Le Japon a franchi une étape décisive dans sa politique énergétique ce mercredi. L'opérateur Tokyo Electric Power (TEPCO) a relancé le réacteur n°6 de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa.

C'est un événement majeur : il s'agit non seulement de la plus grande installation nucléaire de la planète en termes de capacité, mais aussi de la première relance pour TEPCO, l'entreprise au cœur du drame de Fukushima en 2011. L'arrêt total du parc nucléaire nippon, qui a suivi la triple catastrophe, semble bel et bien révolu.

Pourquoi ce redémarrage maintenant ?

Le gouvernement japonais pousse pour ce retour en force de l'atome. L'objectif est double : réduire la forte dépendance du pays aux combustibles fossiles importés et atteindre la neutralité carbone d'ici 2050. Dans ce contexte, le nucléaire est considéré comme un pilier essentiel pour garantir la sécurité énergétique de l'archipel.

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Cette stratégie est d'autant plus pressante que la demande en électricité explose, notamment tirée par le développement de l'intelligence artificielle. La Première ministre Sanae Takaichi a clairement affiché son soutien à l'atome civil, visant une part de 20% dans le mix électrique national à l'horizon 2040. Ce redémarrage est donc un signal politique fort, marquant la fin d'une longue impasse.

Quelles sont les craintes de la population ?

Malgré les assurances de l'opérateur, la méfiance reste immense. Un sondage local révélait que 60% des habitants de la préfecture de Niigata s'opposaient à la relance. Des dizaines de manifestants ont bravé le froid pour exprimer leur colère, illustrant une fracture profonde dans l'opinion publique.

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Les craintes sont alimentées par le passé. Une pétition de près de 40 000 signatures a été remise aux autorités, rappelant que la centrale est bâtie sur une zone sismique active, frappée par un violent séisme en 2007. Pour beaucoup, le souvenir de l'accident de Fukushima et la gestion de crise par TEPCO rendent cette décision "absolument inacceptable".

La sécurité est-elle vraiment garantie ?

Face à la contestation, TEPCO a investi massivement dans des mesures de sécurité post-Fukushima pour cette centrale nucléaire. Le complexe a été doté d'une digue de 15 mètres contre les tsunamis et de systèmes de secours électriques repositionnés en hauteur pour parer à toute inondation.

Pourtant, la confiance est fragile. L'industrie nucléaire japonaise a été secouée par des scandales récents, comme la falsification de données sismiques par un autre opérateur. Pire, un système d'alerte a connu un dysfonctionnement à Kashiwazaki-Kariwa juste avant la relance. Le patron de TEPCO, Tomoaki Kobayakawa, a lui-même appelé à "l'humilité", reconnaissant que les risques d'erreurs humaines existent toujours.

Foire Aux Questions (FAQ)

Combien de réacteurs sont actifs au Japon ?

Avec la remise en service de l'unité n°6 de Kashiwazaki-Kariwa, le Japon compte désormais 15 réacteurs en fonctionnement sur les 33 considérés comme encore exploitables. Le parc avait été entièrement mis à l'arrêt après la catastrophe de 2011.

Quel est l'impact de ce redémarrage sur l'économie ?

Il devrait renforcer l'approvisionnement électrique de la région de Tokyo, la plus dynamique du pays. Selon les analystes, il pourrait aussi réduire significativement les importations japonaises de gaz naturel liquéfié (GNL) dès 2026, allégeant la facture énergétique nationale.

TEPCO va-t-il redémarrer d'autres réacteurs de cette centrale ?

Le réacteur n°7 pourrait être remis en service d'ici 2030. Le sort des cinq autres unités n'est pas encore fixé, et certaines pourraient être démantelées à terme, en fonction des décisions réglementaires et de la stratégie énergétique du pays.