"Liberté pour l'histoire" n'abrogera pas la loi Gayssot

Le
ruy
par Jérôme Bourbon.

Lois mémorielles: surenchère d'hypocrisie.

Et voilà que l'association Liberté pour l'Histoire, présidée
actuellement par Pierre Nora, refait parler d'elle. Le 11 octobre elle a
même lancé son appel de Blois en compagnie de l'inévitable Jack Lang à
l'occasion des 11e Rendez-vous de l'histoire. Les signataires aux premiers
rangs desquels se trouvent Pierre Nora et Françoise Chandernagor se
disent "inquiets des risques d'une moralisation rétrospective de l'histoire
et d'une censure intellectuelle", en appellent "à la mobilisation des
historiens européens et à la sagesse des politiques. L'histoire ne doit pas
être l'esclave de l'actualité ni s'écrire sous la dictée de mémoires
concurrentes. Dans un Etat libre, il n'appartient à aucune autorité
politique de définir la vérité historique et de restreindre la liberté de
l'historien sous la menace de sanctions pénales". Elle demande "aux
historiens de rassembler leurs forces à l'intérieur de leur propre pays en
y créant des structures similaires à la nôtre et, dans l'immédiat, de
signer individuellement cet appel pour mettre un coup d'arrêt à la dérive
des lois mémorielles" et demande aux responsables politiques de "ne pas
instituer, par la loi et pour le passé, des vérités d'Etat dont
l'application judiciaire peut entraîner des conséquences graves pour le
métier d'historien et la liberté intellectuelle en général".

Délit européen de "banalisation grossière".

Pourquoi une mobilisation si soudaine? C'est qu'une décision
européenne, en préparation depuis plusieurs années, risque de prendre
bientôt effet et d'étendre le champ des lois mémorielles à tout le
continent. Cette décision-cadre adoptée par le Parlement européen le 20
avril 2007, à deux jours du premier tour de la présidentielle en France,
est à l'origine une initiative du gouvernement Jospin. Si elle est
confirmée en conseil des ministres européens, elle instaurera pour tous
les "génocides, crimes de guerre à caractère raciste et crimes contre
l'humanité" un délit de "banalisation grossière" et même de "complicité de
banalisation". Autrement dit, tous les pays de l'Union européenne qui n'ont
pas dans leur législation de dispositif sanctionnant le révisionnisme
(c'est encore le cas des deux tiers d'entre eux) ou la violation de tout
autre nouveau dogme historique devront s'aligner sur cette décision-cadre.

C'est pourquoi, toujours dans le même esprit, Pierre Nora et
Françoise Chandernagor ont fait paraître le 9 octobre aux éditions du CNRS
l'ouvrage "Liberté pour l'histoire". On ne pourrait a priori que se
féliciter de cette volonté de desserrer le carcan qui étouffe la libre
recherche historique. Rappelons d'ailleurs que lorsqu'elle a été fondée en
décembre 2005 par dix-neuf historiens et intellectuels, l'association
Liberté pour l'histoire, alors présidée par feu René Rémond, demandait
explicitement l'abrogation de toutes les lois mémorielles, la loi Gayssot
de 1990 punissant la contestation des crimes contre l'humanité reconnus
comme tels par le tribunal militaire international de Nuremberg, la loi
Taubira du 21 mai 2001 qualifiant de crime contre l'humanité la traite et
l'esclavage perpétrés à partir du XVe siècle par les nations occidentales,
la loi Masse de 2001 également créant un délit de contestation du génocide
arménien de 1915 et la loi Mekachera de 2005 (abrogée en 2006 par Chirac
devant le tollé de la gauche) portant "reconnaissance de la nation en
faveur des Français rapatriés" et dont un article qui a fait scandale dans
les milieux bien-pensants mentionnait "le rôle positif de la présence
française outre-mer".

Une inacceptable criminalisation du passé.

Dans la page Débats du Figaro du 8 octobre, Pierre Nora et la
romancière Françoise de Chandernagor émettent un certain nombre de vérités
toujours utiles à rappeler. Le premier affirme non sans raison
que "derrière les nobles inspirations qui les inspirent - et qui ne
cachent, le plus souvent, que la démagogie électorale et la lâcheté
politique -, la philosophie d'ensemble, spontanément accordée à l'esprit de
l'époque, tend à une criminalisation générale du passé dont il faut bien
voir ce qu'elle implique, et où elle mène". La seconde s'étonne par exemple
que dans la loi Taubira, "seules la traite transatlantique et la traite
qui, dans l'océan Indien, amena des Africains à l'île Maurice et à La
Réunion sont considérées comme des crimes contre l'humanité. Ne sont donc
concernés, et condamnés, ni la traite et l'esclavage arabes, ni la traite
interafricaine, pourtant très importants - et plus étalés dans le temps,
puisque certains ont duré en toute légalite 'intérieure', sinon
internationale, jusque dans les années 1980 (au Niger et Mali, par
exemple), et même jusqu'en 2007 (la Mauritanie vient seulement d'adopter
une loi qui réprime la détention d'esclaves)".

