Test Fairytale Fights

Le par Fabien H.  |  0 commentaire(s)
Fairytale Fights - pochette

Après avoir bercé notre enfance, les contes seraient demeurés intacts si toutefois Playlogic n'avait pas eu l'idée folle d'en faire une véritable ode à l'hémoglobine, une prosternation d'éviscérations en tout genre. Car oui, Farytale Fights permet de revivre les aventures du Petit Chaperon Rouge et autres Blanche-Neige dans un contexte quelque peu démesuré, où le mauvais goût et le sadisme sans retenue s'encanaillent allègrement. Préparez donc votre stock de serpillières pour nettoyer tout le sang déversé dans ce test.

Il était une fois le mauvais goût assumé

Quoi de plus énervant que de supporter la naïveté et l'aspect bien mielleux des contes ? En avez-vous assez de vous farcir les répliques vieillottes de Boucle d'Or et son porridge ? Blanche-Neige est-elle l'exemple parfait de la cruche moderne ? Dans ce cas, Fairytale Fights devrait vous satisfaire. En effet, le soft imaginé par Playlogic cherche à dévergonder complètement les protagonistes de contes, dans un esprit extrêmement sadique et ce, tout en conservant une ambiance très cartoon, décalée, prêtant à rire. D'ailleurs, l'aspect général fera sans nul doute penser à Happy Tree Friends, série animée dans laquelle les animaux les plus mignons du monde se font quotidiennement charcuter. Jaillissent alors des hectolitres de sang, des membres et autres petits détails que l'estomac des petites natures se souviendront. Bref, Fairytale Fights reprend ce concept ultra-gore et en même temps très cocasse par son second degré démesuré.

Il était une fois, donc, un royaume nommé Fairytale imaginé par un mystérieux Conteur. Ce dernier s'est inspiré de fabuleuses et célèbres histoires enfantines afin de créer cet environnement verdoyant, paisible et plein de bonté. Seulement, le bougre a un peu mélangé ses souvenirs, laissant Pinocchio martyriser tout le monde, ou encore le joueur de flûte de Hamelin amener tous les enfants au casse-pipe dans le four crématoire des siamois Hansel et Gretel. Bref, rien ne va, et ce n'est pas notre équipe de héros / bras cassés qui vont remettre tout ceci dans l'ordre. Il est en effet possible d'incarner Blanche-Neige, le Petit Chaperon Rouge, Jack Haricot et l'Empereur Nu (?) afin de retourner dans leurs contes respectifs dans l'optique de faire valoir leur loi... dans le sang et la douleur.

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Le plus amusant dans Fairytale Fights, c'est évidemment le net contraste entre une première impression guillerette et un fondement plus que diabolique. Et justement, cet aspect quelque peu grinçant pourrait bien déplaire à certains joueurs assez peu réceptif devant cet abus grossier. Le menu principal – qui n'est autre que le village de base – présente d'entrée de jeu cet aspect : le cadre de vie paraît calme, les petits oiseaux chantent, le thème sonore est apaisant. Et pourtant, les autochtones se comportent de manière douteuse : le boucher démontre les attributs de son couteau à viande à une cliente, un paysan dépèce des lapins à la vue de tous...

Concrètement, le soft se matérialise comme un jeu de plates-forme mâtiné de hack 'n slash, genre si prisé des joueurs PC. Le système de Fairytale Fights s'y prête d'ailleurs, puisqu'il n'offre qu'un seul village, Conteville, qui servira de quartier général. Cependant, le résultat s'avère bien plus allégé puisque les possibilités offertes y sont quasi-inexistantes. Le forgeron, par exemple, ne vous laissera pas acheter sa marchandise ou de faire affûter vos lames : il affichera simplement les statistiques des armes collectées au cours de votre partie. Le taxidermiste, quant à lui, vous informera sur les ennemis vaincus et la banque permettra d'avoir un oeil de capitaliste sur les bourses récoltées au combat. Et d'ailleurs, l'argent (sous la forme de pierres de différentes couleurs) ne servira pas à grand chose, si ce n'est d'alimenter les caisses du sculpteur afin qu'il vous érige une statue à votre image. Les possibilités sont évidemment infimes, vous en conviendrez. On appréciera cependant la façon dont sont introduites les options du jeu (via trois bâtiments du village), offrant ainsi une interface plutôt originale.

