
l'occasion de la réunion en janvier 1949, des vainqueurs du referendum
des lecteurs de la revue Metronome. Passionnante confrontation qui mit
face aux boppers (DizzyFatsJay JayCharlie) des suiveurs
occasionnels (Charlie VENTURAErnie CACERES) ; des gens aux
conceptions déjà sensiblement différentes (Miles), et des musiciens
appartenant à une école unique en son genre, qui ne dut son existence
qu'au bop mais ne produisit à proprement parler jamais de boppers
véritables (Lennie TRISTANOBuddy de FRANCOBilly BAUER)

Quant à PARKER (1920-1955Le médecin qui l'autopsia dit que son foie
était celui d'un mec d'au moins 50 bgalais !) , un des 5 ou 10 génies
de toute l'histoire du jazz, il n'ey guère lui non plus l'occasion de
confier sa musique somnanbulique et sublimissime (bien que J'aie mis
beaucoup de temps à le comprendre et l'admirer et l'aimer) à, en
particulier, la cire des disques RCASes gravures-manifeste du 11 mai
1945, avec GILLESPIE, n'ont à Ma connaissance pas été rééditéesIl
faudra donc se contenter de ses enregistrements gravés à l'occasion de
cette fameuse réunion des Metronome All Stars. (OvertimeVictory
Ball)Mébon©On trouve de superbes versions de Cherokee (1942,
"live")Thème qui, plus tard, fut retitré en KokoEt Lady be Good
(première séance officielle de PARKER !), joué à la radio pour un
contingent de l'orchestre de Jay McSHANNEt même si, dans les choses
anciennes l'influence de Lester YOUNG se fait encore sentir, le phrasé
si particulier, l'invention diabolique sont déjà bien là, noim de
dieu/MELMOTHPour nous faire donner à Martial SOLAL (que pour Ma Part
Je n'apprécie guère !), lequel estimait qu'alors le seul vrai bopper
était CHARLIE PARKER

Ayons une pensée émue pour celui qui est depuis toujours Mon Maître en
Musique pour pianoJe veus bien entendu parler de Thelonius
MONKLire en particulier à son sujet l'excellent opus du non moins
excellent écrivain qu'est Laurent de Wilde)
L'autre grand nom du piano bop fut évidemment le superbe Bud Powell
(l'ai écouté toute la journée !PutainQue c'est beau !)Sa
meilleure période se situe dans les années 1949-1950Mais, en
1956-57, il enregistra pour RCA, alors que déjà il avait pris soin de
s'enfermer dans son propre monde d'où il ne sortait que de plus en plus
rarement, deux très émouvants albums en trio. [En particulier, deux de
ses thèmes préférés (n'oublions pas qu'il fut aussi un très grand
compositeur) : Shaw Nuff et Oblivion, d'une inoubliable et grave
beauté

Bien entendu, bien d'autres figure moins célèbres du bop en ses forces
vives pourraient être évoquées : Idrees SULIEMANBen WEBSTER (le
disque où il joue en duo avec HAWKINS est un de ceux que J'écoute le
plus souvent !)James MOODY (que J'ai vu à Nice arriver sur scène,
Petrucciani dans les bras !) et Cecil PAYNE (chez GILLESPIE)Le
vibraphoniste Milt JACKSON (futur membre du M.J.Q.)Hank JONES, qui
vient de clamser, ce conJohn LEWISArgone THORNTONLe guitariste
John COLLINSles fabuleus bassistes Ray BROWN (encore un de Mes
Maîtres, çui-là) et Oscar PETITFORDEt enfin les "drummers" Max ROACH
(le plus grand des batteurs boppers ?Jeposelaquestion©), Kenny
CLARKE, Joe HARRIS et l'immense Shelly MANNE (que J'ai eu le bonheur
d'entendre en boite de jazz une bonne dizaine de fois)
BrefCe genre de panorama musical ne se décrit pasil S ÉCOUTE !

Ä vos cassettes, donc
Et probablement à deux mainsSi Je n'ai pas camardé cette nuit d'une
crise cardiaqueCe qui M'éviterait au moins un déménagement dont Je
crains le pire

QUELQUES ANCIENS S'Y METTENT !

