LCEN : critiques et idees
Le
Stephane Faure
Bonjour,
Bien que n'ayant pas lu la totalité du projet LCEN, mais seulement le
texte déposé le 9 janvier au Sénat, j'ai écrit à mon sénateur pour lui
faire part de mes positions. Comme il tourne beaucoup de pétitions
excessives ou erronnées, je mets ma lettre à disposition de ceux qui
partageraient mes opinions sur le sujet. Vous pourrez trouver
l'adresse de votre sénateur ici, <http://www.senat.fr/elus.html>,
celle des députés (au hasard, Jean Dionis et Patrick Ollier) ici :
<http://www.assemblee-nationale.fr/1...3.asp>.
=
Monsieur le Sénateur,
C'est en tant que citoyen du département de [] que je vous fais
part de mes remarques relatives au projet de Loi pour la Confiance
dans l'Economie Numerique, que vous allez examiner en deuxième lecture
les 6 et 7 avril prochains. Je me permets de vous préciser que je me
fonde sur ma propre lecture du projet de loi, et que le contenu de mon
courrier n'est pas copié sur un quelconque site militant.
Premièrement, je tiens à vous signaler mon attachement au caractère
privé de la communication par courrier électronique. Si j'ai bien
compris que le retrait de ce qualificatif dans le projet de loi voté
par l'Assemblée Nationale le 8 janvier dernier a été motivé par la
reproduction fidèle de la directive 2002/58/CE, il me semble qu'il
génère un flou qui n'est pas pour apaiser les contestations. Une loi
nationale a au contraire pour mission de préciser les directives
européennes. Et en matière de protection des correspondances
électroniques privées, il y a à faire des précisions.
L'argument selon lequel il existerait des courriers électroniques
publics (les spams et les virus) ne tient pas, car pour savoir si un
courriel est ou non un spam ou un virus, il faut bel et bien l'ouvrir
pour en connaître le contenu, et donc enfreindre le secret des
correspondances. Certes, on peut soutenir l'idée qu'une détection de
contenu par un automate (ou filtre) n'enfreind pas ce secret,
puisqu'aucune personne n'intervient au moment de la détection. Mais ce
procédé n'en est pas moins un système de surveillance au sens de
l'article 5 de la directive 2002/58/CE. Il y est précisé que les Etats
membres "interdisent à toute autre personne que les utilisateurs
d'écouter, d'intercepter, de stocker les communications et les données
relatives au trafic y afférentes, ou de les soumettre à tout autre
moyen d'interception ou de surveillance, sans le consentement des
utilisateurs concernés sauf lorsque cette personne y est légalement
autorisée, conformément à l'article 15, paragraphe 1". Il me semble
donc indispensable de saisir l'opportunité de ce projet de loi
fondateur de l'Internet en France pour transposer ces dispositions, en
imposant à tout prestataire de communications électroniques privées
d'obtenir le consentement de ses usagers pour la mise en place de tout
système de filtrage, sauf lorsqu'il est avéré que ce dispositif est
nécessaire au bon fonctionnement du réseau (cas des virus
particulièrement envahissants et entraînant une saturation des
serveurs de messagerie, notamment). Dans ce dernier cas, le filtrage
ne devrait pas porter sur le contenu sémantique des communications
(pratique que j'ai pu constater chez un grand FAI). Dans tous les cas,
les prestataires devraient être tenus d'informer leurs usagers du
contenu et de la finalité de ces dispositifs de filtrage. Il ne faut
pas perdre de vue qu'aucun n'est fiable à 100 %, et qu'il est ainsi
possible qu'un courrier tout à fait légitime soit intercepté.
Deuxièmement, je vous fais part de ma totale désapprobation des
dispositions d'obligation de surveillance imposée aux hébergeurs. Tout
comme le Sénat l'a estimé en première lecture, considérer une
surveillance comme spécifique au titre qu'elle porte sur des
infractions spécifiques relève à mon avis d'une mauvaise
interprétation. Une surveillance a priori, même ne visant que
certaines illicéités, porte nécessairement sur l'ensemble des
contenus. Elle est donc naturellement générale, et ainsi prohibée par
l'article 15 de la directive 2000/31/CE. Une surveillance ne pourrait
être à mon sens spécifique uniquement lorsqu'elle concerne un individu
ou une affaire identifiés, et ainsi lorsqu'elle serait limitée dans le
temps. Imposer aux hébergeurs une surveillance générale serait leur
donner un rôle de police privée, et serait une grave atteinte à notre
démocratie.
