[constitution] Denis Macshane: "le débat est terminé"

Le
president_helmut
Pour le Ministre britannique des Affaires européennes, il faut voter
oui, le débat est terminé.

« Les cabris de Maastricht »
Serge Halimi
Publié le jeudi 30 septembre 2004

« Les cabris de Maastricht » sont de retour. Le rappel des outrances
de la propagande passée permet de prendre la mesure de la troublante
unanimité des discours présents.

Nous publions donc, avec l'autorisation de l'auteur et de l'éditeur,
en prélude à un dossier sur le traitement médiatique du référendum sur
le projet de constitution européenne ce texte extrait des Nouveaux
chiens de garde (pp. 27-31), de Serge Halimi, ouvrage paru en 1997 aux
éditions Liber-Raisons d'agir (Acrimed)

« L'horlogerie de notre système démocratique s'est détraquée », une «
campagne de presse obsédante », des « journalistes insidieux » :
l'appréciation d'un grand hebdomadaire et la dénonciation des médias
par François Mitterrand remontaient à l' « affaire Habache ».

Lors du débat sur le traité de Maastricht, l'« horlogerie » paraît
avoir mieux fonctionné, en faveur du "oui" : le pouvoir socialiste,
les chefs de la droite et le patronat ont eu pour caisse de résonance
une presse respectueuse et quasiment unanime. Sous la pression de
leurs lecteurs, certains des grands quotidiens d'information nationaux
ont hésité mais, lorsque est venu pour eux « le temps de conclure »,
le « long et passionné débat » a débouché sur un « oui critique »
(Alain Peyrefitte, Le Figaro).
D'autres ont conclu avec plus d'allant, souvent à coups d'éditoriaux
intempérants, répétitifs et sommaires. Alors directeur du Monde,
Jacques Lesourne prit la plume pour annoncer qu' « un non au
référendum serait pour la France et l'Europe la plus grande
catastrophe depuis les désastres engendrés par l'arrivée de Hitler au
pouvoir ».

Quant à la presse hebdomadaire, jamais sans doute depuis la guerre du
Golfe elle n'avait à ce point démontré le caractère factice du
pluralisme qu'elle affiche. Devant « un enjeu fondamental et
dramatique » pour les uns, la menace d' « une France écartelée » pour
les autres, « les avantages du oui » apparurent d'autant plus
formidables qu'il n'y avait « pas de non tranquille. Va donc pour le
catastrophisme s'il est de bon aloi » (Claude Imbert, Le Point).
Bien sûr, l'électeur pouvait ne pas lire les quatre piliers
hebdomadaires de la pensée unique en France. Alors dirigé par
Jean-François Kahn, L'Evénement du Jeudi fut simplement un peu plus
emporté que les autres. Mais, qu'il s'agisse du Point, de L'Express ou
du Nouvel Observateur, les couvertures d'apocalypse dévoilaient assez
vite la diversité de l'information et des commentaires qui seraient
servis. Et, en septembre 1992, même Télérama, qu'on imaginait à cent
lieues d'un tel débat, sauta sur l'« occasion urgente » de « réaliser
l'Europe monétaire ».

Les radios à la fois gratuites et "généralistes" devaient-elles, en
plus, être ouvertes aux deux France, celle du "oui" et celle du "non"
? C'eût été alimenter une vieille cassure que venaient d'enterrer les
meetings communs d'Elisabeth Guigou et de Valéry Giscard d'Estaing, de
François Léotard et de Pierre Bérégovoy. Afin de s'épargner un tel
danger, on limita la parole éditoriale à ceux qui la détenaient déjà
dans une presse écrite tout acquise à la modernité européenne.
Vous ne l'avez pas lu dans L'Express ou dans Le Point ? Vous
l'entendrez sur Europe 1. Vous l'avez mal entendu sur RTL ? Relisez Le
Nouvel Economiste. Quant à L'heure de vérité de France 2, dont tous
les journalistes habituels furent des militants du "oui", il
suffisait, pour retrouver son animateur, François- Henri de Virieu, de
l'écouter sur RMC commenter ainsi l'émission télévisée que TF1,
Guillaume Durand et Jean d'Ormesson avaient servie au président de la
République : « Tout ayant été dit soit par les journalistes, soit par
l'échantillon de la SOFRES, la présence de Philippe Séguin [partisan
du "non"] n'était absolument pas nécessaire à la clarification du
débat ».