Accueillis ici et là durant leurs études en université, les boppers
furent, on s'en doute, loin de faire l'unanimité chez lzs anciens
toujours sur la brêche. Louis ARMSTRONGJohnny HODGESTeddy
WILSONTommy & Jimmy DORSEYFletcher HENDERSON et autre Lionel
HAMPTON entre autres - bien que tous, ou presque, par leurs propres
découvertes, leurs indéniables inventions, aient, à un moment ou un
autre déterminé, précipité la révolution bop - firent, dans les années
qui suivirent son éclosion des déclarations (à ne pas prendre
d'ailleurs au pied de la lettre, et de relire entre les lignes)
fra&cassantes, dures, parfois désabusées, voire violentes ! Dans le
même temps, certains de leurs pairs, secoués par l'explosion,
cherchèrent à comprendre, firent des retours sur eux-même et, en fin de
compte, accueillirent (pas toujours d'une façon trop désintéressée !)
les jeunes TurcsÀ moins que tout bêtement ils ne choisissent de se
mettre à leur école !

Roy ELDRIDGE, Lester YOUNG, leurs mentors, éprouvèrent à l'endroit des
boppers une certaine gêne, comme de la méfiance, mais sans toutefois se
répandre en flots d'imprécations. HAWKINS (Mon Maître en ténor !), qui
ne chercha jamais à se fairre bopper, eut malgré tout presque toujours
à ses côtés, après 1942, au moins un représentant du mouvement, ce qui
est tout à son honneurÀ leur contact, il épura encore son jeu, et,
par la suite, il arriva que certains à qui il avait naguère mis le pied
à l'étrier, l'invitassent à jouer avec eux (MONK, ROACH !). Et il n'eut
jamais l'air déplacé, dans ces circonstances (D'ailleurs, comme Miles
DAVIS, c'est probablement un des rares jazzmen qui soient parvenus à
s'adapter, toute leur vie durant, à l'évolution du jazz).

Moins original que le Bean, par ailleurs bon arrangeur, ayant, avant
Don BYAS tenté de définir un équilibre entre "HAWK" et Lester, Albert
Bud JOHNSON (hélas fort méconnu) fut l'un des vétérans saxophonistes
que le bop révolutionna le plus. On le trouva en effet aux côtés de
GILLESPIENAVARROECKSTINEAULDAMMONS. Bud JOHNSON, somme
toute, a bien mérité de figurer parmi les pionniers du bop aux saxos
alto et ténorPrès de James MOODYSonny STITTDexter
GORDONWardel GRAYBien plus, en tout cas, que Flip PHILLIPS ou
Charlie VENTURA, que l'aventure tenta fort modérément, mais qui
passèrent assez vite à autre chose (devant payer mieux !). À noter
cependant que VENTURA s'entoura de boppers blancs, tels que Red RODNEY
ou Urbie GREEN.
Benny CARTER, Lucky THOMSON et Ben WEBSTER furent naturellement, en
fouineurs qu'ils étaient, fort intrigués ! Eux aussi, parfois réunis
avec PARKER et d'autres en séances d'enregistrements hybrides,
visiblement conçues pour épater le néophyte (!), entre les années
1943-50, firent sa place à la jeunesse montante, engageant
SULLIEMANGILLESPIETHORNTONMARMAROSAHEFTI

BonJe M'en va écouter la "Verklärte Nacht" de Mon ami SCHÖNBERGUn
véritable chef d'oeuvre, Je vous disMais que les rockeux et autres
jazzmen ne connaissent forcément pas, ces cons

ET LES JEUNES SUIVENT

Les boppers eurent naturellement leurs admirateurs, leurs épigones,
souvent non dépourvus eux-même de talent.
Flip PHILLIPS et VENTURA, que J'ai déjà cités précédemment, furent un
temps des épigones non dépourvus de talent. Plus jeunes et plus
talentueux toutefois fut et reste Phil WOODS, véritable fanatique de
PARKER (comme d'ailleurs à peu près tous les saxos alto des années 50
!).
Sonny STITT, contemporain de Charlie, n'eut lui guère de chance, qui
fut trop longtemps considéré comme un simple disciple (quand ce ne fut
pas, purement et simplement, un plagiaire). Il a pourtant, quand on lui
en a fourni l'occasion, eu bien des choses personnelles à raconter (cf.
Wee, au Festival de Newport en 1964)

Oscar PETERSON, tout comme Eroll GARNER, se plaît à jouer les cavaliers
seuls. Mais le bop n'a pas pu ne pas marquer son jeu (plus que celui de
GARNER)Témoin, par exemple, son Ooop-Bop-Sh'Bam, datant de 1949
(RCA). Et on endirait autant de bien des pianistes, fondalement
originaux, mais que déterminèrent, au final (comme disent les NPC) MONK
et POWELL

