[Kate & William] Blaise Pascal, Second discours sur la condition des grands : grandeur naturelle et grandeur d'etablissement

Le
Yoki
X-No-Archive: Yes

Blaise Pascal distinguait deux sortes de grandeur : la grandeur
d'établissement, et la grandeur naturelle.

La première appelle le respect, la seconde seule l'estime réelle. Mais
Pascal de bien préciser : néanmoins, on doit à la grandeur d'établissement
le respect des cérémonies extérieures, c'est une question de politesse, en
société, de respecter les usages de celle-ci. Voilà pourquoi on doit parler
aux rois à genoux, ou saluer un duc en ôtant son chapeau, même si c'est le
dernier des crétins.

Enfin bref, à la lecture de ce texte lumineux, j'en appelle au calme. Que
cesse l'hystérie collective autour de ce mariage et qu'on le prenne
simplement pour ce qu'il est : une mondanité, pour une famille à l'histoire
prestigieuse mais qui n'exerce plus aujourd'hui aucun pouvoir politique.
Ces aristocrates ne nous fascinent pas, nous libéraux avons aboli leurs
privilèges le 4 août 1789, et depuis, plus de 200 ans d'expérience de la
monarchie constitutionnelle en Europe ont démontré que cette forme de régime
était compatible avec la démocratie : ils ne méritent dès lors ni d'être
ridiculisés ni d'être couverts d'éloge. Simplement respectés. J'en appelle à
davantage de distance, de neutralité, d'équilibre, et de sens de la mesure :
car si d'une part les caricatures des bouffons habituels sont
dispropotionnées, de leur côté, les médias mainstream / traditionnels
seraient bien avisés de se focaliser sur les vraies questions du moment, et
de cesser de singer les grotesques Place Royale (
http://www.rtltvi.be/placeroyale/ ) et C'est du Belge (
http://www.rtbf.be/laune/emission/detail_c-est-du-belge?id ), émissions
dont le ton semble parfois directement s'inspirer des télévisions
nord-coréenne ou iraquienne au temps du glorieux Saddam Hussein.




* Blaise Pascal, Second discours sur la condition des grands, La Pléiade,
pp. 618-619.

« Il est bon, Monsieur, que vous sachiez ce que 1'on vous doit, afin que
vous ne prétendiez pas exiger des hommes ce qui ne vous est pas dû ; car
c'est une injustice visible : et cependant elle est fort commune à ceux de
votre condition, parce qu'ils en ignorent la nature.

Il y a dans le monde deux sortes de grandeurs ; car il y a des grandeurs
d'établissement et des grandeurs naturelles. Les grandeurs d'établissement
dépendent de la volonté des hommes, qui ont cru avec raison devoir honorer
certains états et y attacher certains respects. Les dignités et la noblesse
sont de ce genre. En un pays on honore les nobles, en l'autre les roturiers
; en celui-ci les aînés, en cet autre les cadets. Pourquoi cela ? Parce
qu'il a plu aux hommes. La chose était indifférente avant l'établissement :
après l'établissement elle devient juste, parce qu'il est injuste de la
troubler.

Les grandeurs naturelles sont celles qui sont indépendantes de la
fantaisie des hommes, parce qu'elles consistent dans des qualités réelles et
effectives de l'âme ou du corps, qui rendent l'une ou l'autre plus
estimable, comme les sciences, la lumière de l'esprit, la vertu, la santé,
la force.

Nous devons quelque chose à l'une et à l'autre de ces grandeurs ; mais
comme elles sont d'une nature différente, nous leur devons aussi différents
respects.

Aux grandeurs d'établissement, nous leur devons des respects
d'établissement, c'est-à-dire certaines cérémonies extérieures qui doivent
être néanmoins accompagnées, selon la raison, d'une reconnaissance
intérieure de la justice de cet ordre, mais qui ne nous font pas concevoir
quelque qualité réelle en ceux que nous honorons de cette sorte. Il faut
parler aux rois à genoux ; il faut se tenir debout dans la chambre des
Princes. C'est une sottise et une bassesse d'esprit que de leur refuser ces
devoirs.

