La polémique a éclaté lorsque des milliers d'utilisateurs ont découvert et exploité une fonctionnalité de l'intelligence artificielle Grok, intégrée au réseau social X. Par de simples commandes textuelles comme "mets-la en bikini", il était possible de déshabiller virtuellement n'importe quelle personne photographiée, y compris des femmes, des adolescentes mineures et même des victimes de faits divers.

Ces détournements, souvent accompagnés de contenus violents ou de symboles haineux, ont rapidement mis en lumière les failles béantes de la modération de l'outil.

Une pression politique et réglementaire maximale

La réaction des autorités politiques, notamment en Europe, ne s'est pas fait attendre. Plusieurs représentants de différents gouvernements ont fait part de leur mécontentement face à l'absence de réaction apparente de xAI pour corriger cette problématique alors qu'une ONG estime que près de la moitié des images générées par Grok pendant les fêtes de fin d'année était associée à ce phénomène.

Certains dirigeants ont ouvertement évoqué la possibilité d'un bannissement pur et simple de la plateforme sur leur marché, donnant son plein soutien aux régulateurs  pour prendre toutes les mesures nécessaires.

De son côté, la Commission européenne a également haussé le ton en imposant des mesures conservatoires à l'entreprise.

X est désormais sommée de conserver tous les documents internes relatifs à Grok jusqu'à fin 2026, une manœuvre visant à faciliter les enquêtes sur d'éventuels manquements.

La menace d'amendes colossales, pouvant atteindre 10 % du chiffre d'affaires mondial, a fini de transformer ce scandale en crise majeure pour l'entreprise.

La réponse de X : une solution en trompe-l'œil ?

Face à cette tempête, la réponse de X a été aussi laconique que rapide : "La création et la modification d’images sont actuellement réservées aux abonnés payants".

En plaçant la fonctionnalité derrière un mur payant, l'entreprise met un terme à son utilisation massive et anonyme. L'argument officiel est que les abonnés, dont les coordonnées bancaires sont enregistrées, sont plus facilement identifiables et donc moins enclins à abuser du système.

Cependant, cette décision est loin de faire l'unanimité. Des critiques,soulignent que le problème n'est pas réglé sur le fond : les utilisateurs payants peuvent toujours créer des images sexuelles.

Certains y voient même une stratégie cynique de la part d'Elon Musk pour convertir des utilisateurs gratuits en abonnés payants et ainsi augmenter les revenus de sa plateforme en difficulté.

Un modèle économique imperturbable au cœur de la tourmente

Le contraste est saisissant. Alors que X est sous le feu des critiques et des menaces réglementaires, sa société mère dédiée à l'IA, xAI, affiche une santé financière insolente.

En pleine polémique, l'entreprise a annoncé avoir levé la somme phénoménale de vingt milliards de dollars lors d'un nouveau tour de table, dépassant largement son objectif initial.

Des géants comme Nvidia, Fidelity et le fonds souverain du Qatar ont participé à cette opération, témoignant de la confiance des investisseurs.

Cette levée de fonds spectaculaire, créditée en partie aux capacités de l'IA Grok, montre une déconnexion profonde entre la perception du public et celle du monde de la finance.

La question reste donc entière : cette restriction d'accès sera-t-elle suffisante pour apaiser les régulateurs ou n'est-elle qu'un simple pansement sur un problème éthique bien plus profond qui continuera de hanter le développement de l'intelligence artificielle générative ?