Test Beyond : Two Souls, une expérience aux confins du jeu vidéo

Le par Rénald B.  |  0 commentaire(s)
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La sortie d'un nouveau jeu signé Quantic Dream est toujours un évènement en soi. Beyond: Two Souls, le nouveau jeu du studio français, n'échappe pas à la règle. S'il divise les critiques, c'est aussi parce qu'il bouscule les codes habituels du jeu vidéo et n'entre guère dans une catégorie. Avec des ambitions débordantes, B2S peut-il entrer dans le panthéon du jeu vidéo ?

Introduction

Quantic Dream avait déjà divisé avec sa dernière production. C'était en 2010 sur PS3 avec Heavy Rain.

Retour en 2013 avec Beyond:Two Souls écrit et réalisé par David Cage. Un jeu qu'il est d'emblée difficile de cataloguer. Est-ce un jeu à la troisième personne ou bien en vue subjective ? S'agit-il d'un jeu en environnement ouvert ou fermé ? La trame est-elle linéaire ? Difficile de répondre à toutes ces questions tant B2S oscille entre les différents genres.

B2S, c'est d'abord une ambition assez incroyable en termes de photoréalisme. Un constat qui nous mène tout droit au cinéma. Quantic Dream joue d'ailleurs cette carte à fond puisqu'une avant-première du jeu a été proposée à la presse au Grand Rex. Un blockbuster hollywoodien ?

L'affiche du jeu reprend certains des codes propres au cinéma avec des noms d'acteurs à l'affiche. Willem Dafoe et Ellen Page se sont effectivement prêtés durant de nombreuses heures au jeu de la capture par Motion Capture. Loin d'être un gadget, l'incursion d'acteurs et du jeu d'acteur apportent véritablement quelque chose au jeu et à la narration.

D'autres acteurs moins célèbres se sont également prêtés à cet exercice, comme Eric Winter qui a notamment joué dans la série Mentalist.

S'agissant de cinéma, c'est avant tout l'histoire qui pourra vous embarquer dans l'aventure de Jodie, l'héroïne de B2S.

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Un jeu dont vous êtes l’héroïne

Le scénario de B2S est au centre de l'expérience que nous propose Quantic Dream. Son propos, sa mise en scène et sa construction lui sont propres même si des références existent bien.

Des références qui sont tout d'abord cinématographiques.

Mais commençons par évoquer le fil rouge de B2S.

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Dans ce jeu, vous incarnez Jodie Holmes à différents stades de sa vie oscillant entre l'âge de 8 ans et de 23 ans. C'est de manière déstructurée qu'on apprend à connaître Jodie via différents épisodes de sa jeune existence. Entre chaque épisode, on voit apparaître où il se situe dans la vie de l'héroïne.

Le terme "épisodes" semble d'ailleurs assez bien trouvé puisque B2S a aussi des affinités avec les séries télévisées tant les différents passages du jeu peuvent sembler déconnectés les uns des autres de prime abord.

Mais les références au 7ème art sont aussi bel et bien présentes. Comment ne pas penser à Carrie au bal du diable de Brian de Palma (sorti en 1976) lorsque, fillette, Jodie est invitée à un anniversaire. Enfin, l'histoire même du jeu fait penser à DARYL, ce film de Simon Wincer sorti dans les années 80 (en 1985) qui nous fait suivre le destin de Daryl, un androïde à l'apparence d'un jeune garçon qui, comme Jodie, est suivi dans un centre scientifique… La manière dont l'entité Aiden interagit avec l'environnement de manière fantomatique fait également penser à Ghost de Jerry Zucker (1990).

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Car Jodie n'est pas une personne comme tout le monde. Son corps est le refuge d'une entité dénommée Aiden avec qui elle a appris à vivre. Une relation particulière s'est nouée entre les deux. L'entité autonome ou plutôt semi-autonome protège Jodie mais l'empêche également de s'épanouir et de mener une réelle vie sociale.