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Bain de sang et bataille royale

Une fois prêt à se lancer dans une première quête, il faudra se rendre aux portes du village, près du livre du Conteur. Dès lors, le premier chapitre (sur les quinze que regroupe le jeu) s'ouvre à vous, essentiellement destiné à l'apprentissage des commandes et les premières confrontations avec les ennemis. Vous débuterez au sein d'un bois dans lequel vous rencontrerez Boucle d'Or ronflant sur un des lits des trois ours, pendant que ces derniers assurent le service de table aux invités. On se retrouve directement baigné dans cette ambiance complètement décalée qui se confirmera tout au long de l'aventure, sans de sérieuses baisses de régime. En effet, vous serez amené à vous frotter aux bûcherons des bois, à des hommes en pain d'épices dans un royaume de sucreries, à des chevaliers dans des jardins royaux, afin de finir sur un haricot géant et enfin dans une maison habitée par une famille d'ogres à la fois maniérés et terriblement idiots.

Si le jeu vante ses mérites hérités du hack 'n slash, il est utile de noter que c'est surtout la plate-forme qui est représentée. Et d'ailleurs, la prise en main de ces phases de jeu sont assez perturbantes par leur approche trop approximative. En effet, les déplacements des « héros » s'avèrent assez peu précis, sans parler de l'angle de caméra pas toujours très représentatif pour apprécier les distances et surtout la profondeur de champ. Ainsi, il n'est pas rare de sauter dans le vide à plusieurs reprises et ce, depuis la même plate-forme. La caméra suivant l'évolution du niveau de la même manière d'un LittleBigPlanet - soit en scrolling horizontal - n'aide pas forcément à la précision, le titre de Media Molecule nous l'avait déjà confirmé. Qui plus est, Playlogic a poussé le vice sur certains niveaux bourrés de pièges et d'infimes passages à emprunter. Bref, c'est dur pour nos nerfs.

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Ces soucis d'imprécisions se répercutent malheureusement sur l'accessibilité des combats. Occupant une seconde phase dans la composition du jeu, ces derniers s'avèrent finalement assez brouillon. La caméra parfois très éloignée de notre combattant réduit atrocement la lisibilité. De plus, les giclées de sang démesurées rendent les actions difficiles à percevoir. Et pourtant, ce ne sont pas les contrôles qui posent problème, au vu de leur simplicité. Ainsi, il suffit d'utiliser le stick analogique pour enchaîner des attaques. Chaque direction ayant un mouvement différent, il est possible d'enchaîner très rapidement plusieurs combos. Maintenir une direction permettra de charger son attaque afin d'asséner un coup plus puissant. Cependant, ce choix de prise en main n'est pas sans inconvénients, puisqu'aucune option de verrouillage ennemi est présente. Aussi, il ne sera pas rare de taper irrémédiablement dans le vide (conséquence de la faible lisibilité) et parfois même d'y tomber. Une attaque héroïque pourra être enclenchée si votre jauge correspondante est remplie. Dès lors, il suffira d'appuyer sur la gâchette correspondante afin d'enclencher une série de coups qui s'afficheront dans un zoom prenant le tiers de l'écran. Ces effets visuels sanguinolents s'effectueront d'ailleurs régulièrement au cours de vos charcutages ennemis.

Vous l'aurez compris, il est très difficile de finir un niveau sans y laisser la vie à de nombreuses reprises. Néanmoins, le jeu n'est pas trop sadique car vous reviendrez systématiquement à l'endroit qui précède votre mort, avec bien évidemment un retrait d'argent conséquent et la perte de vos armes. À ce sujet d'ailleurs, un choix conséquent  sera mis à votre disposition, de l'arme plus efficace à la plus ridicule. Par exemple, il est possible de combattre avec une épée, une hache, mais aussi une carotte, un sucre d'orge, une souris, un espadon, ou encore un nid d'oiseau. Et comme le jeu ne suit aucune logique, un arrosoir est plus efficace qu'un marteau. L'arme la plus puissante du jeu n'est autre qu'une cuillère en bois, c'est dire ! En sus, d'autres équipements tels que des potions élémentaires (feu, givre), de transformation, d'acide ou aphrodisiaque (apporte la confusion) pourront être utilisées par jet ou ingurgitation. Vous pourrez cependant conserver que de deux armes à la fois : une équipée, une dans l'inventaire.