Mais, si le « débat » était clair, l'enjeu n'était pas toujours le
même. « Voulons-nous assurer la paix en Europe et y faire bientôt une
monnaie qui sera la plus forte du monde ? », interrogeait l'un. «
Lundi, on va être soit plus puissant, soit moins puissant », répondait
l'autre. « Le non discrédite la France, le oui renforce sa main »,
tranchait un troisième.
Ces discordances paraissant modestes, on réussit, sur une radio où
huit éditorialistes sur neuf avaient déclaré à l'antenne leur
préférence "maastrichienne", à trouver matière à controverse en
opposant l'éditorial d'un directeur d'hebdomadaire favorable au "oui"
à celui d'un directeur de quotidien lui aussi favorable au "oui". Un
"débat" écologiste opposa sur France Inter Brice Lalonde à Antoine
Waechter, pour une fois d'accord l'un avec l'autre et avec le
traité de Maastricht.
Sur Europe 1, il y eut chaque dimanche un "face-à-face" entre deux
journalistes (Serge July et Alain Duhamel) partisans de la
ratification.

Face à ceux que Bernard Pivot appela l' « arrogante nomenklatura des
nantis et des médiatisés », le « rassemblement ronflant de ceux que la
vie a comblés », il n'y eut apparemment que plèbe ignorante et
fanatique. « Bandits », « gang des démolisseurs », « rongeurs », «
fossoyeurs de l'espérance », fourriers des « nazillons de Rostock »,
de « Munich », de la « barbarie », de la « tribalisation du continent
», tous ceux qui, selon la sobre expression de Jean-François Kahn,
préféraient « un non barbelé à un oui d'ouverture » et « la logique de
l'épuration ethnique à celle de l'intégration européenne » furent donc
remis à leur place et menacés du pire : la démission de M. Delors, à
l'époque président de la Commission de Bruxelles. « Les guerres, ça
suffit comme ça ! » proclamèrent à l'unisson ceux qui, deux ans plus
tôt, s'étaient montrés moins jaurésiens face aux Irakiens.

Qui dit presse dit revue de presse.
Sur France Inter, lorsque Ivan Levaï faisait un effort d'équilibre -
dont on sentait bien qu'il lui coûtait - le "oui" disposait encore de
citations à la fois beaucoup plus copieuses et infiniment plus
enthousiastes que le "non" : « La lecture du texte [c'était déjà le
deuxième] d'Edgar Morin m'apparaît presque obligatoire », nous
précisa-t-il. Et quand « le Figaro comptabilise les derniers arguments
du oui », nul besoin de craindre que la Revue de presse un peu borgne
de France Inter ne soit pas là pour les comptabiliser avec lui.
Le directeur de l'information de la station ne s'avoua-t-il pas «
fasciné et saisi » par la campagne de M. Giscard d'Estaing, « très
impressionné » par celle de M. Barte, « impressionné par la très
grande qualité » de celle de M. Rocard et même, gageure suprême, «
saisi par la qualité du discours » de M. Fabius. « Il n'y a que des
gens du oui », lui fit alors remarquer, facétieux, l'un des
journalistes de la station.

Le "non" s'exprima, mais moins souvent et devant un micro tendu en
embuscade. Avec Jean-Pierre Elkabbach, les questions d'Europe 1 se
firent militantes. « Pour éviter de ne dire que des slogans », il
interrompit Philippe de Villiers. Et Pierre Messmer se vit présenté
ainsi : « Intégriste du gaullisme, il dit non à Maastricht en faisant
parler le général de Gaulle vingt-deux ans après sa mort ». Avec M.
Giscard d'Estaing, l'entrée en matière avait été plus prévenante : «
Vous avez fait en faveur du oui une magnifique campagne à fa fois
pédagogique et raisonnable ». Lorsque les partisans du "oui" furent
traités avec moins de chaleur, ils s'en offusquèrent. Sur France 2, le
premier ministre, Pierre Bérégovoy, répliqua vertement à un
journaliste impertinent : « J'ai tout mon temps, et vous aussi
j'espère ». C'est vrai, l'antenne lui appartenait.
Ils eurent tout leur temps. Pendant une émission de trois heures
diffusée sur TF 1, interrogé par trois journalistes partisans du "oui"
et par un panel représentatif, qui révéla l'émergence insolite de
Génération Ecologie au rang de principal parti du pays, le président
de la République, qui venait fort opportunément d'annoncer qu'il
souffrait d'un cancer découvert onze ans plus tôt, affronta brièvement
M. Séguin vers 11 heures du soir. Le quotidien anglais The Guardian
compara la soirée à une « publicité politique en faveur de l'Europe
unie ». Cinq ans plus tard, l'un des participants, Jean d'Ormesson
avoua qu'il s'agissait bien d'« une émission de propagande ».

