rouillé (6)

Le
Octave
"Elle est muette et nue, plate et mate. Bête diront certains. Elle donne
à voir, simplement, purement, brutalement, des signes qui sont
sémantiquement vides ou blancs." (Citation de Philippe Dubois, auteur de
l'acte photographique)
Rouillé poursuit: L'existence, rien que l'existence: la pure
désignation. Ni signification ni sens. Sens que, par parenthèse, les
images, photographiques ou non, n'expliqueront jamais, car l'explication
ressortit à la langue non aux images qui, elles, ne peuvent qu'exprimer.

"La photographie" d'André Rouillé,
folio essais, page 271




"Le présent de la saisie est doublement hanté: par le futur de l'image à
venir, et par le passé dans lequel tombent irrémédiablement les choses
et les corps. La saisie, qui ne produit rien d'immédiatement sensible,
"dédouble le présent en deux directions hétérogènes, dont l'une s'élance
vers l'avenir et l'autre tombe dans le passé*". Si bien que l'instantané
photographique ne suspend pas le temps, ne le fige pas, ne le sidère
pas, il le "scinde en deux jets dissymétriques*": un futur de l'image
(pas encore là et pourtant déjà là) et un passé des choses et des corps
(encore présent et pourtant déjà passé).
Après la saisie, qui opère une scission de temps, l'apparition de
l'image intervient au terme des procédures de laboratoire au cours
desquelles le photographe se transforme en spectateur de son propre
travail. Ce moment particulier, qui ouvre une quatrième temporalité,
unit les deux facettes du photographe: opérateur et spectateur. Quant à
l'épreuve photographique, c'est une image double: une unité indivisible
de présent et de passé contemporain, de perception et de souvenir,
inséparablement actuelle et virtuelle.
(*Gilles Deleuze: L'image-temps)


page 277







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jean-daniel dodin
Le #24019301
Le 30/11/2011 18:49, Octave a écrit :

Après la saisie, qui opère une scission de temps, l'apparition de
l'image intervient au terme des procédures de laboratoire au cours
desquelles le photographe se transforme en spectateur de son propre
travail. Ce moment particulier, qui ouvre une quatrième temporalité,
unit les deux facettes du photographe: opérateur et spectateur. Quant
à l'épreuve photographique, c'est une image double: une unité
indivisible de présent et de passé contemporain, de perception et de
souvenir, inséparablement actuelle et virtuelle.
(*Gilles Deleuze: L'image-temps)



tient, après beaucoup de verbiage une remarque frappée au coin du bon
sens :-)

merci
jdd
Octave
Le #24019371
Le 30/11/2011 19:26, jean-daniel dodin a écrit :
Le 30/11/2011 18:49, Octave a écrit :

Après la saisie, qui opère une scission de temps, l'apparition de
l'image intervient au terme des procédures de laboratoire au cours
desquelles le photographe se transforme en spectateur de son propre
travail. Ce moment particulier, qui ouvre une quatrième temporalité,
unit les deux facettes du photographe: opérateur et spectateur. Quant
à l'épreuve photographique, c'est une image double: une unité
indivisible de présent et de passé contemporain, de perception et de
souvenir, inséparablement actuelle et virtuelle.
(*Gilles Deleuze: L'image-temps)



tient, après beaucoup de verbiage une remarque frappée au coin du bon
sens :-)

merci




Avec plaisir.


--
www.octav.fr
filh
Le #24019431
jean-daniel dodin
Le 30/11/2011 18:49, Octave a écrit :

> Après la saisie, qui opère une scission de temps, l'apparition de
> l'image intervient au terme des procédures de laboratoire au cours
> desquelles le photographe se transforme en spectateur de son propre
> travail. Ce moment particulier, qui ouvre une quatrième temporalité,
> unit les deux facettes du photographe: opérateur et spectateur. Quant
> à l'épreuve photographique, c'est une image double: une unité
> indivisible de présent et de passé contemporain, de perception et de
> souvenir, inséparablement actuelle et virtuelle.
> (*Gilles Deleuze: L'image-temps)

tient, après beaucoup de verbiage une remarque frappée au coin du bon
sens :-)



Le bon sens : une vérité qui s'arrête sur l'ordre arbitraire de celui
qui la parle...

