Test Killer is Dead

Le par Fabien H.  |  0 commentaire(s)
Killer is Dead - vignette

Misant sur une approche complètement atypique, les jeux du studio Grasshopper Manufacture sortent clairement du lot. Le dernier né du créateur Suda 51, Killer is Dead, n'échappe pas à la règle et se destine une fois de plus à un marché de niche. En dépit de son côté complètement décalé, le jeu se tourne essentiellement vers le beat'em all. En définitive, s'agit-il d'un jeu à retenir ? Nous vous apportons notre verdict à ce sujet.

The killer is a gigolo

Les amateurs le savent : les jeux développés par Goichi Suda ( alias Suda 51 ) et son studio Grasshopper Manufacture sont toujours très originaux dans leur genre. Killer7 est très clairement la production la plus appréciée du créateur, tandis que No More Heroes est souvent cité comme production plus populaire ( mais pas moins barrée ). Misant toujours sur des fonds de tueurs en série, de l'hémoglobine et d'un délire geek totalement assumé, Suda 51 nous propose de s'immerger dans son dernier jeu : Killer is Dead.

Le titre nous place dans la peau de Mondo Zappa, un homme devenu mercenaire et spécialisé dans le meurtre pour une agence spécialisée et acceptée par le gouvernement. Malgré son air d'intello derrière son costard et ses lunettes, Mondo est un tueur hors pair. Armé de son katana et son bas mécanique, notre héros préférera souvent se jeter dans les combats plutôt que de tergiverser. C'est aussi pour cela que l'agence est satisfaite de son travail. Et pourtant, l'histoire va révéler que Mondo n'est pas si inflexible que cela et que bien des choses risquent de bouleverser son imperturbable sérieux.

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Comme toujours avec les productions estampillées Grasshopper, il est question d'un scénario fort alambiqué que tout le monde ne comprendra pas de prime abord. En effet, l'histoire est découpée en douze épisodes et remplie d'ellipses qui pourront nous faire perdre le fil. Et pourtant, si l'on fait bien attention aux détails visuels et à certains propos, l'ensemble dispose d'une certaine cohérence, nous faisant comprendre quelques mystères initiaux que l'on pourrait prendre pour de la franche déconade sous un fond de drogue dure. En dépit d'une finalité attendue – et mise en place dans un dialogue bourré de second degré – l'ultime mission se clôture efficacement, quand bien même nous aurions apprécié quelque chose de plus dense. En somme, le studio a cherché à ne pas nous mâcher le scénario, de sorte à nous pousser à nous investir pour en comprendre les rudiments.

Toutefois, l'histoire n'est pas pour autant un chef-d’œuvre : un arrière-goût d'inachevé se fait sentir, notamment au niveau de la psychologie des personnages qui, malgré un certain charisme, sont irrémédiablement laissés au second plan. Le jeu se concentre essentiellement sur Mondo, son état et son passé, ainsi qu'un élément qu'il convient de ne pas expliquer en détail : la lune. En dépit de son côté coincé, Mondo est un sacré dragueur, tant et si bien qu'il fait même l'objet de missions annexes dans lequel il joue au gigolo de service pour séduire quelques belles donzelles, en se fixant leurs corps incognito lorsqu'elles détournent le regard. Une fois la pression sanguine à son paroxysme, il sera possible d'offrir quelques cadeaux aux belles, de sorte à les attirer tout droit sous les draps. Malgré un côté atypique, cette simulation de drague est vraiment optionnelle, plutôt détournée et coûtant assez cher ( il faut acheter les cadeaux dans la boutique du jeu ).

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Des têtes vont tomber

Au niveau de la prise en main, Killer is Dead s'oriente vers le beat'em all, genre quasi habituel du studio japonais. Le jeu étant découpé en missions, chacune d'entre elles dispose d'un environnement bien différent, du Japon à la Russie, en passant par un niveau inspiré d'Alice aux Pays des Merveilles. Dans tous les cas, le titre met en évidence une ambiance très glauque, servie par un design bien particulier qui surcharge les ombres de noir et accentue les effets lumineux. Chaque niveau fait l'objet d'un boss, travaillé de sorte à présenter un certain charisme, tout en assurant un côté déjanté. L'un, vêtu de courts sous-vêtements en or et d'une couronne de roi, l'autre étant un yakuza habité par un tigre, un scientifique géant ou encore un train russe devenu fou, il y a de quoi proposer des combats uniques qui se terminent par une décapitation pure et simple. La pâte de Suda 51 se situe historiquement depuis longtemps sur la qualité et l'originalité – que l'on apprécie ou non – de son chara-design.