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Le gros rouge qui tâche

En dépit de son caractère violent et son second degré tout à fait assumé, Fairytale Fights est un jeu extrêmement rébarbatif lorsqu'on y joue seul. En effet, le titre accuse une répétitivité assez incroyable, notamment par le fait que le gameplay n'évolue absolument jamais. C'est simple, tout ce dont vous disposez au début du jeu sera identique jusqu'à la fin de votre aventure. Aussi, le sentiment de challenge est plutôt minime, voire strictement inexistant. Nous aurions apprécié le fait de pouvoir accéder à de nouveaux pouvoirs, coups ou armes aux vertus gores à souhait au fil des ennemis voire des boss exterminés. Pour couronner le tout, les quatre protagonistes jouables disposent des même capacités, ce qui diminue leur utilité, si ce n'est d'ordre visuel. Il est clair qu'un travail plus approfondi sur cet aspect aurait apporté une valeur ajoutée à cette production initialement très prometteuse.

Ainsi, il vaudra mieux se tourner vers le multijoueur du jeu, plutôt bien conçu. S'il est possible de jouer jusqu'à quatre en local, c'est surtout du côté du online que le jeu en vaut la chandelle. Le titre permet à quiconque d'accéder à la partie d'autres joueurs via un principe de Drag 'n Drop ( ou « à chaud ») à la manière d'un LittleBigPlanet par exemple. L'accès à une partie ouverte s'effectue via le menu multijoueur, par lequel il sera également possible d'héberger sa propre partie (publique ou privée) afin de continuer l'aventure à plusieurs, avec davantage d'intérêt. Si la galère demeure la même quant  à la prise en main, il est toujours assez cocasse de voir ses compagnons de fortune se gameler régulièrement, tout en apportant quelques petites expressions (rires, pleurs, interrogation et exclamation) via la croix directionnelle, à l'instar de LittleBigPlanet une fois encore. Bien évidemment, le titre permet également le chat vocal, permettant ainsi une bonne tranches de fous rires. En sus des quêtes à effectuer à plusieurs, trois arènes sont disponibles. Ces dernières pourraient s'apparenter à un ersatz de Deathmatch, assurant un certain défoulement.

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Utilisant l'Unreal Engine 3, Fairytale Fights affiche un rendu 3D de qualité. Les couleurs vives à souhait mettent en évidence un level design particulièrement inspiré et très bien conçu. Cela se confirme évidemment avec des scènes de fond d'écran très riches en détails, offrant une évolution particulièrement dynamique. Le chara-design, quant à lui, ne sera pas au goût de tout le monde. En effet, les développeurs se sont assurés de proposer des protagonistes au rendu proche des poupées, accentuant les expressions faciales pour un rendu général assez malsain (qui a dit Chucky ?). On notera que le soft use à un peu trop des effets de ralenti sur certaines parcelles du jeu. Enfin, moteur graphique oblige, des baisses de frame rate sont à noter de façon régulière, particulièrement lorsque trop de polygones s'animent à l'écran. Malgré tout, ces détails ne sont pas foncièrement handicapants. On appréciera la réalisation des thèmes sonores, en total décalage avec la férocité du cheminement du jeu. En contrepartie, les bruitages se montrent parfois assez pauvres, notamment lors des cut-scenes introduisant des onomatopées assez désuètes.