FiLH

--
Le fondement du constat bourgeois, c'est le bon sens, c'est-à-dire
une vérité qui s'arrête sur l'ordre arbitraire de celui qui la parle.
Roland Barthes.
http://www.filh.org
YouDontNeedToKnowButItsNoëlle
Le #24019531
Le 30/11/11 19:58, Octave a écrit :
Le 30/11/2011 19:26, jean-daniel dodin a écrit :
Le 30/11/2011 18:49, Octave a écrit :

Après la saisie, qui opère une scission de temps, l'apparition de
l'image intervient au terme des procédures de laboratoire au cours
desquelles le photographe se transforme en spectateur de son propre
travail. Ce moment particulier, qui ouvre une quatrième temporalité,
unit les deux facettes du photographe: opérateur et spectateur. Quant
à l'épreuve photographique, c'est une image double: une unité
indivisible de présent et de passé contemporain, de perception et de
souvenir, inséparablement actuelle et virtuelle.
(*Gilles Deleuze: L'image-temps)



tient, après beaucoup de verbiage une remarque frappée au coin du bon
sens :-)




Oui.
N'étant pas philosophe, ce qui me fascine moi c'est le moment qui fait
l'image, avec les reflex. On ne voit pas ce qu'on photographie, on voit
avant et après. C'est magique.

Noëlle Adam
albert
Le #24020471
Bonjour Octave,

Le temps dans la photographie est très important. C'est une dimension que l'on a, par
réflexe de l'instantané, tendance à oublier. Pour parler de façon imagée, chaque
photographie est comme une brique que l'on pose à un endroit donné sur la ligne du temps.
Mais isolée, elle garde juste sa dimension historique, comme la parcelle d'un moment de
notre histoire. Elle a perdu sa dimension temporelle.

Si on l'associe à d'autres briques, on peut construire un mur qui servira d'écran pour
la vision plus globale d'une nouvelle image et du même coup lui redonner consistance dans
un nouvel espace temporel. Cette analogie, venant de moi, fait penser bien sûr aux
assemblages d'images numériques. C'est un fait, mais il y a beaucoup d'autres façons de
réintroduire le temps dans les images.

La première, la plus mécanique, est le cinéma. Je dis mécanique car le cinéma impose
une sorte de fac-similé du temps passé. Il a des propriétés finalement assez restreintes
pour créer de nouvelles routes temporelles, le flash-back, le ralenti, la voix-off, etc...
Par contre et paradoxalement, la photographie qui par définition a perdu toute valeur
temporelle, est beaucoup plus libre en s'assemblant à d'autres, pour imaginer de nouvelles
dimensions.

Le discours de Rouillé amalgamé à Deleuze parle du temps, mais d'un temps désuet,
celui de l'instantané qui ne concerne plus la photographie d'aujourd'hui.

Le "cinemagraph" cité il y a quelques jours, malgré sa pauvreté dans ses moyens de
reconstruction du temps, donne un effet vraiment magique en amenant de petites bulles
temporelles dans la masse immobile de la photographie.

Imaginez que chaque photographie soit réalisée dans le but de son intégration à une
nouvelle chaine du temps, dans un temps imaginaire. Il y a pleins d'exemples, cela va de
la gif animée, à toutes les manipulations dans photoshop : Pour répéter les personnages,
faire tomber de la neige en été, amener un ciel étoilé sur une plage ensoleillée, etc...
Mais il y a bien mieux. On pourrait parler de surimpression, dont l'aléatoire apporte à
chaque cliché une aura magique. Octave a réactualisé dernièrement cet effet ancien. Mais
tout cela reste anecdotique. Je crois que les effets les plus subtils du temps se
développent entre les images. L'ancêtre dans se domaine, et toujours d'actualité, est
l'album photo. Tiré de cet album le fil entre les images peut être noué à nouveau pour
réinventer une vie. Un très bon exemple, encore cité il y a quelques jours, est cette
série de doubles portraits du même personnage et du même décor à des époques différentes.

Ah ! J'allais oublier, encore une citation récente : Jacques Honvault et sa synthèse
différentielle. Je ne m'étendrais pas sur l'aspect psycho-rigide du personnage
ingénieur-artiste, mais c'est encore une façon de décrypter les effets du temps dans
l'image. Jules Marey était un bien meilleur inventeur, Delaunay un bien meilleur artiste :
http://cartoflash.free.fr/regards/eiffel.htm

La réappropriation du temps par la photographie comme on le voit fourmille d'exemples.
Et ce n'est qu'un début dans les mentalités. Le temps immobile de la photographie est une
dimension de l'imaginaire, elle n'a pas de limites.

Voilà, c'était ma contribution du matin au discours sur les citations, et on peut
encore remercier Octave de l'avoir initié.

albert
Octave
Le #24028011
Le 01/12/2011 09:36, albert a écrit :

Bonjour Octave,

Le temps dans la photographie est très important. C'est une dimension
que l'on a, par réflexe de l'instantané, tendance à oublier. Pour parler
de façon imagée, chaque photographie est comme une brique que l'on pose
à un endroit donné sur la ligne du temps. Mais isolée, elle garde juste
sa dimension historique, comme la parcelle d'un moment de notre
histoire. Elle a perdu sa dimension temporelle.

