La stratégie d'intégration verticale a toujours été au cœur de l'ADN de Tesla, des batteries aux logiciels de conduite autonome. Aujourd'hui, Elon Musk semble prêt à franchir une nouvelle étape, et non des moindres, en s'attaquant directement au secteur ultra-stratégique des semi-conducteurs.

Cette décision est la conséquence directe d'une analyse des faiblesses actuelles de la chaîne d'approvisionnement mondiale et intervient dans un moment critique où les pénuries de composants se font de nouveau sentir.

Une réponse aux contraintes géopolitiques et industrielles

L'annonce d'Elon Musk est claire : pour éviter les goulots d'étranglement qui menacent l'industrie dans les trois à quatre prochaines années, il n'y a pas d'autre solution que de construire une usine de puces à très grande échelle.

Il estime que les fournisseurs actuels, pourtant des géants comme TSMC, Samsung ou Micron, ne pourront pas répondre aux besoins colossaux de l'entreprise.

L'ambition reste de se prémunir contre les risques géopolitiques croissants, notamment les tensions entre les États-Unis et la Chine qui fragilisent l'ensemble du secteur.

Le projet, baptisé TeraFab, est à la démesure de son initiateur. L'ambition est d'atteindre une capacité de production qui pourrait représenter jusqu'à 70 % de celle de TSMC, en couvrant l'intégralité du processus : puces logiques pour l'IA, puces mémoire et packaging.

C'est une démarche visant une indépendance quasi totale vis-à-vis des partenaires externes.

Un défi colossal aux multiples facettes

Si l'idée est séduisante sur le papier, sa mise en œuvre représente un défi monumental. La construction d'une usine de semi-conducteurs de pointe se chiffre en dizaines de milliards de dollars et nécessite des années de construction et de montée en puissance.

Le directeur financier de Tesla, Vaibhav Taneja, a confirmé que l'entreprise disposait de plus de 44 milliards de dollars en liquidités et pourrait recourir à l'endettement pour financer ce projet d'une rare intensité capitalistique.

Au-delà de l'aspect financier, deux obstacles majeurs se dressent. Le premier est l'accès aux équipements de lithogravure complexes, un marché dominé par une poignée d'acteurs comme le néerlandais ASML Holding.

Le second, peut-être le plus critique, est la pénurie de travailleurs qualifiés aux États-Unis, un problème qui a déjà contraint TSMC à retarder l'ouverture de son usine en Arizona.

Stratégie d'intégration ou simple coup de poker ?

Cette volonté de maîtriser la production de puces s'inscrit parfaitement dans la philosophie de l'écosystème Musk, où les synergies entre les différentes entités sont constamment recherchées.

En internalisant un composant aussi critique, Tesla pourrait accélérer ses cycles de développement, notamment pour ses projets d'IA et ses robots Optimus, tout en se protégeant des aléas extérieurs.

Pour l'heure, de nombreuses questions restent en suspens. Le lieu d'implantation de la TeraFab n'a pas été dévoilé, bien que le Texas, où se trouve le siège de l'entreprise, soit un candidat naturel.

Elon Musk a promis une "annonce plus détaillée" à une date ultérieure, laissant planer le doute sur le calendrier et les modalités précises de ce qui pourrait être l'un des paris industriels les plus audacieux de la décennie.