Ce sont aussi les pouvoirs obtenus "grâce" à Aiden qui rendent sa vie compliquée. Détectée dès son plus jeune âge, Jodie est étudiée dans un laboratoire comme un monstre par des scientifiques à la tête desquels on trouve Nathan Dawkins ("interprété" par Willem Dafoe). L'homme est tiraillé entre son devoir professionnel et un côté paternaliste pour Jodie.

Des tiraillements et des personnages hauts en couleur tapissent tout le fil du jeu. Si certaines scènes semblent superflues (celle qui se déroule en Afrique notamment et paraît sortie d'un Call of Duty) et n'échappent pas à certains clichés, l'ensemble s'avère drôlement efficace.

On plonge à corps perdu dans ce jeu à l'ambition narrative.

Une histoire qui est servie par un gameplay quelque peu expérimental.

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Un gameplay minimaliste mais singulier

B2S n'est pas un jeu expérimental mais ses développeurs ont tout de même bâti l'expérience de jeu en apportant des nouveautés dans le gameplay.

Il ne s'agit ni d'un jeu en vue objective telle que les FPS, ni d'un jeu en vue à la troisième personne telles que les survival horror. Il peut s'agir en fait des deux à la fois ou bien d'un seul.

En effet, s'il est possible de vivre l'aventure en solo, on pourra également choisir de jouer à deux dans une forme de coop, l'un dirigeant Jodie et l'autre Aiden. Notons que Quantic Dream a développé une appli mobile (sur Android et iOS) qui permet de jouer directement sur son terminal Android, sans Dualshock donc.

Un jeu PS3 qui peut se jouer sans contrôleur : voilà qui est de nature à alimenter les détracteurs du B2S qui ne le considèrent d'ailleurs pas comme un jeu. Quantic Dream se défend en indiquant qu'il a été développé pour être accessible au plus grand nombre, d'où l'existence de cette application mobile.

Abolir les barrières du jeu vidéo, telle est d'ailleurs l'ambition du studio. Un désir qui passe par un gameplay singulier même si vous ne serez pas entièrement dépaysé si vous avez déjà joué à Fahrenheit ou bien à Heavy Rain.

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QTE à toutes les sauces
Le Quick Time Event (QTE) a fait sa première apparition dans Dragon's Lair, un jeu vidéo réalisé en 1983 par Don Bluth (un ancien de Disney).

De nombreux jeux vidéo y ont eu recours depuis lors mais l'ont souvent utilisé avec plus ou moins de parcimonie.

Dans B2S, les QTE sont très présents. Mais les développeurs ont personnalisé l'expérience pour que ces actions contextuelles ne soient pas toujours et simplement une succession d'appuis sur des touches indiquées à l'écran. 

Dans B2S, les QTE permettent d’enchaîner des mouvements, d’escalader, de combattre de manière "naturelle" en accompagnant ou en esquivant les coups alors que l’action est ralentie, de franchir des obstacles (en passant dessous ou dessus suivant leur hauteur), de monter à cheval…

Un point blanc plutôt discret apparaissant à l’écran signale que Jodie a la possibilité d'interagir avec son environnement (ouvrir une porte, préparer à manger, prendre une douche…) en dirigeant le stick droit vers celui-ci. On déplacera par ailleurs Jodie à l'aide du stick gauche tandis que le stick droit est réservé à la caméra.

Le gameplay propre à Jodie est donc d'une simplicité extrême.

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Aiden offre, lui, une expérience de gameplay plus vaste et probablement plus intéressante. On passe de Jodie à cette entité en appuyant sur la touche triangle (et on procède de même pour reprendre le contrôle de Jodie). Dès qu'on est en vue subjective pour contrôler Aiden, une sensation de liberté est instantanément ressentie. On peut même dire que les gameplay propres aux deux personnages sont aux antipodes l'un de l'autre. C'est voulu de la part des développeurs qui ont désiré accentuer les opposés. Ce sentiment de liberté aux "commandes" d'Aiden permet d'explorer l'environnement (avec toutefois des limites), de passer à travers les murs, d'écouter discrètement les conversations, d'interagir avec les éléments du décor, de prendre possession d'un individu, prendre connaissance des derniers instants d'une personne avant sa mort… Une forme de bulle protectrice permet également à Jodie de se dépêtrer des situations les plus incroyables… On manipule Aiden à l'aide de la gâchette L1 et des deux sticks. L'entité peut interagir avec certains éléments du décor ou des individus (marqués par des points bleus). A la fragilité de Jodie enfant s'oppose la toute-puissance d'Aiden.

