Test Majin and the Forsaken Kingdom

Le par Gael B.  |  0 commentaire(s)
Majin and the Forsaken Kingdom - image

Quasiment sorti de nulle part, Majin and the Forsaken Kingdom nous arrive dans une période propice aux contes et légendes merveilleuses. Alors venez vous asseoir en cercle et laissez-vous porter par la poétique histoire d'un jeune garçon qui va coopérer avec un gigantesque monstre bienveillant afin de venir à bout de ténèbres envahissantes.

Un beau jeu vidéo d'amitié

ICO, Shadow of the Colossus, Flower, White, prochainement The Last Guardian... Ces titres ont tous en commun cet appel à la sensibilité, ce sentiment qui semble malheureusement avoir du mal à se manifester chez une majorité de joueurs. Malgré les risques commerciaux que le développement de ce type de jeu engendre, il reste des studios qui choisissent de ne pas abandonner cette voie, parce qu'ils ont quelque chose à raconter, des envies, voire des messages à faire passer d'une manière onirique. Game Republic fait partie de ceux-là, et après nous avoir gratifié d'un très intéressant Folklore, ce créateur nippon nous présente sa dernière œuvre en date : Majin and the Forsaken Kingdom.

Majin and the Forsaken Kingdom (1) Majin and the Forsaken Kingdom (2)

Si vous vous demandiez quel pourrait être le résultat d'une fusion entre Gérard Depardieu et un koala...

Le monde de Majin et du Royaume Interdit, sûrement maudit par les dieux pour une quelconque raison, s'est vu recouvert par les Ténèbres du jour au lendemain, alors qu'il faisait si bon y vivre avant que de sombres nappes ne viennent s'y abattre. Mais comme cela est coutume dans ce genre d'histoires, un espoir subsiste cependant sous cette épaisse couche de désillusions et de désespoir : celui qui pourrait redonner à la Terre son humanité. S'il existe bel et bien sous la forme d'un Majin (énorme créature aux pouvoirs tout aussi importants), nous le trouvons en bien mauvaise posture au début du jeu. Emprisonné par les forces des Ténèbres et sévèrement affaibli, il sera délivré par un courageux jeune homme sans nom qu'il appellera Tepeu. A partir de là, Tepeu et le Majin feront équipe pour tenter de retrouver des Fruits, mais pas n'importe lesquels puisque je leur ai mis une majuscule. En effet, plus le Majin en ingérera et plus ses pouvoirs augmenteront (ainsi que sa force et son endurance), son aspect se verra également modifié petit à petit. L'aventure consistera donc en une course à la puissance pour Teotl (c'est le nom du Majin), et également à un beau tissage de lien entre ces deux personnages.

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Le jeu installe une atmosphère très calme et apaisante. Difficile de ne pas tomber sous le charme.

Dans ce jeu mêlant plusieurs belles inspirations, on ne contrôlera que Tepeu, qui pourra lui-même donner des ordres à Teotl afin d'aider à la progression. Son arme ? Le pieu (ressemblant à une clé) qui retenait Teotl prisonnier avant sa délivrance. On devine à l'instant où il acquiert cet instrument qu'il ne sera jamais question ici de choquer le joueur, du moins visuellement. Vous ne verrez aucune effusion de sang dans ce titre. Sans doute parce que les ennemis que vous aurez à affronter sont faits d'une étrange substance proche de l'huile. Ils ne mourront jamais (à l'exception des boss, ouf), ce qui implique d'avancer le plus rapidement possible pour éviter d'avoir à recroiser un monstre vaincu plus tôt.

Sauf lorsqu'ils attaquent en bande, les Soldats des Ténèbres ne vous mettront jamais véritablement en danger, surtout si le Majin est avec vous lors de mauvaises rencontres. Mais même en solitaire, il suffira de répéter l'attaque de base et d'esquiver (très facilement) les coups pour faire tomber l'ennemi. Et si vous êtes suffisamment discret, vous pourrez même l'éliminer en un seul coup. Les victoires vous feront alors remporter des Fragments de vie représentant l'expérience acquise. Car oui, Tepeu pourra monter de niveau en gagnant par la même occasion des titres comme "Chasseur de trésor" ou "Justicier". Vous aurez même le droit de modifier son apparence en l'équipant de protections vous donnant chacune droit à une aptitude particulière (agilité, souplesse...). Vos changements seront visibles non seulement en cours de jeu (= pendant que vous jouerez) mais également durant les cut-scenes. Tâchez d'avoir la classe quand cela vous sera possible, vous ferez ainsi certainement plaisir au regretté George Abitbol.



