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La banalité

Le
Albert
Bonjour à tous,

Dans une dernière conversation qui malheureusement ne fut pas très
chaleureuse, l'idée de "banalité" en photographie a été avancée et
j'aimerais, si vous le permettez, la développer ici.

On dira facilement d'une photographie qu'elle est banale.
On le conçoit moins aisément pour une peinture car c'est énoncer
une contradiction et cela ne laisse aucun échappatoire à l'auteur,
on le nie radicalement dans son art. Une photographie banale,
ce n'est pas de l'art non plus puisque l'art sert justement à
nous sortir de l'insignifiance et de la banalité. Alors pourquoi le
photographe serait-il ainsi plus facilement mis en danger ?

Sur le même registre, une peinture artistique est un pléonasme, une
photographie artistique, un compliment ; mais je ne pense pas que ces a
priori du langage qui hiérarchisent la photographie dans l'art soient
une bonne réponse. Je ne sous-estime pas le fait que l'art et la banalité ne
font pas bon ménage, mais je ne voudrais pas m'en servir comme argument
pour en habiller une plate définition de l'art. La fragilité du photographe
devant la banalité doit être questionnée au sein de son propre moyen
d'expression, et de préférence à l'abri de la notion d'art.

Par une alchimie malsaine on va réduire à l'affligeante banalité d'une
photographie des couchers de soleil magnifiques, des paysages somptueux, des
foules bigarrées et j'en passe. Par des préoccupations esthétiques
contemporaines, trop vite usées, on va commettre des compositions, des
installations et tout un tas de choses répétitives qui ne feront qu'en
exacerber la banalité. Par les prouesses techniques du numérique on va
coller, monter, texturer, et créer ainsi des hallucinations ennuyeuses à
force de similarité. Toute cette diatribe m'indique que le banal est dû à un
manque d'originalité, son contraire, ce qui est logique. La réalité que l'on
photographie n'est pas mise en cause. Elle est indifférente. Les contraintes
et les limitations imposées par la technique ne sont pas non plus un
facteur, on s'en libère et on en invente d'autres. C'est l'attitude du
photographe en tant que créateur d'images qui est en jeu. Mais cela ne
m'avance guère. Je vais me retrouver encore devant une banale définition de
la création artistique.

Pour éviter la banalité cherchez l'étrange et le merveilleux ! D'accord.
J'ouvre la revue du National Geographic et je me délecte de toutes ces
photographies extraordinaires. Mais je suis un peu inquiet de ne jamais
pouvoir rejoindre un tel niveau, et si j'y arrive, on me dira qu'on a déjà
vu ca quelque part Bon alors ! Si vous ne pouvez éviter la banalité,
affrontez-la et mieux encore, détournez là ! D'accord. J'ouvre le dernier
Artpress, me retrouvant vite à l'école des avatars du ready made, et je suis
franchement écoeuré de voir que la banalité détournée s'est réfugiée dans le
détournement lui-même.

Pour enfoncer le clou, je dirais que la banalité est le fait du
photographe, mais aussi du spectateur, consommateur blasé et trop bien
nourri par sa culture. De toute façon, il y a trop de photographes qui
photographient les mêmes choses et de la même manière. Alors pour l'étonner,
ce spectateur obèse d'une culture à la fois trop vaste et forcément trop
sélective, que reste-t-il sinon lui offrir la perfection. Il y a peut-être
une solution de ce coté. Je ne suis pas un perfectionniste mais je suis
toutefois très heureux quand je m'aperçois que des gestes laborieusement
appris, comme effectuer un cadrage, une mesure de lumière, je les exécute
maintenant sans y penser, cela me libérant pour en perfectionner d'autres.
Tout comme il y a des idées qu'on apprend ou qu'on retient et qui nous
deviennent naturelles. Je n'affirme pas que l'expérience va me guérir de la
banalité, je peux très bien devenir un vieux con expérimenté. Mais mon
expérience de spectateur me montre, même si de ce coté là aussi les vieux
cons sont légion, qu'une image bien construite, avec une lumière
harmonieuse, une idée simple et bien sentie, est encore source
d'émerveillement.

L'originalité est quand même le facteur principal qui fera oublier son
contraire, la banalité. Mais là c'est une affaire très personnelle,
difficile à décrire car il est tout aussi difficile de se connaître
soi-même. C'est aussi une question d'intuition dans la relation qu'on a avec
son temps. L'originalité fonctionne relativement. C'est pourquoi je vous
laisse la parole, si vous le voulez bien, votre propre originalité sera pour
moi de bon conseil.

Amitiés,
Albert
--
Photographies imaginaires :
http://perso.wanadoo.fr/albert.lemoine
--
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Yvan Galvez
Le #1228869
Albert a écrit:

Bonjour à tous,

Dans une dernière conversation qui malheureusement ne fut pas très
chaleureuse, l'idée de "banalité" en photographie a été avancée et
j'aimerais, si vous le permettez, la développer ici.


Je vais répondra à la vraie question que pose ce post :

"Qu'arrive-t-il à Albert ?"

Parce que ce post que tu nous fais, Albert, est comme d'habitude de ta
part une réponse, pas une question...
Tu as donné quelques réponses aux questions que je me pose depuis un bon
moment...

