Le conflit en cours est souvent qualifié de première grande "guerre des drones", où des engins sans pilote, des plus simples aux plus sophistiqués, saturent le champ de bataille.

Dans ce contexte, Kyïv cherche constamment à renforcer ses capacités de frappe à longue portée pour compenser les pénuries en missiles traditionnels. La livraison de « quelques unités » du Rodeur 330 par EOS Technologie s'inscrit directement dans cette stratégie, offrant à l'Ukraine une nouvelle corde à son arc pour les missions en profondeur.

Le Rodeur 330, un atout tactique polyvalent

Le Rodeur 330 est de type appareil à hélice et joue le rôle d'une munition rôdeuse capable de mener à la fois des missions de renseignement et d'attaque kamikaze.

L'un de ses atouts majeurs réside dans son autonomie : il peut voler jusqu'à cinq heures dans un rayon opérationnel de 80 km, avec une portée maximale théorique de 500 km.

Rodeur 330 02

Plus important encore, il est doté d'un système de navigation optique qui lui permet d'opérer même dans des environnements où les signaux GPS sont brouillés, une réalité constante sur le front.

Lancé par catapulte en moins de dix minutes par deux opérateurs, l'engin emporte une charge explosive de 4 kg, notamment la tête anti-blindage Arceus développée par KNDS.

Cette charge le classe dans la catégorie des munitions rôdeuses anti-blindage. Pour réduire les pertes lors des entraînements ou des missions avortées, EOS l'a également équipé d'un parachute de récupération, une fonctionnalité rare pour ce type d'appareil.

De l'expérimentation à la production de masse

Pour les industriels occidentaux, le conflit ukrainien est devenu un terrain d'essai sans équivalent, permettant de confronter les équipements à la réalité du combat moderne.

Jean-Marc Zuliani, président d'EOS Technologie, confirme que cette livraison permet de tester et d'affiner le système en conditions réelles. L'enjeu dépasse la simple expérimentation : il s'agit de préparer une future production de masse.

Rodeur 330 03

Un partenariat a d'ailleurs été signé avec un acteur majeur de l'industrie automobile pour être capable de produire des dizaines de milliers d'unités d'ici 2030.

Le Rodeur 330 fait partie d'une famille plus large, qui inclut le Veloce 330, un modèle à réaction pouvant atteindre 400 km/h. La capacité des drones Rodeur à opérer en essaims de 30 appareils simultanément est une autre capacité clé, pensée pour saturer les défenses aériennes adverses.

Quelles implications pour la doctrine française et l'aide à Kiev ?

Cette initiative illustre un changement de paradigme pour la France. Selon Jean-Marc Zuliani, un drone comme le Rodeur 330 pourrait être utilisé en Europe dans une logique de "bouclier", tandis qu'il sert de "glaive" en Ukraine.

Les forces ukrainiennes, avec leur expérience unique au monde, apportent un retour d'information crucial, ayant davantage « besoin de technologies que d'appareils » à ce stade. Pour les industriels, cette synergie est une occasion d'adapter rapidement leurs produits aux menaces actuelles.

Au-delà de l'aide à Kyïv, cette montée en puissance de la filière française des drones de combat s'inscrit dans une perspective de long terme. Que le conflit cesse ou non, les tensions géopolitiques mondiales poussent les nations à renforcer leur dissuasion conventionnelle.

La capacité à produire en masse et à déployer des systèmes autonomes avancés devient ainsi un élément central des capacités futures de défense dans un contexte géopolitique international tendu et une franche augmentation des menaces.