Les combats s'effectuent majoritairement à l'aide de votre fidèle katana, enchaînant les combos à tour de bras. Plus les enchaînements sont longs, plus vous aurez de chances d'effectuer une fatalité (quatre au total) et plus vous récolterez des bonus, présentés sous la forme de trois types d'objets : les diamants permettant de récupérer de la vie, des cristaux qui offre la possibilité d'améliorer vos compétences et les roses rouges qui ouvrent à des attaques parfois surpuissantes. Concrètement, ces roses permettent d'effectuer des coups fatals à vos adversaires, à la simple pression de la gâchette adéquate, combinée à votre touche d'attaque classique. L'écran devient alors rouge et vous assènerez un coup mortel qui tuera instantanément votre adversaire. À cela s'ajoute un ingrédient principal de la prise en main du jeu : l'esquive. À l'instar Bayonetta, une esquive placée au moment de l'assaut d'un ennemi ralentit le temps, vous permettant de contre-attaquer avec une grande efficacité. Le fait de maîtriser ce timing donne un sérieux avantage à la prise en main qui peut se révéler rebutante de rigidité lors des premières heures de jeu.

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Votre bras cybernétique – appelé Musselback - sera également utilisable en cours de combat, pour toucher les ennemis à distance ou pour briser leur garde au corps-à-corps. Pouvant prendre plusieurs formes, Musselback pourra se transformer en quatre armes différentes ( à débloquer dans des défis et en mode Gigolo ), permettant notamment de geler provisoirement vos ennemis ou encore les projeter violemment. Bien évidemment, les attaques seront plus ou moins efficaces selon votre jauge de roses rouges. Suivant la configuration des niveaux, certains secrets seront révélés si vous utilisez la visée de votre bras, dans l'optique de trouver des bonus ou dégotter Scarlett, une infirmière au décolleté plongeant, enfourchant une grande seringue. Ce beau brin de femme vous proposera des défis quand vous la trouverez dans les niveaux.

Si le système de combat du jeu est intéressant, plusieurs défauts viennent ternir l'expérience de jeu. De prime abord, le gameplay se veut très rigide, surtout dans le déplacement de Mondo ( lequel ne peut même pas sauter ! ). Dans un second temps, la partie visuelle parfois très fournie en terme d'effets ne joue pas en faveur de la lisibilité. À cela s'ajoutent de gros problèmes de caméra, tout spécialement dans les zones plus confinées. Pour continuer dans le domaine de la frustration, certains épisodes se concentrent bien trop sur les cut-scenes, découpant parfois le gameplay de façon brutale avec quelques écrans de chargement. Enfin, de nombreux passages nous obligent à marcher de longues secondes sans pouvoir faire autre chose : cela sert effectivement au rythme du scénario, mais annihile le plaisir de jeu.

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L'atypique ne tue pas

Avec ses douze chapitres, Killer is Dead n'est nullement un jeu très long, puisqu'il faudra moins de dix heures pour en venir à bout. L'intérêt se révèle ensuite dans la possibilité de refaire les différentes missions, ainsi que les défis secondaires du jeu, accessibles à tout moment depuis le bureau de l'agence. Certains challenges se voulant plutôt corsés, il faudra vous y reprendre à plusieurs reprises pour en venir à bout, quitte à s'aider des améliorations offensives et défenses à débloquer à l'aide de cristaux dans le menu du jeu. Il est clair que l'enjeu de Killer is Dead sur le long terme s'écrit dans le scoring. Chaque mission se clôturant sur un écran de résultats ( avec partage en ligne ) attribuant une note à votre prestation, il ne sera pas aisé de décrocher un triple A dans tous les cas de figure.

Revenons à la réalisation du jeu, l'une des principales caractéristiques qui le différencie des autres softs. Le moteur physique, certes dépassé, dispose d'un jeu de couleurs étonnant et finalement en adéquation avec l'ambiance à la fois glauque et décalée du jeu. Les noirs ultra sombres et la clarté de la lumière se confrontent, à l'instar de l'idée véhiculée par le scénario du jeu et qu'il convient de découvrir au fil de la progression. En somme, Grasshopper n'a pas laissé les détails au hasard, mais n'a pas pris soin de laisser des pistes toutes tracées pour les joueurs les moins concentrés. Toujours est-il que si le design est intéressant et les animations faciales parfois riches, le moteur traîne souvent la patte au niveau de son framerate pouvant occasionner de mini-freezes, ainsi que quelques bugs de collision de derrière les fagots.