Troisièmement, je témoigne de mon soutien quant aux dispositions
responsabilisant l'hébergeur qui aurait eu connaissance de contenus
illicites, mais à certaines conditions seulement. Il me semble en
effet normal que le recel soit pénalisé dans le monde électronique
comme ailleurs. Toutefois, considérant la difficulté qu'il peut y
avoir à juger de l'illégalité de certains contenus, et considérant
l'importance de la liberté d'expression permise par l'hébergement
gratuit, je pense qu'un dispositif électronique de signalement des
infractions aux autorités compétentes devrait absolument être mis à
disposition des hébergeurs, qui leur permettrait de décharger toute
responsabilité sans pour autant avoir bloqué l'accès au site litigieux
; et ce, jusqu'à la demande consécutive desdites autorités.
Responsabiliser les hébergeurs sans décharge possible aurait
certainement une conséquence fâcheuse : plutôt que de prendre le
risque de poursuites judiciaires, ceux-ci préfèreront sans doute
bloquer l'accès aux sites litigieux à la moindre plainte. Et rien de
tout cela ne freinerait l'hébergement de sites réellement illégaux à
l'étranger, ce qui est d'ailleurs déjà la règle
Espérant que vous saurez être à l'écoute de vos citoyens, je vous prie
d'agréer, Monsieur le Sénateur, l'expression de ma plus haute
considération.
Stéphane FAURE
Bien que n'ayant pas lu la totalité du projet LCEN, mais seulement le
texte déposé le 9 janvier au Sénat, j'ai écrit à mon sénateur pour lui
faire part de mes positions. Comme il tourne beaucoup de pétitions
excessives ou erronnées, je mets ma lettre à disposition de ceux qui
partageraient mes opinions sur le sujet. Vous pourrez trouver
l'adresse de votre sénateur ici, <http://www.senat.fr/elus.html>,
celle des députés (au hasard, Jean Dionis et Patrick Ollier) ici :
<http://www.assemblee-nationale.fr/1...3.asp>.
=
Monsieur le Sénateur,
C'est en tant que citoyen du département de [] que je vous fais
part de mes remarques relatives au projet de Loi pour la Confiance
dans l'Economie Numerique, que vous allez examiner en deuxième lecture
les 6 et 7 avril prochains. Je me permets de vous préciser que je me
fonde sur ma propre lecture du projet de loi, et que le contenu de mon
courrier n'est pas copié sur un quelconque site militant.
Premièrement, je tiens à vous signaler mon attachement au caractère
privé de la communication par courrier électronique. Si j'ai bien
compris que le retrait de ce qualificatif dans le projet de loi voté
par l'Assemblée Nationale le 8 janvier dernier a été motivé par la
reproduction fidèle de la directive 2002/58/CE, il me semble qu'il
génère un flou qui n'est pas pour apaiser les contestations. Une loi
nationale a au contraire pour mission de préciser les directives
européennes. Et en matière de protection des correspondances
électroniques privées, il y a à faire des précisions.
L'argument selon lequel il existerait des courriers électroniques
publics (les spams et les virus) ne tient pas, car pour savoir si un
courriel est ou non un spam ou un virus, il faut bel et bien l'ouvrir
pour en connaître le contenu, et donc enfreindre le secret des
correspondances. Certes, on peut soutenir l'idée qu'une détection de
contenu par un automate (ou filtre) n'enfreind pas ce secret,
puisqu'aucune personne n'intervient au moment de la détection. Mais ce
procédé n'en est pas moins un système de surveillance au sens de
l'article 5 de la directive 2002/58/CE. Il y est précisé que les Etats
membres "interdisent à toute autre personne que les utilisateurs
d'écouter, d'intercepter, de stocker les communications et les données
relatives au trafic y afférentes, ou de les soumettre à tout autre
moyen d'interception ou de surveillance, sans le consentement des
utilisateurs concernés sauf lorsque cette personne y est légalement
autorisée, conformément à l'article 15, paragraphe 1". Il me semble
donc indispensable de saisir l'opportunité de ce projet de loi
fondateur de l'Internet en France pour transposer ces dispositions, en
imposant à tout prestataire de communications électroniques privées
d'obtenir le consentement de ses usagers pour la mise en place de tout
système de filtrage, sauf lorsqu'il est avéré que ce dispositif est
nécessaire au bon fonctionnement du réseau (cas des virus
particulièrement envahissants et entraînant une saturation des
serveurs de messagerie, notamment). Dans ce dernier cas, le filtrage
ne devrait pas porter sur le contenu sémantique des communications
(pratique que j'ai pu constater chez un grand FAI). Dans tous les cas,
les prestataires devraient être tenus d'informer leurs usagers du
contenu et de la finalité de ces dispositifs de filtrage. Il ne faut
pas perdre de vue qu'aucun n'est fiable à 100 %, et qu'il est ainsi
possible qu'un courrier tout à fait légitime soit intercepté.