LE BEBOP ET LES JOURS

Baroque en diableattrape-grincheux, le bebop, comme tout mouvement
authentiquement révolutionnaire - comme, par exemple, le Surréalisme -
eut rapidement tendance à se scinder. L'esprit de la révolte toujours
en éveil, son expression, sa forme, allèrent comme il se doit en se
modifiant. Si, au fond, malgré l'âge, le GILLESPIE des années 80
ressemble beaucoup à celui des années 45, l'ensemble de la démarche n'a
pas été long à se particulariser, à éclater.
Ainsi, J'ai déjà évoqué l'attitude d'un Miles DAVIS prompt, en
demeurant fidèle à l'esprit, à modifier l'esthétique. Ce qu'on a appelé
le COOL est donc, dès 1948, au prochain tournant de l'évolution du jazz
bop
Parralèlement, et en même temps, dans cette suite logique des
événements, les années 50 verront se dessiner, sur la côte ouest des
É-U, un mouvement qui, fidèle à la leçon de Lester YOUNG et du bebop,
aura tendance à calmer les ardeurs guerrières de ce dernier. [NB : Si
J'ai le courage et le temps, Je vous parlerai un jour du JAZZ WEST
COASTmais Je Me demande si, en fin de compte, vous le mériterez,
bande de ploucs]
En attendant, sous la houlette du curieux pianiste Lennie TRISTANO (Bon
dieu/MELMOTHCe que Je l'aime, çuilà !), toujours sous l'influence
conjuguée de Lester et du bop, une école à la recherche de son
indépendance et de son identité avait vu le jour, principalement
composée de musiciens blancs
(TRISTANOKONITZMARSHBAUERSAFRANSKI)qui ont déjà été
signalés à l'occasion de la rencontre des Metronome all Stars de 1949.
À leur propos on pourrait parler d'un autre tendance COOL ; mais ce
serait selon Moi trop simplifier, et commettre une injustice.
On pourrait également évoquer le fameux TROISIÈME COURANT (Third
Stream) puisque TRISTANO, féru de musique contemporaine (est-il besoin
de rappeler que de très nombreux boppers connaissaient sur le bout des
ongles leurs BachRavelDebussy, et autres Bartok ou Stravinsky
?Jeposelaquestion©) tenta d'élaborer un jazz très "cultivé", où
«sensibilité et intellectualité étaient inextricablement mêlées» (Louis
GINIBRE). À de jeu, il ne serait pas difficile d'voquer les ambitions
du vieux "jazz symphonique", dans les années 20, ou encore ne parler
que d'épiphénomène.
L'histoire des FRères de la côte ouest est réservée à d'autres
publications (flemme de vous les donner, ô vous qui ne Me lisaient que
d'un derrière distrait)
Le plus brillant compagnon d'armes de l'ami Miles DAVIS, l'altiste LEE
KONITZ - le seul, aux jours héroïques, à vouloer jouer autrement que
PARKER sans pour autant le réfuter - sera l'invité, sur un thème
bopisant, de musiciens romains en 1968. Tout ceci a surgi non pas après
le bop (puisque ce dernier existe toujours, et encore pour longtemps,
selon Moi), mais simultanément, au coeur même du courant principal

BonJe M'en vas écouter Tristan & IseultDe Mon ami WagnerEt
bien entendu dans LA version "de référence", celle de Furtwängler en
1952

BOPsuite & fin

Très vite aussi ont surgi les autres. Ceux qui, anarchiste de gauche ou
de droite, avaient des âmes de déviationistes. Miles DAVIS, bien sûr,
mais aussi des mecs farpaitement opposés, comme John LEWIS (pendant des
années maître d'oeuvre du fameux MJQ)et Sonny ROLLINS.
Le premier, passionné de musiques européennes (mais dans un sens
différent de TRISTANO), est véritablement le grand homme du troisième
courantQui tenta toutes les conciliations. Ses expériances diverses
avec les Européens, le choix de son répertoire en sont autant de
preuves. Détails, cependant : LEWIS n'a rien d'un traître ! Son
affirmation que la Musique est UNE, son refus des classifications,
restent intégralement fidèles à l'esprit révolutionnaire du bebop. -
exprimé par d'autres moyens, voilà tout.
Sonny ROLLINS, très jeune encore à l'époque du bop triomphant, joua la
carte du styliste. Styliste véhément au profil de bison, qui ne voulut
jamais suivre la "politique" d'une seule école - même si celle du bop)
lui paraissait hautement recommandable ! - et préféra puiser là où bon
lui semblait, non pour copier servilement (pas son genre, à ce génie),
mais pour bâtir un édifice neuf (qu'il remit d'ailleurs fréquemment en
question, restant à de nombreuses reprises silencieux pendant des
années)
Ainsi, HAWKINS, MONK et PARKER servirent-ils à construire un style
parmi les plus originaux qui soient (Now's the TimeRound about
MidnightDont Je dois bien avoir, pour ce dernier standard, pas loin
de 200 versions dans MMD), et qui fournirent d'excellentes
illustrations.