On se souvient que, pour avoir insisté sur ces vérités peu
Politiquement correctes, l'historien de la traite négrière,
Pétré-Grenouilleau, a été traduit en justice et accusé de racisme par des
associations et collectifs afro-antillais se prétendant descendants
d'esclaves. Fille de garde des Sceaux, l'énarque Chandernagor a également
raison de s'émouvoir que notre pays se reconnaisse coupable d'un crime dans
lequel il n'a quasiment aucune responsabilité: "La France n'entre
officiellement dans la traite qu'à la fin du XVIIe siècle, mais la période
visée par la loi comprend les XVe, XVIe et XVIIe siècles. Donc, le crime
aujourd'hui reconnu par la France commence avant que des Français l'aient
commis. De même qu'elle avait déjà reconnu, à la place des Turcs, le
génocide arménien, la France reconnaît ici, par la loi, les péchés des
Anglais, des Hollandais, des Portugais En parlant du XVe siècle dans son
ensemble, elle reconnaît même la traite 'transatlantique' avant que
l'Amérique ait été découverte!"

Comment préserver sans scandale l'exclusivité juive

On applaudirait à deux mains toutes ces sages considérations si l'on
appliquait la même sévérité à la loi Gayssot. Or, depuis sa fondation, non
seulement Liberté pour l'histoire n'a jamais défendu un seul historien
révisionniste condamné et emprisonné au nom de cette loi d'exception, non
seulement elle n'a pas protesté contre les peines de prison ferme de
Georges Theil, de Vincent Reynouard, ni contre l'embastillement de Rudolf,
de Zündel, de Stolz, de Honsik et plus récemment de Töben, mais désormais
elle justifie ouvertement la répresssion: "Le crime contre l'humanité avait
été conçu pour des faits contemporains qui dépassaient l'entendement et
dont l'horreur et l'ampleur ne relevaient d'aucune catégorie juridique. Il
qualifiait le présent immédiat, il ne concernait pas le souvenir, ni la
mémoire ni le passé. Quant à la loi Gayssot, elle avait été conçue, dans
les circonstances très précises du négationnisme faurissonien, non pas
contre les historiens, mais contre les militants de la contre-vérité
historique.

Avec l'extension de la loi Gayssot et la généralisation de la notion
de crime contre l'humanité, on est dans une double dérive: la rétroactivité
sans limites et la victimisation du passé", écrit Pierre Nora dans son
opuscule "Liberté pour l'histoire".

Argumentation spécieuse: le génocide arménien date lui aussi du XXe
siècle et n'appartient donc pas à un passé bien lointain. De toute façon
pour les jeunes générations 1915 et 1940-45, cela ne change pas
grand-chose.

A la vérité, ce que Nora déplore, c'est que d'autres "catégories
réclament les garanties qu'a offertes aux juifs, en 1990, la loi Gayssot".
Autrement dit, quand il s'agit de donner un statut privilégié à la
communauté, lui accorder l'exclusivité de la souffrance, Nora qui a dirigé
les trois tomes des très conformistes "Lieux de mémoire", n'y voit rien à
redire mais que d'autres peuples ou ethnies se posent elles aussi en
victimes, ce n'est plus acceptable. Dans un entretien au "Nouvel
Observateur" du 9 au 15 octobre, Claude Lanzmann, le réalisateur
de "Shoah", reconnaît que la loi Gayssot est "la seule à (lui) importer
vraiment" (et pour cause!), critique "l'escalade qui a conduit à la
prolifération des lois mémorielles" et félicite Nora "d'avoir mis de l'eau
dans son vin" en ne demandant plus comme en 2005 l'abrogation de cette loi.
Toutefois, il lui fait grief d'être encore trop libéral. "Selon la
logique 'démocratique' de Pierre Nora, il eût été normal que je ne
m'indigne pas quand 'Rivarol', la feuille antisémite, a été autorisée à
reparaître". Encore une fois Lanzmann prend de curieuses libertés avec les
faits: notre hebdomadaire a été créé en 1951 et n'existait donc pas pendant
la guerre, ni avant! Il faudrait que le cinéaste relise ses fiches!

et refermer la boîte de Pandore.

En réalité, ce beau monde est quelque peu gêné aux entournures car il voit
bien que la loi Gayssot est la matrice de toutes les lois mémorielles et
qu'elle a ouvert la boîte de Pandore de laquelle jaillissent toutes les
revendications communautaristes qui conduisent à une criminalisation
générale du passé, rendent impossible le travail de l'historien, tuent tout
esprit critique et apparaissent comme une régression intellectuelle sans
précédent (voir la cabale contre l'universitaire Sylvain Gougenheim
coupable d'avoir démontré dans son "Aristote au Mont Saint-Michel" (Ed. du
Seuil) l'apport primordial des moines à la redécouverte de la pensée
grecque - Rivarol des 18 avril et 3 octobre). Mais comment avouer
ouvertement, sans susciter ici et là des réactions d'indignation, que la
Shoah est un phénomène unique dans l'histoire et que sa seule négation doit
être réprimée?