Deuxièmement, je vous fais part de ma totale désapprobation des
dispositions d'obligation de surveillance imposée aux hébergeurs. Tout
comme le Sénat l'a estimé en première lecture, considérer une
surveillance comme spécifique au titre qu'elle porte sur des
infractions spécifiques relève à mon avis d'une mauvaise
interprétation. Une surveillance a priori, même ne visant que
certaines illicéités, porte nécessairement sur l'ensemble des
contenus. Elle est donc naturellement générale, et ainsi prohibée par
l'article 15 de la directive 2000/31/CE. Une surveillance ne pourrait
être à mon sens spécifique uniquement lorsqu'elle concerne un individu
ou une affaire identifiés, et ainsi lorsqu'elle serait limitée dans le
temps. Imposer aux hébergeurs une surveillance générale serait leur
donner un rôle de police privée, et serait une grave atteinte à notre
démocratie.
Troisièmement, je témoigne de mon soutien quant aux dispositions
responsabilisant l'hébergeur qui aurait eu connaissance de contenus
illicites, mais à certaines conditions seulement. Il me semble en
effet normal que le recel soit pénalisé dans le monde électronique
comme ailleurs. Toutefois, considérant la difficulté qu'il peut y
avoir à juger de l'illégalité de certains contenus, et considérant
l'importance de la liberté d'expression permise par l'hébergement
gratuit, je pense qu'un dispositif électronique de signalement des
infractions aux autorités compétentes devrait absolument être mis à
disposition des hébergeurs, qui leur permettrait de décharger toute
responsabilité sans pour autant avoir bloqué l'accès au site litigieux
; et ce, jusqu'à la demande consécutive desdites autorités.
Responsabiliser les hébergeurs sans décharge possible aurait
certainement une conséquence fâcheuse : plutôt que de prendre le
risque de poursuites judiciaires, ceux-ci préfèreront sans doute
bloquer l'accès aux sites litigieux à la moindre plainte. Et rien de
tout cela ne freinerait l'hébergement de sites réellement illégaux à
l'étranger, ce qui est d'ailleurs déjà la règle
Espérant que vous saurez être à l'écoute de vos citoyens, je vous prie
d'agréer, Monsieur le Sénateur, l'expression de ma plus haute
considération.
Stéphane FAURE

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Il ne génère un flou que pour ceux qui refusent l'idée de courriers
électroniques publics, alors que c'est une réalité numérique (mail mis à
disposition du public, article usenet, article d'un forum de discussions
ouvert au public etc.), et ceux qui ne connaissent pas la hiérarchie des
normes. Le droit pénal et le droit international protègent le secret des
correspondances et la vie privée. Ce sont des normes supérieures à la loi
civile. Une loi civile qui est contraire à une norme supérieure ne vaut pas
un clou. Mais la disposition du projet n'est pas contraire à ces normes,
elle n'ôte pas au mail le caractère privé, elle reconnaît seulement
l'existence de courriers électroniques non privés. Donc, d'une part, ceux
qui assimilent le mail au courrier électronique font erreur, d'autre part,
ne pas ôter au courrier électronique son caractère privé serait considerer
qu'il n'existe aucun courrier électronique public. Pour poursuivre dans
l'absurde, une correspondance entre deux utilisateurs sur Usenet ne
relèverait plus de la loi du 29 juillet 1881 (diffamation publique) mais du
code pénal (diffamation privée). Bref, plus d'infractions de presse
publiques sur Internet. C'est pourquoi je vous propose de réfléchir à deux
fois à tout ce qui peut être dit et affirmé sur les forums.
La différence entre un courrier électronique privé et un courrier
électronique public ne générera pas plus de difficultés pour le juge
qu'auparavant. Le premier concerne les correspondances envoyées dans une
boite e-mail ou à un cercle de personnes liées par une communauté d'intérêts
(groupe privé de discussions genre Yahoo! Groupes, listes de diffusion etc).