Fairytale Fights se présente comme un jeu bien imaginé à la base et bien mené d'un ordre purement artistique. Mélanger le hack 'n slash et la plate-forme sur un fond de contes de fée sanguinolent et complètement barré est une recette jouissive et à gros potentiel. Seulement, le titre accuse une prise en main imprécise et visuellement inconfortable tant la caméra est éloignée de l'action, le tout accentué par des effets de zoom prenant un bon tiers de l'écran. L'aspect répétitif du soft poussera rapidement les joueurs à s'orienter vers le multijoueur – en local ou online – pour le coup particulièrement intéressant et amusant, surtout à quatre.  Bilan mitigé au final pour le titre de Playlogic. Le potentiel a été bridé sur la prise en main et sur l'absence d'évolution (gain d'expérience, de pouvoirs, etc), et c'est fort dommage.

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+ Les plus
  • Concept des contes gores amusant
  • Level design inspiré
  • Artistiquement recherché
  • Multijoueur bien conçu
- Les moins
  • Gameplay imprécis
  • Combats brouillons
  • Très répétitif
  • Aucun challenge (pas de gain d'expérience, armes, pouvoirs...)

Notes

  • Graphisme Dans le même esprit que la série animée Happy Tree Friends, Fairytale Fights présente un design général à la fois très proche du cartoon et gore à outrance. Ici, les gerbes de sang sont monnaie courante, les démembrements s'effectuent à la chaîne et les tortures sont au menus de chaque cut-scene. La pâte artistique est d'ailleurs très inspirée, arborant un level design de qualité et très dynamique via des évènements qui se déroulent ponctuellement en arrière plan. Le chara-design, pourra cependant faire grincer des dents, notamment par un certain abus de mauvais goût.
    7/10
  • Bande son Parallèlement à l'ambiance très décalée du titre, la bande sonore présente des thèmes musicaux très calmes, très paisibles, en accord avec les environnements colorés qu'il sera possible de visiter. Le plus amusant se matérialise dans le contraste de ces musiques avec les affrontements vifs et sanguinolents. Un délice. En contrepartie, les bruitages ne sont pas toujours très variés voire très présents. Si cela ne se constate guère en phase de jeu, c'est surtout lors des cut-scenes que l'on accuse cette lacune.
    6/10
  • Jouabilité Très certainement la bête noire de cette production. La prise en main demeure imprécise et illisible, faute à une caméra trop éloignée de l'action et à l'utilisation pas forcément judicieuse du stick analogique. Qui plus est, les phases de plate-forme sont à s'arracher les cheveux, tant la profondeur de champ ne peut être appréciée dans certains cas de figure. Enfin, on regrettera l'absence de customisation de son personnage, notamment au niveau de l'expérience, des attaques et autres équipements. Se vanter hack 'n slash tout en proposant le strict minimum, c'est particulièrement agaçant.
    5/10
  • Durée de vie Le jeu comporte quinze chapitres au total. Ces derniers s'avèrent assez courts à parcourir, puisque le fait de mourir ne se répercute absolument pas sur la reprise du niveau à un stade antérieur. Au contraire, le joueur recommencera à l'endroit qui a précédé son décès. Ainsi, environ huit heures seront nécessaires à clôturer l'aventure. Heureusement, le titre jouit d'un replay value de qualité avec un mode multijoueur en local et en ligne (via Drag 'n Drop) intéressant et très amusant.
    6/10
  • Scénario Suivant l'idée décalée instaurée lors de l'imagination du jeu, le scénario n'a pas vraiment de sens. Ainsi, on se retrouve embarqué dans des environnements similaires à ceux des célèbres contes, mettant en scène certains protagonistes tels que Pinnocchio ou le joueur de flûte. Mais les enchaînements sont assez incompréhensibles, résultant sur une fin de jeu tout aussi vide de sens. Le rendu était certainement voulu, mais finalement assez déroutant.
    5/10
  • Note générale Disposant d'un réel potentiel, Fairytale Fights disposait de nombreuses cartes en main pour présenter un jeu à la fois original, jouissif et très amusant. Seulement, derrière cette idée sexy et sa pâte artistique fouillée, le titre de Playlogic se prend un gadin au niveau de son gameplay. Les trop grandes imprécisions et la lisibilité étouffée par une action souvent trop éloignée de la caméra fatiguent le joueur. Heureusement qu'un mode multijoueur jusqu'à quatre s'avère suffisamment distrayant pour que l'on y passe quelques heures supplémentaires.
    6/10
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