L'initiative, lancée par un décret présidentiel de Donald Trump en septembre 2025, visait à restaurer une appellation historique, le Département de la Guerre, pour, selon ses termes, envoyer un « message de force ».
Mais ce qui relevait alors du symbole se confronte aujourd'hui à la réalité budgétaire. Les coûts potentiels de cette opération de communication à grande échelle viennent d'être détaillés par une analyse non partisane, et la note s'avère particulièrement salée pour le contribuable américain.
Une facture qui s'alourdit selon l'ambition
Le rapport du Congressional Budget Office (CBO), l'organisme chargé de fournir des analyses budgétaires au Congrès, est sans équivoque. Une mise en œuvre modeste et progressive du changement de nom, principalement au sein du bureau du Secrétaire à la Défense, coûterait déjà environ 10 millions de dollars.
Cependant, si le Pentagone décidait d'appliquer ce changement de manière large et rapide à travers toutes ses branches, la facture pourrait grimper jusqu'à 125 millions de dollars.
Ces coûts couvriraient principalement la mise à jour de la signalétique, des en-têtes de lettres, des badges d'identification, des supports de formation et des sites web.
Une dépense plutôt conséquente, comme en témoigne le fait que cinq organisations du bureau du Secrétaire ont déjà engagé 1,9 million de dollars en un mois pour des modifications initiales.
L'étude précise que si le Congrès venait à légiférer pour officialiser le nom, le coût total pourrait se chiffrer en centaines de millions de dollars.
Un symbole politique avant tout
Au-delà des chiffres, cette volonté de renommage s'inscrit dans une démarche politique plus large. Pour Donald Trump, amateur de symboles forts et directs, l'appellation « Département de la Défense » était jugée trop woke.
Donald Trump et le Golden Dome, autre symbole de la puissance américaine
Le retour au « Département de la Guerre » se veut un message plus agressif adressé au monde entier. Cette initiative fait écho à une réorientation plus globale impulsée par le Secrétaire Pete Hegseth, qui met l'accent sur la létalité des troupes, l'apparence physique des militaires et un recul des mesures de diversité, d'équité et d'inclusion (DEI).
Ce changement de nom brise une tradition établie depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. C'est en 1949, sous la présidence de Harry Truman, que le Département de la Guerre, fondé par George Washington, avait été renommé Département de la Défense, rappellent les médias américains.
Cette modification s'inscrivait alors dans une vaste réorganisation de l'après-guerre visant à unifier les différentes branches des forces armées sous une seule autorité civile et à marquer une posture moins agressive dans le contexte naissant de la Guerre Froide.
Entre enthousiasme et blocage institutionnel
Dès la signature du décret présidentiel, le Secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a embrassé avec ferveur cette nouvelle identité. Il s'est rapidement présenté comme le « secrétaire à la Guerre » sur les réseaux sociaux et a fait remplacer les plaques à l'extérieur de son bureau au Pentagone.
Dans la foulée, l'adresse du site web officiel est passée de defense.gov à war.gov, matérialisant instantanément l'ambition présidentielle.
Toutefois, cette revalorisation symbolique se heurte à un obstacle majeur : seul le Congrès américain a le pouvoir de changer officiellement le nom d'une agence fédérale.
Malgré l'introduction d'une proposition de loi par quelques sénateurs républicains, le pouvoir législatif n'a montré aucun empressement à se saisir du sujet, et le texte n'a connu aucune avancée notable.
Le projet reste donc suspendu à une validation institutionnelle incertaine, laissant le Pentagone dans un entre-deux sémantique au coût bien réel.