La course à l'autonomie dans le domaine militaire s'accélère, et la Turquie vient de marquer les esprits. Alors que les grandes puissances mondiales, comme les États-Unis avec leurs programmes Skyborg, développent leurs propres concepts d'ailiers robotisés, la société Baykar a choisi la démonstration publique.

En faisant voler deux de ses drones sans pilote en parfaite coordination, elle démontre la maturité de sa technologie et contribue à redéfinir les contours de la guerre aérienne future.

Une première mondiale : le vol en formation autonome

Le 27 décembre 2025, sur le site du centre d'essais de Çorlu, deux prototypes du Bayraktar Kizilelma, désignés PT3 et PT5, ont décollé l'un après l'autre.

Une fois en altitude, les deux appareils ont exécuté un vol en formation rapprochée, une manœuvre extrêmement complexe, sans aucune intervention humaine. Cette chorégraphie aérienne a été entièrement orchestrée par un "pilote de combat autonome" s'appuyant sur des algorithmes d'autonomie de flotte intelligents développés en interne par Baykar.

Réussir une telle opération est un défi technique majeur. Cela exige une coordination millimétrée à des vitesses subsoniques élevées, une conscience situationnelle partagée et une communication constante entre les machines pour ajuster dynamiquement leurs positions.

C'est la première fois que deux drones de combat de ce type accomplissent une telle prouesse, validant ainsi la capacité des systèmes autonomes à exécuter des missions complexes jusqu'ici réservées aux pilotes humains les plus chevronnés.

De nouvelles capacités tactiques

Cette avancée inaugure un changement doctrinal profond. Le Kizilelma cesse d'être une plateforme isolée pour devenir un élément interchangeable au sein d'un système d'armes distribué.

Durant ces mêmes essais, les drones ont mené une mission de patrouille aérienne de combat (CAP), démontrant leur aptitude à sécuriser un espace aérien de façon persistante et autonome.

Le concept de guerre aérienne se transforme, passant de la supervision constante d'un opérateur à une gestion par objectifs.

L'autonomie coopérative agit comme un multiplicateur de force. Plusieurs appareils peuvent désormais se répartir les rôles (détection, escorte, attaque) et coordonner leurs actions pour saturer les défenses adverses ou protéger des infrastructures critiques.

Cette capacité à opérer en « meute » réduit la charge cognitive des opérateurs humains et augmente la résilience du dispositif, une perte individuelle n'entraînant pas l'échec de la mission. 

Kizilelma : le fer de lance d'une ambition stratégique

Conçu pour les environnements hostiles, le Kizilelma est un aéronef de pointe doté d'une faible signature radar, d'une soute à armement interne et de capacités de décollage et d'atterrissage courts (STOL), le rendant apte à opérer depuis des navires.

Son développement est le fruit d'une stratégie d'indépendance menée par Baykar, qui finance tous ses projets sur fonds propres et réalise plus de 80% de ses revenus à l'export, s'imposant comme le plus grand exportateur mondial de drones.

Ce programme n'est plus au stade expérimental mais bien sur la voie d'une capacité opérationnelle concrète. La production en série est prévue pour 2026, avec une intégration dans les forces armées turques dans les 12 à 18 prochains mois.