En situant l'histoire sur le continent noir, Benoît Sokal délaisse les
paysages européens de Syberia pour retrouver au moins le temps d'un des quatre
tableaux du jeu,
la jungle qu'il avait déjà utilisé dans L'Amerzone. Ann Smith,
l'héroïne se réveille après un crash aérien dans un palais de la
Mauranie, un pays fictif régi par un despote vieillissant, Rodon. En quête de son identité, cette aventurière débarquée d'Europe va découvrir avec nous des
paysages tour à tour hostiles et accueillants. Et quels paysages !
Que ce soit Madragane, son harem, ses rues calmes ou la forêt des
Molgraves, avec ses huttes perchées au sommet des arbres, on en prend
plein les yeux. Sokal a dessiné de véritables toiles aux jeux de lumières assez saisissants.
Très statiques, avec un fonctionnement écran par écran et malgré des effets de fumée ou des vols d'oiseaux, mais
en cela fidèles à l'esprit de ses productions précédentes.
L'Afrique qu'il nous présente est belle comme une carte postale. La
fascination qu'exerce ce continent mystérieux et magique sur l'auteur
est sincère et palpable. On est dans un imaginaire connu, celui de la
colonisation. Que Sokal
détourne en réquisitoire contre l'exploitation éhontée de ce continent
exercée par les Européens. La Mauranie telle qu'il nous la décrit est
un pays laissé exsangue par la conquête, ses ressources minières
pillées.
L'histoire qui nous est contée sur ce canevas est un brin naïve, pleine
de clichés mais possède un charme certain. Problème, elle manque
cruellement de rebondissements : au final, il ne se passe pas
grand-chose dans Paradise. Surtout, quant à cantonner le joueur au rôle
de spectateur plus que d'acteur,
il eut été plus avisé de nous faire au moins partager ses doutes,
ses peurs, ses interrogations... Las, Ann Smith est amnésique, or dès
la cinématique d'introduction, nous apprenons qui elle est vraiment.
Voir du coup l'héroïne passer l'essentiel du jeu à se poser des
questions auxquelles on a, nous, déjà la réponse, devient très vite
exaspérant. Difficile dans ces conditions de se sentir vraiment
concerné.