Mais pour les respects naturels qui consistent dans l'estime, nous ne
les devons qu'aux grandeurs naturelles ; et nous devons au contraire le
mépris et l'aversion aux qualités contraires à ces grandeurs naturelles. Il
n'est pas nécessaire, parce que vous êtes duc, que je vous estime ; mais il
est nécessaire que je vous salue. Si vous êtes duc et honnête homme, je
rendrai ce que je dois à l'une et à l'autre de ces qualités. Je ne vous
refuserai point les cérémonies que mérite votre qualité de duc, ni l'estime
que mérite celle d'honnête homme. Mais si vous étiez duc sans être honnête
homme, je vous ferais encore justice ; car en vous rendant les devoirs
extérieurs que l'ordre des hommes a attachés à votre naissance, je ne
manquerais pas d'avoir pour vous le mépris intérieur que mériterait la
bassesse de votre esprit.

Voilà en quoi consiste la justice de ces devoirs. Et l'injustice
consiste à attacher les respects naturels aux grandeurs d'établissement, ou
à exiger les respects d'établissement pour les grandeurs naturelles. M. N.
est un plus grand géomètre que moi ; en cette qualité il veut passer devant
moi : je lui dirai qu'il n'y entend rien. La géométrie est une grandeur
naturelle ; elle demande une préférence d'estime ; mais les hommes n'y ont
attaché aucune préférence extérieure. Je passerai donc devant lui ; et
l'estimerai plus que moi, en qualité de géomètre. De même si, étant duc et
pair, vous ne vous contentez pas que je me tienne découvert devant vous, et
que vous voulussiez encore que je vous estimasse, je vous prierais de me
montrer les qualités qui méritent mon estime. Si vous le faisiez, elle vous
est acquise, et je ne vous la pourrais refuser avec justice ; mais si vous
ne le faisiez pas, vous seriez injuste de me la demander, et assurément vous
n'y réussiriez pas, fussiez-vous le plus grand prince du monde. »
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Ahmed Ouahi, Architect
Le #23314241
" Ne pouvant fortifier la justice, on a justifié la force. "
-- Blaise Pascal

--
Ahmed Ouahi, Architect
Bonjour!



"Yoki" viestissä:EtStp.1760$
X-No-Archive: Yes

Blaise Pascal distinguait deux sortes de grandeur : la grandeur
d'établissement, et la grandeur naturelle.

La première appelle le respect, la seconde seule l'estime réelle. Mais
Pascal de bien préciser : néanmoins, on doit à la grandeur d'établissement
le respect des cérémonies extérieures, c'est une question de politesse, en
société, de respecter les usages de celle-ci. Voilà pourquoi on doit
parler aux rois à genoux, ou saluer un duc en ôtant son chapeau, même si
c'est le dernier des crétins.

Enfin bref, à la lecture de ce texte lumineux, j'en appelle au calme. Que
cesse l'hystérie collective autour de ce mariage et qu'on le prenne
simplement pour ce qu'il est : une mondanité, pour une famille à
l'histoire prestigieuse mais qui n'exerce plus aujourd'hui aucun pouvoir
politique. Ces aristocrates ne nous fascinent pas, nous libéraux avons
aboli leurs privilèges le 4 août 1789, et depuis, plus de 200 ans
d'expérience de la monarchie constitutionnelle en Europe ont démontré que
cette forme de régime était compatible avec la démocratie : ils ne
méritent dès lors ni d'être ridiculisés ni d'être couverts d'éloge.
Simplement respectés. J'en appelle à davantage de distance, de neutralité,
d'équilibre, et de sens de la mesure : car si d'une part les caricatures
des bouffons habituels sont dispropotionnées, de leur côté, les médias
mainstream / traditionnels seraient bien avisés de se focaliser sur les
vraies questions du moment, et de cesser de singer les grotesques Place
Royale ( http://www.rtltvi.be/placeroyale/ ) et C'est du Belge (
http://www.rtbf.be/laune/emission/detail_c-est-du-belge?id ), émissions
dont le ton semble parfois directement s'inspirer des télévisions
nord-coréenne ou iraquienne au temps du glorieux Saddam Hussein.



