Test Pier Solar and the Great Architects

Le par Gael B.  |  0 commentaire(s)
Pier Solar and the Great Architects - image

Pier Solar n'est pas un anachronisme vidéoludique comme on voudrait le penser, mais un beau miracle né des efforts et de l'acharnement de la team indépendante WaterMelon. Sorti en 2010 sur Megadrive dans un relatif anonymat, ce RPG de 64 Mega émerveillera sans doute les joueurs de plus de vingt ans qui ont baigné avec bonheur dans l'âge d'or de la 16 bits de Sega.

La Megadrive sort du cimetière

Cette histoire a bien failli ne jamais s'écrire, car il est très difficile d'arriver à gérer avec brio une équipe de développement amatrice et internationale (composée d'une centaine de personnes environ au total). La team WaterMelon y est parvenue non sans mal et après six ans de dur labeur. Pourquoi le choix de la Wii Megadrive ? Vraisemblablement en raison d'un puissant affect ressenti par WaterMelon envers cette machine, et par conséquent, pour lui permettre de compter un RPG de plus dans sa ludothèque, moins prestigieuse en la matière que celle de la Super Nintendo.

Pier Solar est donc sorti en 2010 sur Megadrive et est commandable sur le site internet officiel du jeu (contre une trentaine d'euros). Vous pouvez également le trouver sur des sites d'enchères à des tarifs exorbitants, car ce qui est rare est cher ici bas. Le jeu impressionne dans un premier temps par son packaging, soigné (et encore, c'est la version Reprint qui est passée entre mes mains pleines de doigts). La notice se révèle plus pratique à lire que la majorité de celles que vous avez pu palper il y a quinze ans (mais si, ces modes d'emploi où le même texte était répété sur deux pages mais dans une dizaine de langues différentes). En ce qui concerne la cartouche, vous serez heureux d'apprendre qu'elle est compatible avec absolument tous les modèles de Megadrive existants, même celle de Phil Collins.

Pier Solar and the Great Architects (1) Pier Solar and the Great Architects (2)

Par moments, de belles images fixes viendront illustrer l'apparition d'un personnage-clé ou un moment fort de l'aventure.

Vous n'aurez pas d'introduction traditionnelle pour vous accueillir une fois Pier Solar lancé. Alors ne perdons pas de temps et faisons de suite les présentations avec les principaux protagonistes du jeu, ceux que vous incarnerez des dizaines d'heures durant : Hoston, Alina et Edessot, trois amis dont la moyenne d'âge ne doit pas dépasser le Q.I. du plus intelligent des candidats de Carré Viiip. Au début du jeu, le père de Hoston se trouve bien mal en point, fauché par une maladie qui pourrait rapidement avoir raison de lui si un remède, même provisoire, ne lui était fourni. Malgré la désapprobation de sa mère, le botaniste en herbe qu'est Hoston prend la décision d'aller chercher des herbes curatives dans une grotte réputée très dangereuse. La jeune et rousse Alina s'imposera d'elle-même dans cette entreprise et vous devrez également vous mettre en route accompagné du peureux Edessot. Ce dernier emportera avec lui un robot censé aider notre groupe à retrouver son chemin dans la grotte, mais nous verrons qu'il en sera autrement sur les lieux. Inutile d'être hypocrites : le character design de ces trois "héros" ne transpire pas d'une folle originalité, mais il apparaît vivant dans les dialogues et pendant les combats où les vignettes représentant les visages des personnages s'animeront selon la situation et leur état. Plaisant.



Une difficulté comme on n'en fait plus

D'après les développeurs eux-mêmes, Pier Solar renfermerait bon nombre de secrets, et il faudrait donc fouiller les environnements de fond en comble pour tomber sur des objets peu accessibles financièrement (voire introuvables) en boutique. N'hésitez également pas à reparler plusieurs fois de suite à une même personne pour des informations supplémentaires et parfois quelques bonus. Le vieux routard du RPG sera soulagé de se rendre compte qu'écumer les décors en tapotant incessamment sur A (la touche d'action) ne sera pas utile pour dénicher des trésors, car ces derniers apparaîtront bien en évidence. Pour rester dans le domaine de la maniabilité du jeu, sachez que dans les phases d'exploration, le leader de votre équipe ne restera quasiment jamais bloqué contre un obstacle et le contournera automatiquement. Pratique en théorie (waouh !), mais il faudra alors se trouver bien en face d'une porte ou d'une chemin sur lequel on souhaite s'engager pour éviter de voir notre groupe virer de bord contre notre gré. A noter aussi qu'il n'est pas toujours aisé d'engager la conversation avec une personne (parce qu'on la traverse parfois, bienvenue dans la quatrième dimension).

