Depuis toujours, les virus sont perçus comme des parasites, des pirates microscopiques qui détournent la machinerie cellulaire à leur profit. Cependant, la découverte des virus géants au cours des deux dernières décennies a commencé à sérieusement ébranler ce dogme.

L'étude de l'ushikuvirus, un virus géant infectant des amibes, publiée dans le Journal of Virology, apporte une nouvelle pièce fascinante au puzzle de nos origines, suggérant que ces entités ont peut-être changé les règles du jeu de l'évolution.

Un comportement à mi-chemin des autres virus géants

Isolé dans les eaux du lac Ushiku au Japon par l'équipe du professeur Masaharu Takemura, l'ushikuvirus cible une amibe unicellulaire nommée Vermamoeba. Une fois à l'intérieur, son comportement le distingue de ses plus proches parents.

Plutôt que de simplement pirater son hôte, il prend le contrôle en démantelant la membrane du noyau pour y construire ses propres usines virales, remodelant complètement l'architecture cellulaire de l'intérieur.

Cette stratégie le place dans une position évolutive particulièrement intéressante. Contrairement aux Medusavirus qui se répliquent à l'intérieur d'un noyau intact, l'ushikuvirus le désagrège. Ce faisant, il agit comme un potentiel chaînon manquant évolutif entre différents types de virus géants.

Cette capacité à perturber la membrane nucléaire est un indice crucial qui vient nourrir une théorie autrefois considérée comme marginale.

L'eukaryogenèse virale, une hypothèse qui gagne en crédibilité ?

Cette découverte donne en effet un poids considérable à l'hypothèse de l'eukaryogenèse virale. Proposée il y a plus de vingt ans par Takemura lui-même, cette théorie postule que le noyau de nos cellules, la structure même qui définit la vie complexe, pourrait provenir d'un ancien virus à ADN.

Ce dernier n'aurait pas tué son hôte mais aurait établi une relation symbiotique permanente, devenant un composant essentiel de la cellule.

L'ushikuvirus renforce cette idée en possédant un jeu complet de protéines histones, ces molécules qui servent à compacter l'ADN dans les cellules eucaryotes.

Pour le professeur Takemura, « les virus géants peuvent être considérés comme un trésor biologique dont le monde n'est pas encore entièrement compris ». Ils nous offrent une nouvelle perspective qui connecte le monde des organismes vivants à celui des virus.

Des implications au-delà de la théorie de l'évolution

Au-delà de ces questions fondamentales sur nos origines, la découverte de l'ushikuvirus a aussi des implications pratiques. Certaines espèces d'amibes proches de la Vermamoeba peuvent en effet causer des infections rares mais graves chez l'humain, comme l'encéphalite amibienne.

Mieux comprendre comment les virus géants infectent et neutralisent ces organismes pourrait un jour ouvrir la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques.

En attendant, cette découverte continue de redéfinir notre perception du monde viral. L'ushikuvirus nous rappelle que les virus ne sont peut-être pas seulement des passagers clandestins de l'histoire de la vie mais peut-être de véritables architectes de l'évolution, intimement liés à l'émergence de la complexité biologique.