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* Blaise Pascal, Second discours sur la condition des grands, La Pléiade,
pp. 618-619.

« Il est bon, Monsieur, que vous sachiez ce que 1'on vous doit, afin
que vous ne prétendiez pas exiger des hommes ce qui ne vous est pas dû ;
car c'est une injustice visible : et cependant elle est fort commune à
ceux de votre condition, parce qu'ils en ignorent la nature.

Il y a dans le monde deux sortes de grandeurs ; car il y a des
grandeurs d'établissement et des grandeurs naturelles. Les grandeurs
d'établissement dépendent de la volonté des hommes, qui ont cru avec
raison devoir honorer certains états et y attacher certains respects. Les
dignités et la noblesse sont de ce genre. En un pays on honore les nobles,
en l'autre les roturiers ; en celui-ci les aînés, en cet autre les cadets.
Pourquoi cela ? Parce qu'il a plu aux hommes. La chose était indifférente
avant l'établissement : après l'établissement elle devient juste, parce
qu'il est injuste de la troubler.

Les grandeurs naturelles sont celles qui sont indépendantes de la
fantaisie des hommes, parce qu'elles consistent dans des qualités réelles
et effectives de l'âme ou du corps, qui rendent l'une ou l'autre plus
estimable, comme les sciences, la lumière de l'esprit, la vertu, la santé,
la force.

Nous devons quelque chose à l'une et à l'autre de ces grandeurs ; mais
comme elles sont d'une nature différente, nous leur devons aussi
différents respects.

Aux grandeurs d'établissement, nous leur devons des respects
d'établissement, c'est-à-dire certaines cérémonies extérieures qui doivent
être néanmoins accompagnées, selon la raison, d'une reconnaissance
intérieure de la justice de cet ordre, mais qui ne nous font pas concevoir
quelque qualité réelle en ceux que nous honorons de cette sorte. Il faut
parler aux rois à genoux ; il faut se tenir debout dans la chambre des
Princes. C'est une sottise et une bassesse d'esprit que de leur refuser
ces devoirs.

Mais pour les respects naturels qui consistent dans l'estime, nous ne
les devons qu'aux grandeurs naturelles ; et nous devons au contraire le
mépris et l'aversion aux qualités contraires à ces grandeurs naturelles.
Il n'est pas nécessaire, parce que vous êtes duc, que je vous estime ;
mais il est nécessaire que je vous salue. Si vous êtes duc et honnête
homme, je rendrai ce que je dois à l'une et à l'autre de ces qualités. Je
ne vous refuserai point les cérémonies que mérite votre qualité de duc, ni
l'estime que mérite celle d'honnête homme. Mais si vous étiez duc sans
être honnête homme, je vous ferais encore justice ; car en vous rendant
les devoirs extérieurs que l'ordre des hommes a attachés à votre
naissance, je ne manquerais pas d'avoir pour vous le mépris intérieur que
mériterait la bassesse de votre esprit.

Voilà en quoi consiste la justice de ces devoirs. Et l'injustice
consiste à attacher les respects naturels aux grandeurs d'établissement,
ou à exiger les respects d'établissement pour les grandeurs naturelles. M.
N. est un plus grand géomètre que moi ; en cette qualité il veut passer
devant moi : je lui dirai qu'il n'y entend rien. La géométrie est une
grandeur naturelle ; elle demande une préférence d'estime ; mais les
hommes n'y ont attaché aucune préférence extérieure. Je passerai donc
devant lui ; et l'estimerai plus que moi, en qualité de géomètre. De même
si, étant duc et pair, vous ne vous contentez pas que je me tienne
découvert devant vous, et que vous voulussiez encore que je vous
estimasse, je vous prierais de me montrer les qualités qui méritent mon
estime. Si vous le faisiez, elle vous est acquise, et je ne vous la
pourrais refuser avec justice ; mais si vous ne le faisiez pas, vous
seriez injuste de me la demander, et assurément vous n'y réussiriez pas,
fussiez-vous le plus grand prince du monde. »

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