Qu'attendre de Patrick de Carolis ?
Le
Helmut Prod
France Télévisions. À la veille de la présentation de la grille de
rentrée, quelques pistes de réflexion avec Jean-François Téaldi,
syndicaliste, et François Jost, chercheur.
C'est la rentrée. Patrick de Carolis, le nouveau patron de France
Télévisions, passera d'ailleurs lundi son « grand oral ». Ce qui
ne l'a pas empêché d'ores et déjà d'aligner une équipe de
direction entièrement renouvelée. Qui, à quelques exceptions près,
est clairement marquée à droite. Si la Trois se voit chapeautée par
une « enfant » du service public, Geneviève Giard, c'est un ancien
de Lagardère, Daniel Goudineau, qui prend la tête de France 5, une
jeune énarque n'ayant jamais connu la télé, Hayet Zeggar, qui
pourrait diriger France 4, et surtout Philippe Baudillon, ancien
conseiller de Balladur et proche de Villepin, qui sera aux manettes à
France 2. Carolis aura aussi à ses côtés Patrice Duhamel pour les
programmes, Thierry Bert, un ancien inspecteur des finances, pour les
questions de gros sous, et à son cabinet Damien Cuier, un poulain de
Jean-François Copé, qui voit un autre de ses proches, Bastien Millot,
au développement. Ce savant dosage, aussi subtil soit-il, ne trompe
donc personne, à moins de deux ans de la présidentielle. Pour autant,
celui qui ne présentera plus « Des racines et des ailes » a
réitéré, lors du conseil d'administration du groupe, la semaine
dernière, sa feuille de route avec, comme mot d'ordre, le lien entre
« audience et qualité ». En attendant la grille de rentrée,
Jean-François Téaldi, du SNJ CGT, et le chercheur François Jost,
grand spécialiste de la télé, nous livrent leurs réflexions.
Entretien.
Que vous inspirent cette nouvelle équipe et les projets de Carolis ?
Jean-François Téaldi. On attendra d'être reçu par la nouvelle
direction pour savoir à quoi s'en tenir. D'autant que, si les
directions changent, les problèmes - et donc nos revendications -
restent. Néanmoins, on ne regrettera ni le départ de Christopher
Baldelli de France 2 ni celui de Rémy Pflimlin de France 3, ce dernier
étant remplacé par une femme qui connaît le service public. Et
comment ne pas se féliciter de l'arrivée de Paul Nahon à l'info
de la Trois ? Le projet de Carolis n'est donc pas sans nous rassurer.
S'il a parlé de complémentarité entre les chaînes - en
particulier entre la Deux et la Trois -, il a assuré qu'il n'y
aura pas fusion entre les rédactions. Par ailleurs, pour la
production, il table sur 100 millions d'euros sur cinq ans avec un
doublement des investissements pour les documentaires de la Trois et
plus 50 % pour la fiction de la Deux. Reste à savoir si ce sera en
interne ou non. Mais surtout s'il aura les moyens de ses ambitions.
D'autant qu'il souhaite d'un côté assurer une meilleure place
à la culture mais, de l'autre, concilier audience et qualité. Or on
sait ce que veut dire courir après l'audience. Et on se doute que sa
fondation d'utilité publique - un moyen de trouver d'autres
ressources que celles de la pub et de la redevance - ne saurait couvrir
tous les besoins d'une entreprise où les salaires n'ont pas bougé
depuis près de dix ans et où se pose toujours la question de la
précarité.
Vous êtes bien conciliant avec une équipe marquée à droite
Jean-François Téaldi. Mieux vaut savoir à quoi s'en tenir que
d'avoir affaire à des personnes censées être à gauche et qui se
plient, au final, à toutes les volontés du pouvoir. On ne baisse donc
pas la garde. Qui plus est avec un ancien inspecteur des finances à un
poste à responsabilités ou un ancien de Lagardère à France 5. Et
surtout pas lorsqu'on voit que la TNT a été, du côté des
régions, totalement laissée en jachère. Néanmoins reconnaissons,
pour la chaîne internationale par exemple, même si c'est Ulysse
Gosset, l'ancien patron de l'info de France 3, qui la dirigera, que
Patrick de Carolis la prend dans le bon sens, en refusant le montage
hybride entre le service public et TF1.
