Face à la prolifération des menaces asymétriques, notamment les attaques coordonnées de véhicules aériens sans pilote, les marines du monde entier cherchent des solutions de défense plus durables et économiques.

Les systèmes traditionnels, bien qu'efficaces, se heurtent à la saturation et à des coûts prohibitifs. C'est dans ce contexte que les armes à énergie dirigée, longtemps cantonnées à la science-fiction, deviennent une priorité stratégique. L'US Navy, pionnière dans ce domaine, vient de franchir une étape significative avec son système embarqué HELIOS.

Un test multi-cibles qui change la donne

L'information a été confirmée par Jim Taiclet, le PDG de Lockheed Martin, lors d'une communication financière : le destroyer de classe Arleigh Burke USS Preble a réussi à neutraliser quatre drones lors d'un exercice en mer l'année dernière.

Ce succès marque une avancée majeure, car les essais précédents, comme celui mené en 2024, ne concernaient qu'une seule cible à la fois. La capacité à engager plusieurs menaces successivement durant une même séquence est un jalon crucial pour l'opérationnalisation de cette technologie.

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Cette démonstration s'inscrit dans une logique de retour d'expérience, notamment tirée des récentes opérations en mer Rouge où les défenses antiaériennes conventionnelles ont été mises à rude épreuve par des attaques massives.

La validation du système laser HELIOS dans un scénario plus complexe démontre une maturité croissante et offre une perspective tangible pour contrer les tactiques d'essaims, qui visent à submerger les défenses d'un navire.

HELIOS, une technologie aux avantages considérables

Le système HELIOS, pour "High-Energy Laser with Integrated Optical Dazzler and Surveillance", est une arme laser d'une classe de 60 kilowatts. Installé sur l'USS Preble depuis 2022, il est conçu pour détruire ou endommager des cibles légères comme des drones ou de petites embarcations.

Il dispose également d'une fonction d'éblouissement optique capable de neutraliser les capteurs ennemis. Lockheed Martin a d'ailleurs évoqué la possibilité de faire évoluer sa puissance jusqu'à 150 kilowatts à l'avenir.

USS Preble systeme laser Helios

L'atout majeur de cette technologie réside dans son chargeur infini. Tant que le navire peut fournir de l'énergie et assurer le refroidissement, le laser peut tirer. Cet avantage est fondamental dans des zones d'opération isolées où le ravitaillement est complexe.

De plus, le coût par tir est dérisoire comparé à celui d'un missile intercepteur dont chaque unité coûte environ un million de dollars. Même les canons spécialisés des défense ont des magasins limités, offrant tout au plus 30 secondes de tir continu.

Entre ambitions futures et défis techniques persistants

Malgré ces promesses, les défis techniques restent bien réels. Un laser ne peut engager qu'une seule cible à la fois et son efficacité diminue avec la distance à cause de la dispersion du faisceau dans l'atmosphère.

Les conditions météorologiques, la fumée ou la poussière peuvent également dégrader ses performances. À bord d'un navire, le système doit en outre résister à la corrosion saline, à la houle et répondre à d'importants besoins en refroidissement.

Ces obstacles ne freinent cependant pas les ambitions de l'US Navy. Le vice-amiral Brendan McLane, commandant des forces navales de surface, a réaffirmé sa volonté de poursuivre sur cette voie, déclarant que "le rêve d'un laser sur chaque navire peut devenir une réalité".

L'amiral Daryl Caudle, chef des opérations navales, va plus loin en affirmant que "la défense ponctuelle doit basculer vers l'énergie dirigée". Le succès de l'USS Preble, bien qu'encore une étape expérimentale, suggère que ce futur se rapproche à grands pas.