You'll never walk alone

On adopte très vite ce grand génie à l'air ahuri, un peu pataud mais toujours dévoué envers son nouvel ami Tepeu (à prononcer Tépéou pour ne froisser personne). Toutes les actions le concernant feront intervenir la touche R2 (version PS3). Si on désire qu'il nous suive, on appuiera sur R2 + Triangle. Si, à l'inverse, on souhaite qu'il ne bouge pas de sa position, il faudra presser R2 + Croix pour obtenir satisfaction. Cette dernière manipulation se montrera particulièrement utile quand vous voudrez atteindre un endroit en hauteur. Après l'avoir fait patienter, vous aurez à appuyer de nouveau sur R2 et Croix pour faire s'accroupir Teotl. Évidemment, cela vous amènera à vous placer dans des situations où vous vous retrouverez seul, alors prenez garde à ne pas trop vous éloigner du Majin en cas de coup dur.

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Rassurez-vous, vous n'êtes pas dans White Knight Chronicles.

Car en restant près de lui, Teotl vous guérira de vos blessures si tant est que vous soyez touché. Outre la barre de vie qui indique fort bien l'état de santé de Tepeu, un autre marqueur graphique vous montrera les dégâts subis, et il est symbolique. Plus l'ennemi vous touchera, et plus il vous transmettra contre votre gré le mal des Ténèbres. Avec votre barre de vie remplie à sa moitié, vous aurez donc une bonne partie de votre corps englué dans cette huile maléfique. Tepeu verra ses mouvements perdre en agilité et laissera des traces, laissant éventuellement le camp adverse le repérer plus facilement dans les phases "d'infiltration". Vous pouvez même vous permettre de vous évanouir avec Teotl à proximité, il viendra vous réanimer au péril de sa vie. Sa gentillesse et son dévouement sont réellement sincères, on le sent dès qu'un ou des ennemis attaquent, il nous invite à ce moment-là à partir pour le laisser s'occuper du sale boulot. Alors que l'on est capable de se défendre notamment grâce à une attaque chargée faisant vaciller les monstres de l'ombre.

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Ces cinématiques en ombres chinoises nous ramènent instantanément à des chefs d'œuvres tels ceux de Michel Ocelot (Princes et Princesses).

Est-ce à dire que Majin and the Forsaken Kingdom est un jeu facile ? Peut-être un peu, mais n'y voyez pas là un reproche car la difficulté est très bien dosée (même si on nous "empêche" de perdre de la santé voire de mourir par, exemple, un saut maladroit). On a des énigmes à résoudre qui demanderont souvent l'aide du Majin (les plans des niveaux sont colorés et très lisibles), des phases de plate-forme jamais lourdes et des paramètres à faire évoluer (sans oublier des boss à affronter dont le premier aurait tout à fait sa place dans un Zelda). Teotl ne pourra lancer ses pouvoirs que si Tepeu frappe suffisamment de fois avec son arme pour remplir la barre jaune se situant sous la jauge de santé du Majin. Tepeu remportera de l'expérience pour lui-même bien sûr, mais si les combats sont menés avec Teotl, ces deux-là pourront ramasser des Fragments d'amitié. Une fois un certain nombre de Fragments accumulés, les pouvoirs magiques du Majin se verront améliorés de même que les techniques combinées de notre duo. Celles-ci s'enclenchent en appuyant sur Rond quand cette touche apparaît à l'écran pour signaler l'état "sonné" d'un ennemi. En enchaînant ces attaques combinées, vous remplirez de plus en plus une jauge qui, repue, vous permettra de lancer une Fatalité. Je vous assure que ça reste supportable à regarder.



Instants de douceur

Cette complicité s'illustrera même dans le système de sauvegarde. Celle-ci s'effectue près d'une sorte de totem lumineux et seulement si le Majin est près de vous. Loin d'être une gêne, Teotl sera plutôt un fidèle allié que vous serez heureux de compter à vos côtés. Il est un peu le lien logique entre l'être humain et la nature, même si pour sa part, Tepeu possède le don de s'entretenir avec les animaux. Normal alors de voir ces derniers, disséminés tout au long du chemin du périple de Tepeu, lui délivrer dès qu'ils le pourront quelques infos et conseils plus ou moins utiles. Vous serez sans doute surpris par les voix les doublant, car elles ne sont parfois pas à l'image de ces bestioles.

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Mais qui est donc cette demoiselle ?

Celle de Teotl aurait pu être plus singulière, mais son comédien vocal réussit avec ses cordes à lui à nous le rendre attachant. Ses touchants "Aïe" quand il trébuche, ses hilarants "Yaaay ! Yaaaay !" lors de la résolution d'une énigme, bref, toutes ses interventions ne devraient pas vous le faire détester, car Teotl n'est là que pour vous aider à l'aider. Vous avez très bien compris.