Et pour vous, François Jost, quels sont les défis auxquels il devra
faire face ?
François Jost. Annoncer une télévision plus culturelle à des heures
plus décentes semble de bon augure. Le problème du service public,
c'est qu'il veut correspondre à tous les publics. Il faudrait donc
que les différentes chaînes s'articulent mieux entre elles et que
leurs identités soient plus claires. Pour ce faire, vous pouvez jouer
soit sur le contenu, soit sur le public visé. Ou alors - et c'est ce
qu'avait réussi à faire Canal - trouver un ton.
On reproche souvent au service public sa schizophrénie. Qu'en
pensez-vous ?
François Jost. Pour France 2, le paradoxe, c'est de viser un très
large public sans pour autant pouvoir se permettre de faire du TF1.
Mais, pour l'instant, alors que le numérique n'a pas encore pris
son essor, il est difficile de faire abstraction de ce que font les
autres. La programmation consiste donc à « prendre » des
téléspectateurs et à réduire pour eux les autres « télévisions
» possibles. Néanmoins, libre ensuite à celui qui est aux manettes
soit d'accepter les carrefours existants, soit de se permettre une
programmation décalée. Or, s'il apparaît que la fiction du service
public parvient à se distinguer de celle du privé - en traitant moins
de héros que de problèmes de société -, c'est moins patent du
côté de l'info. D'autant qu'on voit y apparaître, comme dans
le documentaire, des modes de narration proches de la téléréalité.
Et cela alors que le service public se défend d'en faire
Jean-François Téaldi. Du côté de l'info, il faut absolument que
l'on tire les leçons du référendum sur la constitution
européenne. L'enjeu est très simple. Mais capital : retrouver notre
crédibilité.
Ironie du sort : Patrick de Carolis présentera lundi une grille de
rentrée concoctée par l'équipe Tessier. Que peut-il faire ?
Jean-François Téaldi. C'est normal. Tout est toujours bouclé des
mois à l'avance. Sa véritable rentrée aura donc lieu début 2006.
Mais on attend déjà de voir ce qu'il compte faire.
François Jost. Les marges de manoeuvre en matière de programmation
sont toujours réduites. Car les habitudes ont la peau dure, comme pour
l'heure du début de la soirée. Néanmoins, ces marges existent. Et,
à mon sens, il faut arrêter de penser qu'il y a une télé pour les
gens cultivés et une pour les autres. On est tous plusieurs
téléspectateurs à la fois. On a parfois envie de se cultiver,
parfois envie de se distraire. Or, avec le nombre de chaînes dont
dispose France Télévisions, Patrick de Carolis devrait pouvoir
remplir cette mission de service public.
Lire, de François Jost, Comprendre la télévision, Armand Collin,
2005, 127 pages.
Entretien réalisé par Sébastien Homer
rentrée, quelques pistes de réflexion avec Jean-François Téaldi,
syndicaliste, et François Jost, chercheur.
C'est la rentrée. Patrick de Carolis, le nouveau patron de France
Télévisions, passera d'ailleurs lundi son « grand oral ». Ce qui
ne l'a pas empêché d'ores et déjà d'aligner une équipe de
direction entièrement renouvelée. Qui, à quelques exceptions près,
est clairement marquée à droite. Si la Trois se voit chapeautée par
une « enfant » du service public, Geneviève Giard, c'est un ancien
de Lagardère, Daniel Goudineau, qui prend la tête de France 5, une
jeune énarque n'ayant jamais connu la télé, Hayet Zeggar, qui
pourrait diriger France 4, et surtout Philippe Baudillon, ancien
conseiller de Balladur et proche de Villepin, qui sera aux manettes à
France 2. Carolis aura aussi à ses côtés Patrice Duhamel pour les
programmes, Thierry Bert, un ancien inspecteur des finances, pour les
questions de gros sous, et à son cabinet Damien Cuier, un poulain de
Jean-François Copé, qui voit un autre de ses proches, Bastien Millot,
au développement. Ce savant dosage, aussi subtil soit-il, ne trompe
donc personne, à moins de deux ans de la présidentielle. Pour autant,
celui qui ne présentera plus « Des racines et des ailes » a
réitéré, lors du conseil d'administration du groupe, la semaine
dernière, sa feuille de route avec, comme mot d'ordre, le lien entre
« audience et qualité ». En attendant la grille de rentrée,
Jean-François Téaldi, du SNJ CGT, et le chercheur François Jost,
grand spécialiste de la télé, nous livrent leurs réflexions.
