Test Gray Matter

Le par Fabien H.  |  0 commentaire(s)
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Très connue pour avoir travaillé sur l'excellente série Gabriel Knight, Jane Jensen nous propose Gray Matter, un point & click qui sent bon l'immersion intense. Aussi, cette production met l'accent sur l'aventure mais également de nombreuses énigmes qui nécessitent un sens de l'observation de tous les instants. C'est dans les contrées d'Angleterre que vous incarnerez Samantha Everett, une magicienne fauchée qui fera la rencontre d'un étrange docteur en neurobiologie. La mise en scène et l'atmosphère seront-elles suffisamment développées pour nous happer dans cette histoire  ? Vous n'allez pas être déçu.

Des personnages aux mille secrets

Si les jeux d'aventure de type point & click ont basé leur grande renommée aux environs des années 90 – notamment via le studio Lucas Arts – force est de constater que le genre s'est essoufflé ces dernières années, faute de prédécesseurs de grande qualité. Cependant, certains studios tentent de renouer contact avec le jeu d'aventure mêlé d'énigmes. Si l'on pense évidemment à Telltale Games avec le revival de Sam & Max ou encore Hotel Dusk  : Room 215 et sa suite, il faut également compter sur le développeur français WizarBox, connu et renommé pour sa licence So Blonde. Leur nouvelle production, Gray Matter, profite d'une scénarisation entièrement conçue par la célèbre Jane Jensen. Connue pour son excellent travail sur la série Gabriel Knight, la réalisatrice propose une nouvelle fois ses talents pour proposer une histoire immersive, tel un bon roman.

Gray Matter nous immerge dans les contrées d'Angleterre, aux environs de la ville d'Oxford, en 2005. Le jeu débute sur une magnifique scène à la patte artistique finement travaillée, à l'instar d'une bande dessinée. Une nuit d'orage, une mystérieuse jeune fille baptisée Samantha Everett, tombe en panne alors qu'elle se rendait à Londres pour percer un secret autour d'un certain Deadelus Club. Venue des États-Unis, cette apprentie magicienne au look gothique et complètement fauchée, tombe sur un étrange manoir appelé Dread Hill House. L'atmosphère lourde de ces lieux est palpable, et la curiosité débordante de Sam lui permet de devenir l'assistance du maître des lieux, un certain docteur David Styles, le temps de récolter suffisamment d'argent pour réparer sa moto et poursuivre son objectif. Vous vous en doutez, le déroulement prévu subira quelques remous au fil de votre progression dans le jeu.

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Visiblement très distant et reclus dans le laboratoire souterrain de son immense maison, le docteur Styles compte sur sa gouvernante, Mme Dalton, pour s'occuper des charges ménagères et de la bonne marche administrative. Sam, bien intriguée sur les motivations du scientifique, se voit confier une mission a priori simple  : recruter six jeunes gens pour des expériences neurobiologiques rémunérées. Seulement, le docteur a très mauvaise réputation à Oxford et ses environs, obligeant Sam à user de ses facultés de négociation et d'autres tours de passe-passe pour parvenir à motiver quelques personnes. Il est clair que l'évocation de vagues expériences sur des cerveaux humains ne donnent guère envie de s'aventurer dans un étrange laboratoire tenu par un scientifique ermite. Seulement, l'histoire est si bien construite que les premiers avis sur la situation tendent à s'altérer bien rapidement, pour découler sur une perception bien différente.



En effet, nous apprendrons bien rapidement les raisons de l'enfermement de David Styles, à savoir la mort de sa femme, Laura, trois ans plus tôt. Ayant mis de côté sa vie professionnelle et personnelle, le scientifique ne jure que par ramener sa defunte épouse à la vie, ou tout du moins sentir sa présence. Et pour cela, il devra mener de nombreuses expériences qui lui permettront de revivre ses moments passés avec sa douce, en ne se souciant plus du moment présent. Ce sentiment très fort est palpable par le joueur, la mise en scène étant si élaborée que nous partageons son chagrin, sa lutte pour revivre les meilleurs moments de sa vie passés avec Laura, tout en subissant les regards critiques des gens à son égard. Aussi, le personnage gagne en profondeur, enrichissant de ce fait l'immersion dans le scénario. De son côté, Sam dispose également d'un lourd passé qui sera dévoilé au fil de l'histoire. Aussi, les deux personnages principaux formeront les rouages du scénario, avec des nouveaux détails et rebondissements filtrés de manière à nous tenir constamment en haleine.