Les menus sont clairs et faciles à comprendre, celui que vous en enclencherez en appuyant sur C aura de fortes chances de vous faire remémorer Secret of Mana. A partir de la feuille de stats de chaque personnage, vous aurez accès à l'inventaire et pourrez ainsi modifier l'équipement de chacun (constitué d'une arme, d'une armure et d'un accessoire). Bonne surprise, la sauvegarde est possible n'importe où (sauf en cours de combat quand même), quatre slots au total ayant été mis en place pour conserver la trace de vos différentes avancées. Pour ce qui est des déplacements sur la carte, ils s'effectueront en sélectionnant la destination voulue avec le curseur-personnage.

Pier Solar and the Great Architects (3) Pier Solar and the Great Architects (4)

Les combats demanderont de la concentration, d'autant plus qu'ils vous épuiseront vite au début du jeu.

Pier Solar étant un RPG, il est par conséquent normal d'évoquer de manière relativement complète ce qui fait le cœur de ce genre : les combats. D'une fréquence convenable, ils ont toutefois le désagréable défaut de ne pas démarrer suffisamment vite après l'apparition des ennemis sur la zone de bataille. L'option "Auto" (en opposition à l'option "Manuel") rendra bien service aux paresseux ou aux gens pressés car elle fera agir vos personnages automatiquement. Pensez néanmoins à faire un tour dans les réglages pour activer/désactiver les actions que vous souhaitez ou non que votre équipe exécute (par exemple, si vous ne voulez pas voir de précieux objets être bêtement gaspillés pendant les combats, décochez "objets" dans le menu approprié).

Le système de Ki consistera à faire se concentrer un personnage pendant un tour minimum pour lui faire emmagasiner de la puissance (le Ki). Il pourra de cette manière atteindre plusieurs niveaux de Ki (jusqu'à cinq) qui rendront ses coups et sorts de plus en plus dévastateurs. Le Ki obtenu pourra même être transféré à un autre personnage. En somme, nous nous trouvons là en présence d'un élément stratégique qu'on délaissera cependant facilement dans la toute première partie du jeu. Autre nouveauté, lorsque vous déciderez de défendre, vous gagnerez alors des chances de pouvoir riposter à chaque attaque subie. Par contre, et c'est sans doute un regrettable oubli de WaterMelon, malgré le fait de pouvoir se positionner en première ligne ou bien en retrait, les coups demeureront toujours aussi puissants d'un côté comme de l'autre et ce quelle que soit la position occupée. Seul avantage à rester à l'extrême-droite de l'écran, on sera moins souvent attaqué par l'ennemi. Mais à ce moment-là, ce sont les autres qui trinqueront. Et comme en plus, les combats ne sont pas de tout repos (et ça commencera dans le Canyon où il y aura toujours un ennemi pour frapper plus fort que les autres), vous aurez souvent à faire provision d'objets de soin sans oublier de passer régulièrement à l'auberge du coin.

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Autant vous le dire (car juste le penser ne serait pas suffisant), la difficulté du jeu n'est pas très bien dosée, et ce à partir du moment où l'on pénétrera dans ce satané Canyon, au bout de deux heures de jeu plus ou moins. Le problème réside dans le fait que dans n'importe quel combat de la zone, vous aurez affaire (entre autres) à un Ver de Sable qui vous retirera une cinquantaine de points de vie à chaque tour. Si vous comptez en sus les dégâts produits par les autres monstres, vous vous retrouverez avec une addition de dommages des plus salées. Et le sort "Heal" d'Alina se révèle trop gourmand en points de magie pour représenter la solution miracle dans ces situations. Le level-up ne règle pas grand chose non plus, et l'objet régénérant quelques points de magie est vendu à un prix hallucinant chez un marchand de l'Oasis (qui, au passage, rappelle fortement un pays du monde arabe existant). Restent les herbes, oui. La situation ne s'arrangera malheureusement pas par la suite, notamment parce que les "petits" combats, comprenez par là les affrontements se réglant en une poignée de secondes, interviendront très peu. Pour s'en sortir, il faudra donc s'accrocher en s'attelant souvent à l'élaboration de stratégies, et mieux vaudra aussi ne pas avoir été trop bercé par les RPG de cette génération sous peine de se retrouver complètement déstabilisé par ce Pier Solar à la difficulté corsée.