Entretien.
Que vous inspirent cette nouvelle équipe et les projets de Carolis ?
Jean-François Téaldi. On attendra d'être reçu par la nouvelle
direction pour savoir à quoi s'en tenir. D'autant que, si les
directions changent, les problèmes - et donc nos revendications -
restent. Néanmoins, on ne regrettera ni le départ de Christopher
Baldelli de France 2 ni celui de Rémy Pflimlin de France 3, ce dernier
étant remplacé par une femme qui connaît le service public. Et
comment ne pas se féliciter de l'arrivée de Paul Nahon à l'info
de la Trois ? Le projet de Carolis n'est donc pas sans nous rassurer.
S'il a parlé de complémentarité entre les chaînes - en
particulier entre la Deux et la Trois -, il a assuré qu'il n'y
aura pas fusion entre les rédactions. Par ailleurs, pour la
production, il table sur 100 millions d'euros sur cinq ans avec un
doublement des investissements pour les documentaires de la Trois et
plus 50 % pour la fiction de la Deux. Reste à savoir si ce sera en
interne ou non. Mais surtout s'il aura les moyens de ses ambitions.
D'autant qu'il souhaite d'un côté assurer une meilleure place
à la culture mais, de l'autre, concilier audience et qualité. Or on
sait ce que veut dire courir après l'audience. Et on se doute que sa
fondation d'utilité publique - un moyen de trouver d'autres
ressources que celles de la pub et de la redevance - ne saurait couvrir
tous les besoins d'une entreprise où les salaires n'ont pas bougé
depuis près de dix ans et où se pose toujours la question de la
précarité.
Vous êtes bien conciliant avec une équipe marquée à droite
Jean-François Téaldi. Mieux vaut savoir à quoi s'en tenir que
d'avoir affaire à des personnes censées être à gauche et qui se
plient, au final, à toutes les volontés du pouvoir. On ne baisse donc
pas la garde. Qui plus est avec un ancien inspecteur des finances à un
poste à responsabilités ou un ancien de Lagardère à France 5. Et
surtout pas lorsqu'on voit que la TNT a été, du côté des
régions, totalement laissée en jachère. Néanmoins reconnaissons,
pour la chaîne internationale par exemple, même si c'est Ulysse
Gosset, l'ancien patron de l'info de France 3, qui la dirigera, que
Patrick de Carolis la prend dans le bon sens, en refusant le montage
hybride entre le service public et TF1.
Et pour vous, François Jost, quels sont les défis auxquels il devra
faire face ?
François Jost. Annoncer une télévision plus culturelle à des heures
plus décentes semble de bon augure. Le problème du service public,
c'est qu'il veut correspondre à tous les publics. Il faudrait donc
que les différentes chaînes s'articulent mieux entre elles et que
leurs identités soient plus claires. Pour ce faire, vous pouvez jouer
soit sur le contenu, soit sur le public visé. Ou alors - et c'est ce
qu'avait réussi à faire Canal - trouver un ton.
On reproche souvent au service public sa schizophrénie. Qu'en
pensez-vous ?
François Jost. Pour France 2, le paradoxe, c'est de viser un très
large public sans pour autant pouvoir se permettre de faire du TF1.
