À l’heure où l’autonomie automobile s’impose comme l’un des principaux arguments de vente des véhicules électriques, les récentes données issues d’un sondage mené par Electric Vehicle Intelligence Report viennent bousculer la perception de la technologie Full Self-Driving (FSD) de Tesla auprès du grand public.

Plutôt qu’une promesse de modernité ou d’innovation, cette fonctionnalité semble désormais associée à la défiance, remettant en question l’attractivité de la marque sur un marché en pleine transition.

Alors que Tesla a amorcé un franc virage vers la conduite autonome et déploie ses premiers robotaxis à Austin et San Francisco, l'option FSD ne semble pas aussi attractive qu'attendu.

Des consommateurs majoritairement méfiants

Le rapport, fondé sur les réponses de plus de 8 000 personnes représentatives de la population américaine, révèle une donnée frappante : près de la moitié des sondés estiment que la technologie FSD devrait être tout simplement interdite.

Seuls 35% considèrent cette technologie légale, et 17% restent indécis sur le sujet. L'enjeu de sécurité semble dominer les réticences, surtout chez les personnes de plus de 65 ans et celles avec des revenus inférieurs à 100 000 dollars.

À l’inverse, les plus jeunes et les catégories aisées montrent une ouverture relative. Ce clivage générationnel et social atteste du caractère polarisant du FSD, qui séduit une minorité tout en refroidissant la majorité.

Tesla FSD livraison autonome

14% des sondés déclarent que la présence du FSD les encourage à acheter un véhicule Tesla, tandis que 35% affirment que cela les dissuade, un rapport de deux à un défavorable. En réalité, la plupart des consommateurs (51%) restent indifférents à l’ajout de cette option dans leur prise de décision.

Ce scepticisme touche aussi la question de la responsabilité en cas d’accident. 66% des participants jugent Tesla responsable des accidents impliquant ses technologies d’aide à la conduite et 78% soutiennent que les publicités de la marque devraient montrer clairement l’utilisation correcte des fonctions Autopilot et FSD, illustrant un besoin de transparence accru.

Une confiance en berne pour la marque Tesla

Le désamour pour le FSD ne se limite pas à la capacité technique ou à la sécurité. Le dernier sondage note une chute significative de la confiance et de la positivité envers la marque Tesla par rapport au printemps dernier.

Les consommateurs font davantage confiance à d’autres constructeurs pour la sécurité et l’adaptabilité familiale de leurs véhicules. Le procès d’un accident impliquant un Model Y ayant coûté la vie à une jeune femme a particulièrement marqué les esprits, la firme refusant un règlement à l’amiable pour 60 millions de dollars et se voyant condamnée à verser plus de 329 millions de dollars par un jury.

tesla-autopilot

La gestion du dossier par Elon Musk et son refus d’intégrer certaines technologies de détection comme le LiDAR n’a pas aidé à redorer l’image de Tesla. Alors que 70% des Américains souhaitent l’utilisation de caméras et LiDAR pour plus de sécurité, seuls 3% valident la stratégie “cameras only” adoptée par Tesla. 71% demandent d’ailleurs une intervention directe du gouvernement pour imposer de nouveaux standards en matière de capteurs d’autonomie.

Un marché de l’autonomie rattrapé par la réalité

Au-delà des considérations techniques, le scepticisme persistant envers le FSD questionne la viabilité à court ou moyen terme des projets de robotaxi et autres véhicules entièrement autonomes.

La technologie, loin de convaincre, suscite chez beaucoup un rejet marqué. Comme le résume le rapport de l’EVIR : « Musk et Tesla perdent le soutien de la communauté pour le FSD ». Ce désintérêt pourrait freiner brutalement les ambitions de l’entreprise, alors même que la concurrence sur le marché de l’électrique s’intensifie.

Tesla Model Y Juniper final

Ce climat affecte aussi la présence internationale de Tesla. En juillet, la marque a enregistré une baisse supérieure à 40% de ses immatriculations en Europe, pour la quatrième fois en sept mois.

Cette chute intervient paradoxalement alors que le marché européen des voitures électriques affiche un dynamisme croissant (+34% de ventes sur 15 mois). Elon Musk met en avant le blocage réglementaire empêchant le lancement du FSD sur le Vieux Continent, arguant que cela nuit aux ventes. Pourtant, les délais et promesses non tenues alimentent le doute.

Les attentes des consommateurs redéfinissent la technologie

Adoptée avec enthousiasme initialement, l’autonomie dans la conduite exige désormais une meilleure responsabilité et une transparence accrue de la part des fabricants.

Quelles réponses Tesla, et Elon Musk en particulier, pourraient-ils apporter à cette nouvelle donne ? Les prochaines mises à jour du FSD promettent des améliorations spectaculaires selon leur concepteur, qui annonce que la version 14 pourrait être “deux ou trois fois meilleure qu’un humain” et la version 15 “dix fois supérieure”.

La montée du scepticisme envers Tesla et sa technologie FSD incite à repenser les attentes en matière de sécurité, de fiabilité et d’intégrité publicitaire pour les véhicules dotés d’autonomie avancée.

Si Elon Musk persiste à croire au potentiel révolutionnaire de son système, le public, lui, réclame plus de garanties et des innovations testées et encadrées. Les fabricants devront désormais négocier leur avenir entre audace industrielle et consensus social.

Source : CNBC