Et puis très vite aussi ont surgi les bâtisseurs de mondes. Ceux qui, à
l'instar de Jelly ROLL MORTON ou Duke ELLINGTON dans le passé surent
construire, à partir de la syntaxe du bop, le monde qu'ils portaient en
eux, l'extirper - non sans souffrances -, le placer en face d'eux pour
l'admirer, le juger, le faire admirer. Ceux-là, sans eux, leur musique
est quasiment injouable !
MONK, forcémentMais aussi l'immenssissime Charlie MINGUS.
Contrebassiste, arrangeur, compositeur, profond admirateur d'ELLINGTON
et de PARKER (avec qui il a joué), MINGUS a trouvé des harmonies
neuves, des sonorités inédites, mêlé et dépassé les influences de tous
bords. La musique de MINGUS, comme celle de MONK, n'est jamais tout à
fait bebop, jamais tout à fait autre chose !

Et puis le bebop, de son côté, au travers de toutes ses modifications,
au travers de l'aventure du FREE JAZZ (encore une de ses suites
logiques, bien que devenu assez rapidement une véritable impasse) a
continuéRetrouvant de temps à autre les accents de jadis, refusant
de s'embourgeoiser, des jeunes musiciens cherchèrent à lui rendre sa
splendeur. Bien que moins âpre que l'ancienne, leur musique reçut dans
les années 50 le nom de HARD BOP.
Clifford BROWN et Sonny ROLLINS s'y rallièrent. Mais plus passionnés
encore furent certains continuateurs désirant retremper le bop aux
sources même de la musique noire. Leur jazz/SOULFUL/ s'est de suite
voulu message. Le pianiste Horace SILVER (dans Mon panthéon des
pianistes de jazz), et, surtout, les JAZZ MESSENGERS du batteur Art
Blakey furent et restent les plus illustres représentant du genre (mais
il y en eut beaucoup d'autres !Vous n'avez qu'à chercher, bande de
feignasses)

Et puis, au-delà des hommages tardifs que rendent les survivants à
leurs grands disparus, d'autres sont venus pour continuer et
transformer, des deux côtés de l'Atlantique. Dès la fin de la seconde
guerre mondiale, un peu partout en Europe, voire au Japon, de jeunes
jazzmen ont vu le bebop changer radicalemnt leur conception de la
musique et du monde. Regrettons en particulier le guitariste René
THOMAS et le saxophoniste Bobby JASPAR

L'épopée du bebop, pas plus que celle du jazz tout entier, ne saurait
se réduire à quelques notes éparses, à quelques lignes explicatives,
comme celles que Je Me suis fait chier à écrire
Enfant de son temps et d'une certaine réalité complexe, en prise
directe sur ceux-ci, réalité à part entière, le bebop possède la même
complexité, la même nature.
La critique (le critique est comme un eunnuque : il parle de choses
sans pouvoir les faire) est impuissante qui ne peut que décrire
d'une manière figée le mouvent, disséquer le vivant pour ne répéter que
des constantes, de l'inerte.
Le mieux est encore, pour parvenir à connaître, de se laisser prendre
au jeu, et d'AIMER AVANT TOUT [le jazz et le bop en particulier, TOUTES
les BONNES musiques (et dieu/MELMOTH savent s'il y en a !)].
Il se peut qu'aujourd'hui le bebop ne soit plus guère qu'un instant
d'une histoire plus longue. Mais si l'e"xpression a eu tendance à ce
réifier et raréfier ces dernières 30 années, l'ESPRIT lui est toujours
là, intact, vivant

LE JAZZ CONTINUE

--
Car avec beaucoup de science, il y a beaucoup de chagrin ; et celui qui
accroît sa science accroît sa douleur.
[Ecclésiaste, 1-18]
MELMOTH - souffrant
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Morokon
Le #22194261
MELMOTH () a couché sur son écran :
Pour les idio/audiophiles...Qui désireraient /pour une fois/ écouter de
la BONNE MUSIQUE sur la chaîne de leurs rêves...
Et vu l'état de moribonderie profonde des forums musique (classique et
jazz), Je M'en vas vous raconter (en plusieurs épisodes)
l'extraordinaire histoire du BEBOP...
[...]



Très intéressant, mais il eût été préférable de poster en plusieurs
fois. Je suis sûr que pas mal de lecteurs potentiels ont abandonné du
fait de la longueur du post.
Pour ma part, je sauvegarde pour relire posément.
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Anonyme