Mais, pour l'instant, alors que le numérique n'a pas encore pris
son essor, il est difficile de faire abstraction de ce que font les
autres. La programmation consiste donc à « prendre » des
téléspectateurs et à réduire pour eux les autres « télévisions
» possibles. Néanmoins, libre ensuite à celui qui est aux manettes
soit d'accepter les carrefours existants, soit de se permettre une
programmation décalée. Or, s'il apparaît que la fiction du service
public parvient à se distinguer de celle du privé - en traitant moins
de héros que de problèmes de société -, c'est moins patent du
côté de l'info. D'autant qu'on voit y apparaître, comme dans
le documentaire, des modes de narration proches de la téléréalité.
Et cela alors que le service public se défend d'en faire
Jean-François Téaldi. Du côté de l'info, il faut absolument que
l'on tire les leçons du référendum sur la constitution
européenne. L'enjeu est très simple. Mais capital : retrouver notre
crédibilité.
Ironie du sort : Patrick de Carolis présentera lundi une grille de
rentrée concoctée par l'équipe Tessier. Que peut-il faire ?
Jean-François Téaldi. C'est normal. Tout est toujours bouclé des
mois à l'avance. Sa véritable rentrée aura donc lieu début 2006.
Mais on attend déjà de voir ce qu'il compte faire.
François Jost. Les marges de manoeuvre en matière de programmation
sont toujours réduites. Car les habitudes ont la peau dure, comme pour
l'heure du début de la soirée. Néanmoins, ces marges existent. Et,
à mon sens, il faut arrêter de penser qu'il y a une télé pour les
gens cultivés et une pour les autres. On est tous plusieurs
téléspectateurs à la fois. On a parfois envie de se cultiver,
parfois envie de se distraire. Or, avec le nombre de chaînes dont
dispose France Télévisions, Patrick de Carolis devrait pouvoir
remplir cette mission de service public.
Lire, de François Jost, Comprendre la télévision, Armand Collin,
2005, 127 pages.
Entretien réalisé par Sébastien Homer

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d'influence sur ce que je regarde puisqu'en faisant le bilan je me suis
rendu compte que je regarde très peu de choses sur France2, France3:
-Strip-Tease (Si la nouvelle direction pouvait les diffuser à une
heure plus raisonnable et trouver un horaire régulier de diffusion et
s'y tenir ce serait une déjà une amélioration.)
-On a tout essayé (J'aime plutôt bien cette émission, en plus elle
semble s'améliorer légèrement chaque année, j'espère qu'il n'y
aura pas de changement)
-Tout le monde en parle (J'aime bien Ardisson, j'espère qu'il n'y aura
pas de changement)
-Les bon documentaires (J'ai bien aimé la série sur la 2eme Guerre
Mondiale mais ils semblent très rares)
-Trafic Musique (J'aime bien cette émission malgré Guillaume Durand)
Je regarde plus rarement:
-L'émission de Fogiel
-Envoyé Spécial (j'ai l'impression que ce format a fait son temps et
qu'il faudrait le renouveler)
-Des bons films (mais il y en a de moins en moins ce qui est un peu
navrant, et ceux qui passent sont souvent passé sur la TSR en VO
avant)
-Thalassa (généralement j'aime bien cette émission mais tous les
sujets ne m'intéressent pas)
Finalement une proposition pour la nouvelle direction:
-Donner une émission de deuxième partie de soirée à Frédéric
Taddei (Tout ce qu'il a fait à la TV a toujours été bon)
Ah oui une autre proposition pour la nouvelle direction:
Créer un documentaire du type "A History of Britain" de Simon Schama
mais pour l'histoire de France.
N'étant pas français, je connais bien l'histoire de Charlemagne et
celle de Louis XVI mais entre les deux j'ai un peu de mal avec les rois
de France. En effet je me doute bien qu'il y a eu 15 Louis avant Louis
XVI, mais qui ils étaient ou ce qu'ils ont fait je n'en ai aucune
idée.
Europe 1 l'a même engagé l'après-midi. Mais je n'ai pas encore eu l'heur de
l'écouter.
--
© www.itzatrowl.tk
va être rapidement supprimée , car trop marquée à gauche (Miller)