Jodie et Aiden restent, comme symboliquement, liés l'un à l'autre. Un fil d'Ariane symbolise d'ailleurs à l'écran le lien ténu qui les réunit et permet de revenir vers Jodie lorsqu'on s'est ostensiblement éloigné.

Un gameplay dans sa plus simple expression qui semble donc s'effacer au profit de l'histoire. Pas de score ici, ni de game over, il s'agit de faire connaissance avec Jodie.

Le choix d'un mode de jeu hybride où l'on va à la fois contrôler Jodie et Aiden permet de prendre du recul avec les personnages. On a beaucoup plus l'impression d'accompagner Jodie que de l'incarner. On partage des périodes de son existence ainsi que sa vie quotidienne avec tous les gestes inutiles que cela peut comporter (changer de côté pour dormir par exemple).

Aiden, de son côté, nous pousse à nous interroger. On est amené à faire des choses qui peuvent mettre mal à l'aise.

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Conclusion

Un jeu signé Quantic Dream est toujours un objet assez fascinant. Après le genre polar exploité par Heavy Rain dans lequel plusieurs destins s'entrecroisaient, on part sur les bases d'un "thriller psychologique" avec B2S.

Il s'agit de laisser de côté toutes ses habitudes de gamer pour plonger dans un jeu vidéo singulier. L'expérience est différente de celle proposée par les autres productions actuelles.

Il ne fait aucun doute que le jeu divisera les joueurs. Mais la volonté n'est pas tant de brouiller les codes du jeu vidéo pour le plaisir que de proposer un nouveau type d'expérience vidéo ludique.

Cette expérience passe ici par les sentiments. Pas de pathos toutefois mais plutôt de l'empathie pour certains personnages : Jodie, des personnages croisés çà et là, voire même pour Aiden...

Quantic Dream a su jouer des antagonismes pour accentuer les temps forts du jeu et les contrastes entre les personnages.

Mais si les critiques inhérentes au gameplay minimaliste ne manqueront pas d'alimenter les débats, le déroulement du jeu peut aussi interroger.

S'agissant de flashbacks dans la vie de Jodie, vos choix n'auront que peu d'impact sur le déroulement de l'histoire. C'est toutefois moins vrai dans les dernières parties du jeu où les conséquences de nos choix mènent à 23 fins différentes.

Derrière des flashbacks qui nous baladent dans la vie de Jodie se cache donc un jeu très linéaire. Malgré cela, c'est à une véritable expérience qu'on se prête quand on joue à B2S.

Il faut également souligner le travail incroyable des développeurs de Quantic Dream pour tirer la quintessence de la PS3, une machine vieillissante puisqu'elle date de 2006. Rarement l'utilisation du terme "photoréalisme" n'aura été aussi peu galvaudée que pour B2S. Passé maître dans le "Full Motion Capture", le studio réussit à nous plonger dans l'univers du jeu grâce à des graphismes de haute de volée et des mouvements faciaux bluffants. Quantic Dream, à la pointe mondiale en termes de capture de mouvement, parle plutôt de "Full Performance Capture" : les mouvements faciaux et du corps sont captés simultanément.

B2S développé par Quantic Dream et édité par Sony est uniquement disponible sur PlayStation 3.



+ Les plus
  • Photoréalisme
  • PS3 exploitée à fond
  • L'histoire
  • Bande sonore
  • Vraiment singulier
- Les moins
  • La trame décousue peut irriter
  • Pas de réelle difficultés

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