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Phénomènes inexpliqués

Gray Matter se focalise malgré tout autour d'événements mystérieux qui opèrent pendant le déroulement des expériences avec les six étudiants. En effet, le docteur Styles travaille sur un procédé permettant de donner l'illusion au cerveau que le corps est en pleine activité physique pendant le sommeil. Le déroulement de cette opération est, semble-t-il, sans aucun danger pour les cobayes, mais d'étranges faits opèrent dans les lieux rêvés par les six étudiants et ce, en temps réel. Ces phénomènes inexpliqués font la une du journal local tous les matins (des crop circles sur le terrain d'entraînement, une eau pourpre dans la piscine étudiante, des piles de poids dans une salle de gym, etc). Chaque expérience menée dans le labo de Styles découle irrémédiablement sur d'étranges déroulements et ce, sans que les témoins puissent en percevoir l'origine exacte. Aussi, l'enquête de Sam sera focalisée en grande partie sur la résolution de ces mystères, pensant qu'il s'agit ici d'un artifice d'un membre du Deadelus Club, un comité de magiciens.



Bien que le point & click est un genre initialement construit pour être pratiqué à la souris, Gray Matter a également profité d'une édition console exclusive à la Xbox 360. Pour l'occasion, la maniabilité a été quelque peu revisitée afin de proposer une accessibilité suffisamment développée pour ne pas nuire à la progression dans le jeu. Pour cela, vous n'aurez non pas un curseur à déplacer à l'écran, mais un cercle d'actions qui permettra de se focaliser sur un élément précis du décor. Pour l'amorcer, il suffit de maintenir la gâchette  LT ou RT tout en déplaçant le stick analogique gauche pour détecter les éléments du décor. Assez étrange à prendre en main lors des premiers instants, cette fonctionnalité est très efficace pour gagner en rapidité  : les éléments interactifs sont symbolisés par des trèfles autour de la forme radiale. Il sera nécessaire de bien déterminer ces derniers pour mieux appréhender les endroits à fouiller dans chaque environnement. Toutefois, certains lieux plus étroits ou disposant d'une profondeur de champ plus importante (les étages de l'internat notamment) s'avèrent assez agaçant à parcourir, en raison d'une proximité parfois peu perceptible au pad. Aussi, la prise en main se révèle bien adaptée pour la manette, mais le rendu ne sera jamais aussi efficace que sur PC.

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Pour vous faciliter la vie, il faudra noter la possibilité de faire apparaître tous les lieux interactifs des environnements à l'aide de la touche back. Nous vous conseillerons malgré tout de vous abstenir de cette utilisation, au risque de perdre le charme de nombreuses phases d'exploration, de recherche et de résolution d'énigmes. À ce sujet d'ailleurs, sachez que Gray Matter propose de nombreux casse-têtes qui, bien qu'assez aisés dans l'ensemble pour les habitués du genre, disposent de structures souvent très agréables. Certains passages, en revanche, nécessitent un peu plus de réflexion pour en arriver à bout (le générateur aléatoire à configurer, les énigmes finales du Deadelus Club). Comme dans d'autres jeux du genre, vous pourrez accumuler de nombreux objets dans votre inventaire, avec parfois des combinaisons à effectuer dans le cadre d'une utilisation particulière. Pour cela, il sera souvent nécessaire de passer par le Black Wand, une étrange boutique de magie tenue par le célèbre illusionniste Méphistophélès, au plein cœur d'Oxford.