Appuyé par L'Evénement du Jeudi, M. Fabius se plaignit néanmoins : «
Le non, du point de vue des médias, ça intéresse plus ». Le conseil
supérieur de l'audiovisuel révéla que pendant l'été, le "oui" avait
disposé d'un temps d'antenne supérieur au "non" : 46% de plus sur TF1,
53% sur Antenne 2, 191% sur FR3. « La campagne a été monopolisée par
le non pendant les vacances », jugea pourtant Alain Duhamel, d'autant
plus hostile aux monopoles médiatiques qu'il était à l'époque à la
fois éditorialiste à europe 1, au Point, au Quotidien de Paris et
journaliste à France 2.

Des correspondants français à Tokyo avaient indiqué : « Maastricht :
le Japon voterait oui ». L'information fut confirmée par le premier
secrétaire de la mission japonaise à Bruxelles. Quant à l'Amérique,
l'envoyé spécial du Figaro, Stanley Hoffmann, le New York Times et le
candidat Bill Clinton annoncèrent tous qu'elle préférait de loin
Maastricht à son rejet. Peu importa au Nouvel Observateur, à ce point
partisan qu'il en devint lassant. L'hebdomadaire publia donc un
article titré : « États-Unis, Japon : pourquoi Maastricht leur fait
peur ? ».
Et M. Bérégovoy fut appuyé par nombre de commentateurs quand, un an
après la guerre du Golfe, il annonça que si le "non" l'emportait, la
France ne pourrait pas « résister demain au président Bush
»lui-même favorable au traité ! Tout fut à l'avenant. Le succès du
Système monétaire européen (SME) augurait bien de celui de la monnaie
unique ? Son implosion rendit cette dernière encore plus nécessaire.

Enfin il y eut les petites manipulations. M. Séguin se montrant vite
l'un des avocats les plus performants du "non", on lui imputa de
souhaiter « secrètement » la victoire du "oui".
« Si c'est non, il y aura une bourrasque monétaire. Si c'est oui, il v
aura une baisse des taux d'intérêt », avait promis Dominique
Strauss-Kahn, alors ministre de l'Industrie. Ce fut "oui" : les taux
d'intérêt montèrent.
Pierre Bérégovoy l'avait bien annoncé : « Si l'on est bien informé, on
doit choisir de voter oui ».

Serge Halimi

http://www.acrimed.org/article1770.html
Vos réponses
Trier par : date / pertinence
*********
Le #10682861
In article says...

Pour le Ministre britannique des Affaires européennes, il faut voter
oui, le débat est terminé.

« Les cabris de Maastricht »
Serge Halimi
Publié le jeudi 30 septembre 2004



Vous avez cité une des tetes de turcs promise à la damnation éternelle par nos
amis lib-soc-lib.
Cela dit France Inter a repris allégrement le chemin de la pensée unique.
Il suffisait d'écouter Paoli interviewer Fabius, jadis porté aux nues il y a
deux ou trois jours.




____________________________________________________
Pour un "NON" de gauche a la Constitution Gichcard !
http://www.france.attac.org/a3502
http://www.pcf.fr/w2/actu.php?id_actu1
http://www.nonsocialiste.net/
http://perso.wanadoo.fr/ambition.europe/
http://www.lcr-rouge.org/article.php3?id_article2&var_recherche=constitutio
n
http://mrc-france.org/theme19
CubaLibre
Le #10682831
"President Helmut"
Pour le Ministre britannique des Affaires européennes, il faut voter
oui, le débat est terminé.



Voila encore une bonne raison de voter NON !
Publicité
Poster une réponse
Anonyme