C'est cette affirmation qui a conduit Dieudonné à se révolter contre
le traitement inégal des "mémoires". Claude Lanzmann, qui a toutes les
audaces, a en effet osé écrire dans sa revue "Les Temps modernes": "La loi
Gayssot est une garantie de protection pour toutes les victimes." Car dans
son esprit une victime est forcément juive. Si elle ne l'est pas, elle ne
compte pas. D'ailleurs, toujours selon Lanzmann dans "L'Obs", les Arméniens
qui ont jugé choquante l'exceptionnalité en faveur des juifs "ont eu tort"
tout simplement.

Le refus de reconnaître le génocide vendéen.

Ce que craint également Liberté pour l'histoire, ce sont les
réclamations d'autres victimes de l'histoire, mais des victimes qui ont le
tort de n'être pas du bon côté. Dans son livre, Nora en dresse la
liste: "Il n'y a aucune raison pour que les descendants des victimes de
toute l'histoire de France ne réclament et n'obtiennent pas ce que les fils
et filles des descendants d'esclaves ont obtenu. Le 'génocide' [notez les
guillemets] vendéen attend sa reconnaissance officielle, les Russes blancs
ne manquent pas d'arguments contre les massacres communistes en Ukraine
(Holodomor), pas plus que les Polonais réfugiés contre les massacres de
Katyn." Et l'on pourrait ajouter les victimes de la Révolution française,
des deux épurations gaullistes de 1944-46 et 1962. Il ne faut surtout pas
que ces victimes-là puissent revendiquer quoi que ce soit. On l'a
d'ailleurs vu en 2005 avec la loi sur la colonisation vite retirée. Les
Français rapatriés ont eu la malchance d'être du mauvais côté de la
barricade. Comme les Vendéens, les aristocrates et prêtres réfractaires
sous la Révolution

Quand les masques tombent

Les choses sont désormais très claires: le combat de Liberté pour
l'histoire contre les lois mémorielles était dès l'origine un leurre et une
gigantesque escroquerie, une immense tartuferie qui n'entend nullement
combattre pour la vérité historique et les prétentions exorbitantes d'un
lobby "puissant et nocif", dixit Mitterrand. Aujourd'hui les masques
tombent. Il n'est évidemment pas question d'abroger la sacro-sainte loi
Gayssot. D'ailleurs, dans un entretien croisé avec Chandernagor dans Le
Figaro Magazine du 11 octobre où la romancière dit aimablement des
révisionnistes qu'il s'agit "d'un petit groupe d'imbéciles", Jean-Claude
Gayssot dit clairement que sa loi - dont il rappelle au passage que
l'article 9 instituant le délit de contestation n'est pas son fait mais
celui du gouvernement Rocard -, a été instituée pour réduire au silence
Faurisson et Le Pen. Et l'ancien ministre de conclure: "C'est le rôle du
Parlement de protéger la liberté, mais ne lui enlevons pas la liberté de
protéger."

Un communiste qui s'érige en protecteur des libertés et en garant de
la vérité historique pour servir les intérêts de la race de Sion, voilà qui
assurément ne manque pas de sel !

Article paru dans le n°2877 de l'hebdomadaire Rivarol du 24 octobre 2008
Vidéos High-Tech et Jeu Vidéo
Téléchargements
Vos réponses
Gagnez chaque mois un abonnement Premium avec GNT : Inscrivez-vous !
Trier par : date / pertinence
UBUjean-jacques viala
Le #17727761
On Sun, 02 Nov 2008 14:42:33 +0100, ruy
par Jérôme Bourbon.




il est bien Bourbon.
(...)

Les choses sont désormais très claires: le combat de Liberté pour
l'histoire contre les lois mémorielles était dès l'origine un leurre et une
gigantesque escroquerie, une immense tartuferie qui n'entend nullement
combattre pour la vérité historique et les prétentions exorbitantes d'un
lobby "puissant et nocif", dixit Mitterrand. Aujourd'hui les masques
tombent. Il n'est évidemment pas question d'abroger la sacro-sainte loi
Gayssot. D'ailleurs, dans un entretien croisé avec Chandernagor dans Le
Figaro Magazine du 11 octobre où la romancière dit aimablement des
révisionnistes qu'il s'agit "d'un petit groupe d'imbéciles", Jean-Claude
Gayssot dit clairement que sa loi - dont il rappelle au passage que
l'article 9 instituant le délit de contestation n'est pas son fait mais
celui du gouvernement Rocard -, a été instituée pour réduire au silence
Faurisson et Le Pen. Et l'ancien ministre de conclure: "C'est le rôle du
Parlement de protéger la liberté, mais ne lui enlevons pas la liberté de
protéger."

Un communiste qui s'érige en protecteur des libertés et en garant de
la vérité historique pour servir les intérêts de la race de Sion, voilà qui
assurément ne manque pas de sel !

Article paru dans le n°2877 de l'hebdomadaire Rivarol du 24 octobre 2008



un e'xcellent journal rivarol.

--


UBU.
L'avenir est à ceux qui se contenteront de peu.
Chardonne.
Publicité
Poster une réponse
Anonyme