La boutique regroupe de nombreux outils destinés à faire des tours de magie. Vu que Sam est bien décidée à devenir une magicienne émérite, elle n'hésitera pas à se fournir en ustensiles afin de jouer des tours à certains personnages dans le jeu. C'est à l'aide de votre manuel de magicien que vous apprendrez à faire une bonne dizaine de tours, toujours destinés à progresser dans l'histoire. Pour mener à bien le spectacle, un menu spécial permet de mettre au point les différents mouvements à effectuer. En suivant scrupuleusement les étapes citées dans votre bouquin tout en vous munissant des objets adéquats, vous parviendrez sans mal à déjouer l'attention de votre spectateur et ce, afin de lui dérober un objet bien particulier (une clé, une vidéo, etc), ou simplement détourner leur attention l'espace de quelques minutes, dans l'optique de fouiller des lieux sécurisés. Cette fonctionnalité est intéressante et enrichit le gameplay général.

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Réellement captivant

Gray Matter se présente réellement comme un excellent point & click, ravivant clairement la flamme des amateurs du genre pendant les années 90. Toutefois, le titre dispose d'un élément assez gênant au niveau de sa linéarité. Si cette tendance est inévitable et totalement compréhensible pour le bien du rythme du jeu, nous déplorerons toutefois le déroulement parfois illogique. Il est par exemple possible de récupérer des objets spécifiques à une énigme bien avant de connaître son utilité. Certains passages nécessitent également d'effectuer des opérations dans un sens précis pour pouvoir débloquer la suite de la progression. Cette mise en œuvre aura tendance à bloquer bon nombre de joueurs, ces derniers ne sachant plus quoi faire pour poursuivre le jeu. Aussi, nous nous résoudrons souvent à fouiller de fond en comble les différents lieux afin de trouver l'élément qui déclenchera la suite du chapitre. Heureusement, la carte des lieux d'Oxford (touche RT) opte pour un code couleur pour s'informer des endroits dans lesquels il reste des événements à effectuer.



Bien que le titre nous obligera à effectuer d'incessants allers-retours entre Dread Hill House et les différentes zones bordant Oxford – qui se débloqueront au fil des huit chapitres qui forment le jeu – force est de constater que la progression ne sera que très rarement redondante. En effet, vous ne contrôlerez pas que Sam au fil du jeu, certains chapitres vous permettront de vous plonger dans le corps de David Styles. Ces phases de jeu se dérouleront en grande partie dans son manoir, mais les événements s'enchaîneront bien plus rapidement qu'avec son assistante, tout en levant très progressivement le voile sur la principale intrigue du jeu  : les manifestations de Laura. Bien que l'on pourrait croire que l'histoire se clôture rapidement, il faudra tout de même compter une bonne douzaine d'heure pour parvenir au bout de l'ultime chapitre en beauté. Malgré tout, si vous êtes suffisamment captif à la forte atmosphère dégagée par le jeu, fort est à parier que vous enchaînerez très rapidement les heures afin de percer les nombreux mystères qui entourent nos deux personnages.

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Gray Matter offre une dimension visuelle proche des anciens point & click, à savoir une évolution dans des décors figés. Ces artworks, souvent très sombres et jouant sur des effets de lumière saisissants, mettent en avant l'ambiance mystique et gothique du jeu. Les cut-scenes, qui opèrent à des moments clés de votre progression, mettent également en avant une pâte artistique délectable, agrémentée par des musiques d'ambiance très présentes et fidèles à l'atmosphère désirée par Jane Jensen. Toutefois, le titre est légèrement moins pertinent au niveau de la réalisation 3D des personnages. Le rendu est pour le coup relativement basique et non exempt de bugs (interactions avec les objets, ainsi que les ombres dans certains lieux notamment). Les personnages, irréprochables et très travaillés en tant qu'artworks, perdent quelque peu de leur superbe lorsqu'il s'agit de leur modélisation 3D. Toutefois, ce souci mineur tend à se minimiser puisque les angles de caméra mettent souvent de la distance avec les protagonistes, mettant plus volontiers en avant les décors.

Célébrant dignement son retour après la série des Gabriel Knight, Jane Jensen nous propose Gray Matter , un point & click qui satisfera à la fois les amateurs du genre, ainsi que les joueurs qui apprécient les scénarisations élaborées à l'atmosphère diablement immersive. Les deux personnages principaux de l'aventure, Sam et le docteur David Styles, disposent d'un background hautement travaillé, nous incitant toujours à en savoir davantage sur les mystères qui les entourent. Puisant dans une ambiance mêlant paranormal et l'art gothique, le titre met en avant une expérience unique en son genre. Plutôt accessible en raison de ses énigmes globalement peu difficiles à résoudre, Gray Matter propose également une progression assez satisfaisante sur Xbox 360, en remplaçant le curseur par un cercle d'actions. Toutefois, l'expérience se veut nettement plus pertinente dans sa version PC.