Nous n'aurions pas autant été séduits par le propos de Majin and the Forsaken Kingdom sans une réalisation graphique de haut calibre. Mis à part un méchant clipping dont on essaiera de faire abstraction, c'est à un émerveillement quasi-continu pour les yeux que nous convie Game Republic, grâce entre autres à un cycle jour/nuit nous faisant encore plus apprécier ces environnements que l'on traverse et retraverse ; et cela pour la simple et bonne raison que certains passages ne seront débloquables que si le Majin possède le Pouvoir adéquat, à l'instar d'un Metroid. Il commencera d'ailleurs par acquérir le Pouvoir du Vent, qui lui servira à repousser loin les Soldats des Ténèbres et à faire bouger certains éléments encombrants.

Les musiques respirent la pureté, qu'elles soient tribales ou plus reposantes grâce à l'usage d'instruments très adaptés. Jouer à Majin and the Forsaken Kingdom, c'est accepter une autre manière de soigner le mal de crâne, on y marche en oubliant que courir représente un gain de temps. Quelques défauts ne nous ont cependant pas échappés, comme par exemple l'IA des ennemis. On a en effet par moments l'impression que leur vision ne porte pas loin, mais vous noterez que ces Soldats peuvent aussi vous détecter au son. Heureusement, vous avez la touche L2 pour avancer (accroupi) tout en restant silencieux.



You've got a friend

Majin and the Forsaken Kingdom - jaquette PS3Il serait péjoratif et pas très élégant de considérer Majin and the Forsaken Kingdom comme un "sous-ICO". Car si le titre de Game Republic emprunte bien des codes au chef d'œuvre intimiste de Fumito Ueda, il nous fait pénétrer en quelques minutes en son sein grâce à une envie de nous faire rêver, de nous transporter qui lui est propre.

Sa technique n'est certes pas son point fort, mais c'est son identité graphique qui nous aura touché. Ce jeu se savoure sans frustration aucune et on n'ira certainement pas le blâmer de n'avoir pas davantage poussé ses bonnes intentions. Pour terminer, un très bon complément aux ressorties prochaines d'ICO et Shadow of the Colossus.

Majin and the Forsaken Kingdom est disponible sur PS3 (et aussi Xbox 360) à partir de 51€39.



+ Les plus
  • Un titre frais et plaisant à jouer
  • Joli level design
  • Teintes magnifiques
  • Mécanismes bien trouvés
  • Des menus sublimes
  • Bonne durée de vie
- Les moins
  • Présence honteuse de clipping
  • Un peu linéaire ?

Notes

  • Graphisme Somptueux surtout pour certains décors extérieurs. Les développeurs de Game Republic ont fait naître de leurs mains habiles un monde vivant et chaleureux où le plaisir de l'exploration atteint des sommets. Le cycle jour/nuit, le travail effectué sur les ombres et les éclairages, les environnements variés, tout concourt à ce que vous demandiez asile dans l'univers de Majin and the Forsaken Kingdom. Même si le look du héros ne plaira pas à tout le monde et qu'un clipping est notable.
    7/10
  • Bande son Les musiques du jeu ne viennent jamais voler la vedette à l'action, et ne font que très efficacement la souligner à l'aide d'un délicat usage de cordes, flûtes et autres harpes envoûtantes. Le doublage français, sans être exceptionnel, vous fera sourire plus d'une fois, en particulier quand le Majin ouvrira la bouche.
    7/10
  • Jouabilité Le maniement de Tepeu ne pose aucun souci, que ce soit au niveau de ses sauts, de ses interactions avec le Majin ou encore de son agilité au combat. Mais parce que tout n'est pas rose dans le gameplay du jeu, on notera aussi que le ciblage des ennemis n'est pas évident à réaliser.
    7/10
  • Durée de vie Une quinzaine d'heures à se détendre en compagnie des 2T, c'est là l'invitation que vous tend amicalement Majin and the Forsaken Kingdom. Nous vous incitons à ne pas la refuser tant le voyage est infusé d'un bien-être indéniable.
    7/10
  • Scénario D'une base finalement assez classique, l'histoire de ce titre gagne en profondeur à chaque discussion entre Tepeu et Teotl, ce duo pas très probable de prime abord mais qui développera une amitié comme on aimerait en connaître plus souvent. On se rendra aussi compte que sous les Ténèbres se cache une terrible vérité.
    7/10
  • Note générale Majin & the Forsaken Kingdom, c'est l'assemblage harmonieux d'éléments pas forcément inédits mais qui possèdent tous la force de nous aspirer dans un monde ouvert et féérique dans lequel on aimerait passer ses vacances. Très beau, système de jeu simple à comprendre et à assimiler, personnages attachants, le titre de Game Republic a quasiment tout pour lui, hormis une étincelle de fantaisie supplémentaire qui n'aurait pas été de trop. Voilà en tout cas un excellent jeu à emballer et à poser sous le sapin dans la nuit du 24 au 25 décembre.
    8/10
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