Conclusion

Pier Solar and the Great Architects - logoC'est un fait (comme le dirait Éric Zemmour), Pier Solar est un jeu ayant été conçu avec passion mais qui comporte cependant quelques maladresses. Dont celle sur laquelle beaucoup passeront peut-être très vite et que vous trouverez à l'Oasis. Il s'agit plus précisément d'une description d'une pièce d'équipement, et on ne peut pas dire que WaterMelon ait fait preuve d'élégance sur ce point-là. Mais vous verrez bien par vous-mêmes. Tout comme vous pourrez constater que le déroulement du jeu n'est pas si linéaire que ça et que les quêtes annexes se montrent plutôt intéressantes et rigolotes. On progresse dans cet univers avec un plaisir qui n'est finalement gâché que par des combats trop pénalisants. Et quel pied aussi de jouer à un titre Megadrive tout en se disant qu'il est impossible à l'heure actuelle d'y jouer sur n'importe quel émulateur (la ROM du jeu serait apparemment trop grosse pour cela). Joie élitiste, bonheur égoïste ? Oui, et le pire, c'est que nous en redemandons.

Pier Solar, pour rappel, peut s'acheter via le site internet du jeu au prix de 35 euros environ (frais de ports compris, version Reprint), et bénéficie d'une compatibilité universelle (peuvent donc l'accepter la Megadrive l & II ainsi que ses équivalents étrangers).

Pier Solar and the Great Architects - jaquette

Note : ceci n'est pas le visuel de la version Reprint mais celui de l'une des premières éditions du jeu.



+ Les plus
  • Une nouvelle sortie Megadrive !
  • Une réalisation d'ensemble solide pour un titre amateur
  • Scénario classique mais bien écrit
  • Traduction française impeccable
  • On peut sauvegarder presque n'importe où
  • Passer une nuit à l'auberge
- Les moins
  • Difficulté vraiment compliquée à gérer
  • Progression lente
  • Combats lents au démarrage
  • Pas de carte dans les villages et donjons
  • Un character design mi-figue, mi-raisin ?
  • Des musiques qui ne se renouvellent pas assez

Notes

  • Graphisme S'inscrivant parmi les jeux les plus colorés et fournis visuellement de la Megadrive (avec ses animaux grouillants dans les niveaux et ses différents effets graphiques), Pier Solar ne pêche véritablement que par un character design un peu en deçà du reste. On appréciera les vignettes animées des dialogues ainsi que le rapprochement graphique avec Chrono Trigger (toutes proportions gardées).
    7/10
  • Bande son Le son ne crachote pas et qui plus est, les compositions se révèlent être agréables à l'écoute, même s'il est regrettable qu'un même thème illustre parfois plusieurs lieux différents. Quant aux effets sonores, ils ont (tous ?) été empruntés à des grands titres de la Megadrive tels que Shining Force II et Sonic.
    6/10
  • Jouabilité Pier Solar demande au joueur l'usage de trois boutons (+1) et d'un pad directionnel pour interagir avec lui. Rien de plus. Manipuler de nouveau la manette de la Megadrive nous rappelle qu'une simplicité des commandes ne nuit pas nécessairement à un jeu. Ni à la santé d'ailleurs.
    7/10
  • Durée de vie Veuillez nous excuser de ne pas avoir terminé Pier Solar pendant ce test, mais sa difficulté est telle que les heures défilent sans pourtant nous donner la sensation d'avoir beaucoup progressé. A vue de nez, vous devriez en avoir pour au moins vingt, vingt-cinq heures en ligne droite.
    7/10
  • Scénario Le scénario se suit agréablement grâce non pas à la trame générale finalement somme toute classique, mais à la très bonne écriture des dialogues qui sait parfois provoquer des sourires. Les répliques ne versent jamais dans une dégoulinante niaiserie et on remerciera pour finir l'excellente et intelligente traduction française des textes.
    7/10
  • Note générale RPG de qualité excellant dans son écriture et ses graphismes chatoyants, Pier Solar ne fait pas pour autant oublier d'où il vient. Né de parents multiples, qui ont certes réussi à lui conférer une identité propre, ce titre est fragilisé par des combats à qui il ne manquait pas grand chose pour être validés d'un coup de tampon. Ça c'est pour le côté objectif de la critique. Dans un registre plus passionné, nous reconnaissons avoir été emballés par Pier Solar et fermons volontiers un œil sur ses points faibles car il aura eu le mérite de brillamment ranimer la Megadrive.
    7/10
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