Le second concerne des correspondances mises à disposition d'un public
indéterminé (forums de discussions ouvert, articles Usenet etc.). La
disposition du projet LEN ne pourra que lutter contre les SPAMs et virus
publics, et non privés (secret des correspondances et vie privée oblige). Si
certains députés ont souhaité, par l'introduction de cette disposition,
lutter contre les SPAMS envoyés dans les boites e-mail des internautes, hé
bien ils ont manqué leur coup. Il est vrai que ce sont des pantins qui, pour
la plupart, ne connaissent rien au fonctionnement d'Internet (on constatera
d'ailleurs, par leur présence lors du vote de janvier 2004, leur grand
intérêt pour la question).
Oui, cette disposition protège une fois de plus le secret des
correspondances privées. La disposition du projet LEN n'y est pas contraire
(cf. plus haut).
Notez cependant que cette disposition est soumise à exceptions :
- défense et sécurité publique
- recherche, détection, poursuite d'infractions pénales
A cette fin, les Etats peuvent prendre des mesures législatives afin que les
prestataires conservent les données, même privées.
La seule disposition relative au filtrage va justement être retirée par le
Sénat.
Ce FAI encourt des sanctions pénales.
Oui.
Non. Relisez le considérant 47 (même s'il n'est qu'incitatif). Une
surveillance a priori ne visant que certaines illicéités n'est pas prohibée
par la Directive, mais la disposition que l'Assemblée nationale a adopté
l'est. La Commission européenne a d'ailleurs rendu un avis. Cette
disposition va être retirée.
C'est une idée. Mais surtout, ne pas accorder au tiers la possibilité de
demander le retrait d'un contenu, quel qu'il soit (simple particulier ou
industrie du disque). Pour obtenir le retrait d'un contenu rapidement, il
suffit de saisir le juge en référé (808, 809 NCPC). Le site est fermé en
moins d'une semaine. J'ajoute que le référé internet créé par le projet LEN
est parfaitement inutile.
--
Bruno Cinelli
Courriel : bruno[@]lexretis.com
Combien de fois faudra-t-il vous répéter qu'un message dans un forum
de discussions n'est pas un courrier électronique. Il est vrai qu'il
n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.
Allez donc voir ce que signifie le mot mail.
Il n'en existe pas.
Curieusement, vous ne parler plus de courrier, mais de correspondance.
Serait-ce que vous avez changé d'avis ?
Vous feriez mieux en effet.
--
petition contre certains aspects de la LEN: http://www.afa-france.com/actions/petition.php
Vous en avez de rab de votre moquette, elle a l'air bonne ?
L.
Bruno cinelli wrote:
Ah ? Ce n'est pas que ça ne me plairait pas, mais je ne vois pas comment
vous pouvez affirmer ça avant le vote....
Cordialement,
Christophe Baegert
Il ne génère pas de flou que pour ceux qui acceptent la notion de
"courrier électronique public". Mais je n'ai pas de dictionnaire sous
la main pour trancher. Si vous n'en avez pas non plus, il va falloir
alors m'expliquer pourquoi il y a une définition distincte de
"communication publique" et de "courrier électronique". Et pourquoi le
courrier électronique est un message "stocké sur un serveur du réseau
ou dans l'équipement terminal du destinataire, jusqu'à ce que ce
dernier le récupère" (ça ne veut rien dire, mais qu'est-ce que ça
signifie pour ceux qui ont écrit la directive ?)...
Ca ne serait pas votre Outlook Express qui vous fasse confondre mail
et forums ? On aurait pas cru que les méfaits de ce logiciel puissent
aller aussi loin...
Ce n'est pas une erreur, c'est de la cohérence.
Vous parlez bien de correspondance privée ? Alors pourquoi cela
devrait-il relever de la diffamation publique ?
Pas du tout. Il suffit d'accepter l'idée qu'un article, une
publication, n'est pas un _courrier_ !
C'est bien ce que je fais, vous avez vu ?
Ou ils abusent de la crédulité des gens qui ne connaissent pas
directives européennes.
Comme je le pensais, ils abusent de la crédulité des gens en
prétendant que le texte a été adopté à l'unanimité.
Comment vous le savez ?
S'ils ne mettent rien à la place, on en restera au vide juridique sur
la question. Et les FAI feront leur "justice privée" en toute quiétude
!
Hem...
Pourquoi, si le contenu est manifestement illégal ? Je conçois que les
FAI soient dans l'impossibilité de trancher dans certains cas, pas
qu'ils se dégagent de toute reponsabilité. Parce qu'après, les abuse
ne répondent plus aux plaintes.