Si on l'associe à d'autres briques, on peut construire un mur qui
servira d'écran pour la vision plus globale d'une nouvelle image et du
même coup lui redonner consistance dans un nouvel espace temporel. Cette
analogie, venant de moi, fait penser bien sûr aux assemblages d'images
numériques. C'est un fait, mais il y a beaucoup d'autres façons de
réintroduire le temps dans les images.

La première, la plus mécanique, est le cinéma. Je dis mécanique car le
cinéma impose une sorte de fac-similé du temps passé. Il a des
propriétés finalement assez restreintes pour créer de nouvelles routes
temporelles, le flash-back, le ralenti, la voix-off, etc... Par contre
et paradoxalement, la photographie qui par définition a perdu toute
valeur temporelle, est beaucoup plus libre en s'assemblant à d'autres,
pour imaginer de nouvelles dimensions.

Le discours de Rouillé amalgamé à Deleuze parle du temps, mais d'un
temps désuet, celui de l'instantané qui ne concerne plus la photographie
d'aujourd'hui.



?
Je ne vois pas en quoi cette définition pourrait être désuète en ce qui
concerne la photographie. Tu veux sans doute parler d'autres moyens
utilisant la photographie et jouant avec le temps, pas de la
photographie en soi.



Le "cinemagraph" cité il y a quelques jours, malgré sa pauvreté dans ses
moyens de reconstruction du temps, donne un effet vraiment magique en
amenant de petites bulles temporelles dans la masse immobile de la
photographie.



J'aurais plutôt dit que ça amène du mouvement, à voir ce liquide qui
coule sans jamais remplir le verre.



Imaginez que chaque photographie soit réalisée dans le but de son
intégration à une nouvelle chaine du temps, dans un temps imaginaire. Il
y a pleins d'exemples, cela va de la gif animée, à toutes les
manipulations dans photoshop : Pour répéter les personnages, faire
tomber de la neige en été, amener un ciel étoilé sur une plage
ensoleillée, etc... Mais il y a bien mieux. On pourrait parler de
surimpression, dont l'aléatoire apporte à chaque cliché une aura
magique. Octave a réactualisé dernièrement cet effet ancien. Mais tout
cela reste anecdotique. Je crois que les effets les plus subtils du
temps se développent entre les images. L'ancêtre dans se domaine, et
toujours d'actualité, est l'album photo. Tiré de cet album le fil entre
les images peut être noué à nouveau pour réinventer une vie. Un très bon
exemple, encore cité il y a quelques jours, est cette série de doubles
portraits du même personnage et du même décor à des époques différentes.




A mon avis, hors sujet. Dans l'ouvrage de Rouillé, il est question de la
photographie, pas du temps entre deux photographies.



La réappropriation du temps par la photographie comme on le voit
fourmille d'exemples. Et ce n'est qu'un début dans les mentalités. Le
temps immobile de la photographie est une dimension de l'imaginaire,
elle n'a pas de limites.



C'est ce qui fait tout le sel (sans jeu de mot) de la photographie,
intriguant, toujours.



Voilà, c'était ma contribution du matin au discours sur les citations,
et on peut encore remercier Octave de l'avoir initié.




Merci.


--
www.octav.fr
albert
Le #24028271
"Octave"
A mon avis, hors sujet. Dans l'ouvrage de Rouillé, il est question de la photographie,
pas du temps entre deux photographies.



Justement, c'est pourquoi je dis que le discours de Rouillé-Deleuze est désuet.

Amitiés,
albert
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filh
Le #24031581
albert
"Octave"
> A mon avis, hors sujet. Dans l'ouvrage de Rouillé, il est question de la
> photographie, pas du temps entre deux photographies.

Justement, c'est pourquoi je dis que le discours de Rouillé-Deleuze
est désuet.



Cette histoire de temps m'interpelle quelque part... moi qui fait de
longues séquences de photos généralement présentées chronologiquement...

Le cinéma est un cas amusant, car si il s'agit bien d'une séquence
discrète d'image il n'est appréhendé que sous l'angle de l'illusion de
continuité avec lequel nous le percevons...

FiLH

--
Le fondement du constat bourgeois, c'est le bon sens, c'est-à-dire
une vérité qui s'arrête sur l'ordre arbitraire de celui qui la parle.
Roland Barthes.
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