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+ Les plus
  • Le scénario captivant
  • Les personnages travaillés
  • L'atmosphère unique
  • La pâte artistique
  • Les thèmes sonores
  • Prise en main intéressante sur Xbox 360
- Les moins
  • Modélisation 3D pas toujours fameuse
  • Quelques imprécisions pour sélectionner certains éléments du décor
  • Légères incohérences en raison de la linéarité

Notes

  • Graphisme Gray Matter propose une pâte artistique très appréciable puisqu'il s'appuie sur des décors formés à partir d'artworks de grande qualité, mettant l'accent sur des effets de lumière saisissants et enrichissant l'atmosphère mystique du jeu. Les cut-scenes, appuyées par une réalisation du même acabit, s'avèrent d'excellente qualité. En contrepartie, la modélisation des protagonistes ne rend pas toujours honneur au character design initial, d'autant plus qu'il subsiste quelques bugs graphiques lors d'échanges d'objets notamment, ainsi qu'au niveau de certaines ombres selon les lieux fréquentés.
    7/10
  • Bande son Les thèmes musicaux servant d'ambiance remplissent excessivement bien leur rôle, agrémentant ainsi l'atmosphère générale très axée sur le gothique et le mystère. Jamais intrusives mais bien présentes selon les environnements visités et les actions effectuées, les thèmes sonores sont une réussite. Les voix - conservées en anglais - sont d'excellente facture, contribuant à l'immersion dans l'aventure.
    8/10
  • Jouabilité C'est une tâche difficile d'adapter le gameplay d'un point & click sur console. Évidemment bien plus agréable à parcourir sur PC, Gray Matter propose toutefois une prise en main relativement ergonomique avec le pad de la Xbox 360. Pour le coup, il faudra utiliser un menu circulaire pour interagir rapidement avec les éléments du décor. Toutefois, un temps d'adaptation sera nécessaire pour dompter la fonctionnalité, surtout que certains lieux nécessitent une grande précision du stick pour saisir certains éléments. L'utilisation des sticks analogiques se fait également sans encombre pour déplacer des objets de son inventaire tels que les livres, ou encore la mise au point de tours de magie.
    7/10
  • Durée de vie Le jeu propose un total de huit chapitres avant de clôturer entièrement l'aventure. Bien que cela peut paraître relativement léger, chaque acte nécessite un certain temps pour être bouclé, en raison des nombreuses phases d'exploration et de recherche à effectuer, en tatillonnant. Aussi, vous pouvez compter sur une douzaine d'heures pour percer les mystères de Dread Hill House et des événements paranormaux qui en découlent.
    7/10
  • Scénario Il s'agit très clairement du gros point fort de Gray Matter. Immersif et diablement travaillé, le scénario de la dernière œuvre de Jane Jensen satisfera sans nul doute les joueurs appréciant les jeu à l'atmosphère riche et au background juteux, ainsi qu'aux amateurs de romans palpitants. Dévoilant avec parcimonie les mystères qui nous entourent, le jeu utilise très souvent les retournements de situation, ainsi que l'effet de surprise pour nous captiver. Le résultat est de très haute voltige.
    8/10
  • Note générale Gray Matter se qualifie comme un excellent point & click. La créatrice à la tendance ésotérique Jane Jensen a encore une fois marqué un grand coup en fournissant un jeu à l'atmosphère riche et au déroulement finement travaillé et ce, dans l'optique de garder son public en haleine du début à la fin. La réalisation graphique et sonore contribue à cette immersion, même si la réalisation 3D des personnages n'est pas toujours fameuse. Plutôt accessible grâce à des énigmes pas trop corsées, Gray Matter profite également d'une jouabilité correcte sur Xbox 360, bien que le genre se prête évidemment à l'utilisation de la souris sur PC. Dans un cas comme dans l'autre, l'expérience demeure unique, pour peu que vous soyez attentif à l'aura proposée.
    8/10
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