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Au niveau de la bande-son, nous retrouvons Akira Yamaoka, le compositeur qui s'est précédemment chargé des thèmes de la série Silent Hill. Il s'agit donc d'une pointure du genre qui mérite amplement son galon pour Killer is Dead, assurant des musiques aux rythmes divers, mais toujours en harmonie avec la ligne directrice bien particulière du jeu. On apprécie également la présence de voix japonaises, de sorte à rentrer totalement dans l'histoire.

Très clairement, Killer is Dead n'est pas un jeu à conseiller à tout le monde. Le nouveau-né de Grasshopper Manufacture continue à proposer une approche atypique et vraiment décalée qui séduira évidemment les amateurs des précédentes productions de Suda 51, mais aussi les plus curieux qui veulent autre chose que des suites à rallonge. Non exempt de défauts, le jeu dispose d'un attrait dans son scénario ultra décousu, insistant sur la concentration des joueurs pour comprendre les folies qui se déroulent dans le soft. Plutôt court dans son ensemble, Killer is Dead joue dans un second temps sur le scoring, élément apprécié des fans de beat'em all.

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+ Les plus
  • Pâte artistique originale
  • Système de combat intéressant
  • Boss charismatiques et atypiques
  • Scénario décalé mais bourré de détails
  • Bande son de qualité
- Les moins
  • Rigidité de prise en main
  • Manque d'optimisations ( baisses de framerate )
  • Caméra à l'ouest
  • Plutôt court

Notes

  • Graphisme Le moins que l'on puisse dire, c'est que la réalisation graphique de Killer is Dead se veut très originale. La patte artistique qui accentue à outrance les effets d'ombre et de lumière ne plaira pas à tout le monde, mais cela rentre dans l'idée véhiculée par le jeu. Toujours est-il que cette mise en place dissimule un moteur graphique qui manque d'optimisation, découlant sur de nombreuses baisses de framerate et autres mini-freezes. L'ensemble ne rend pas le jeu injouable - loin de là - mais a tendance à se présenter de temps à autre.
    6/10
  • Bande son Toujours en partenariat avec Grasshopper, Akira Yamaoka ( à qui l'on doit notamment les musiques des Silent Hill ) nous offre une composition de qualité avec ce titre. Les thèmes se veulent très divers, mais toujours en bonne adéquation avec l'ambiance visuelle et scénaristique du jeu. La possibilité de sélectionner les doublages japonais est également un net avantage.
    8/10
  • Jouabilité Killer is Dead nécessite un certain temps d'adaptation dans les premiers instants, en raison des nombreux paramètres à prendre en compte au niveau de la prise en main. Toutefois, les déplacements et les combats se veulent plutôt rigides, tant et si bien que l'on ne peut même pas sauter ! En tout cas, le système de combat s'avère plutôt bien huilé, se basant énormément sur l'esquive et la contre-attaque. Malgré tout, le plaisir de jeu est dynamité par une caméra plus que pénalisante.
    6/10
  • Durée de vie Les douze chapitres du jeu se clôturent en moins de dix heures, mais plusieurs missions et défis permettent d'allonger la longévité. De plus, une fois le jeu terminé une première fois, il est possible de refaire tous les chapitres pour en trouver les secrets et améliorer son score.
    6/10
  • Scénario Très décousu et bourré d'ellipses, le scénario du jeu ne sera pas du goût de tout le monde. Malgré l'approche à la fois glauque et complètement barrée, l'histoire dispose d'un sens bien particulier qu'il convient d'apprécier en se montrant observateur : plusieurs détails et autres réponses à nos questions sont dissimulés dans les décors ou dans un angle de caméra particulier pendant une cut-scene. Pour autant, la fin se veut plutôt convenue et ne surprendra guère.
    6/10
  • medaille
    Note générale Avant tout destiné à un marché de niche, Killer is Dead plaira avant tout aux amateurs des jeux signés Suda 51. Les autres devront avant tout apprécier un beat'em all quelque peu rigide et pas spécialement long. Le titre se dote toutefois d'un scénario à la fois décalé et intéressant à suivre, pour peu que l'on prête attention aux détails. Disposant d'une pâte artistique bien à lui et d'une bande-son de qualité, Killer is Dead est un titre qui mérite son attention et ce, en dépit de quelques défauts de fabrication.
    7/10

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