Et là dedans j'y puise de la vitamine...
Sympa ! :))))


--
Yvan Galvez
Marsayatollais par dénonciation anonyme signée.
Site:
filh
Le #1228694
Albert
Bonjour à tous,

Dans une dernière conversation qui malheureusement ne fut pas très
chaleureuse, l'idée de "banalité" en photographie a été avancée et
j'aimerais, si vous le permettez, la développer ici.


La banalité à tellement de niveaux différents. Tu pourrais aussi parler
de travaux faits avec de banales photos d'identité. Danto titre « La
transfiguration du banal ». Tout simplement.

Ce qu'il faut goûter n'est peut-être pas la banalité, on travaille avec,
mais sa distillation.

Et la distillation elle-même, quel artiste peut prétendre avoir
révolutionné un art ? Il y a des artistes marquants qui ont fait évoluer
leur art, des génies, mais il n'ont jamais fait que continuer,
reprendre, la dose d'invention, d'originalité est minime rarement,
infime souvent.

En militant un peu pour copyleft, qui autorise donc la reprise de
l'oeuvre, c'est aussi la reconnaissance de cette non originalité du
travail.

Non, mon travail n'est pas « original » pas plus que toi, ou autres.

Heureusement, on ne peut pas non plus créer hors du temps. Et à ce
sujet, le passage au numérique, rend la photo extrèmement banale, nos
écrans sont peuplés d'images jpg. Tu parlais de la qualité, oui, on peut
aussi encore créer de beaux objets photographiques et ce n'est pas un
non sens, mais là encore, quelle originalité si ce n'est d'appliquer
bien souvent les bonnes recettes qu'on a appris ailleurs, et un doigt à
nous.

Mais... je n'ai jamais vu pareil assemblage de photos que chez toi(1),
et ça, c'est pas banal.

FiLH.

1 : Les autres se reconnaitrons, je ne les oublies pas.

--
....


http://www.filh.org

JPW
Le #1228693
"FiLH"
Non, mon travail n'est pas « original » pas plus que toi, ou autres.


infiniment moins

AMHA

jpw

Pierre Pallier
Le #1228691
Hello, Albert a écrit dans
On dira facilement d'une photographie qu'elle est banale.
On le conçoit moins aisément pour une peinture car c'est énoncer
une contradiction et cela ne laisse aucun échappatoire à l'auteur,
on le nie radicalement dans son art. Une photographie banale,
ce n'est pas de l'art non plus puisque l'art sert justement à
nous sortir de l'insignifiance et de la banalité. Alors pourquoi le
photographe serait-il ainsi plus facilement mis en danger ?


Suite à des réflexions souvent entendues, "on" mesure aussi la prétendue
banalité d'une image à l'apparente facilité du geste, l'index qui se crispe
légèrement sur le déclencheur, le 125ème de seconde est capturé, c'est dans
la boîte.
Alors que le peintre, lui, il en bave des ronds de chapeaux sur son
chevalet, l'Oeuvre prend forme dans la douleur, sans péridurale, le travail
peut durer longtemps, les repentirs aussi...

C'est aussi pour ça que dans nos campagnes, la plupart des expos d'art ne
montrent généralement que de la peinture, de la sculpture.
Et, à côté, on fait des expos-photos.
Qui attirent le touriste de passage, qui fait ainsi une petite pause.
Souvent rapide. Parfois intéressante.
Les gens de la ville ? Bah, à part quelques habitués, chaque année on a
l'impression que la photographie ça n'intéresse strictement personne.
Pour ma part, j'y vois un lien avec ce que tu développes au-dessus.
--
Pierre.
Mes photographies : La FAQ de frp : Proses de Vues, vos photos et textes :
denis le paparrazzi
Le #1228500
Pas facile de répondre, de continuer ton post.
Pour moi, la banalité est une donnée très, trop, subjective pour me porter
problème. Tout dépend de notre culture personnelle, de notre humeur, du
moment, de l'endroit, de l'ambiance. Se taper une expo photo où le même
procédé est employé 100 fois, c'est possible que la dernière image puisse
paraître un peu banale... De même si tu sors d'une expo de Doisneau, des
scènes de rues ont de fortes chances de te sembler avoir un certain air de
déjà vu, de banalité...
Et pourtant. C'est pas parce que cela parait banal que ce n'est pas bien.
Personnellement, je vais en premier des photos pour moi. C'est très égoïste.
Et forcement, même si on a son style, on s'imbibe de ce que l'on voit, de ce
que l'on aperçoit. En clair, si je vois une image de Goudal au travers d'une
discussion et que ce matin, par exemple, je me réveille auprès de ma douce
nu comme un vers et que je fais une photo... On pourra taxer ma photo
d'avoir un air de déjà vu, d'avoir rien de surprenant, d'être banale. Et
alors? Est-ce une maladie?
Le travail de chaque personne qui tente de faire de la photographie sur ce
forum peut être taxer de banale. Parce que l'on a déjà vu quelque chose qui
y ressemble, qui a déjà été fait. Et alors? La photo est un plaisir, qui
évolue avec la mode, l'ambiance du moment. ( il suffit de voir les photos de
mode dans le premier magazine venu pour se rendre compte que tout se
ressemble quand même...)Banal? Peut être.
Mes photos sont sans doute banales. Mais je ne les présente pas comme étant
originale, hors banalité. Enfin si peut-être, je les présente juste comme
étant originale dans le sens où se sont les miennes. C'est tout.

Denis le paparrazzi sans doute d'une banalité affligeante
--
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Boro/ www.decouverte.fr.tc
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