Test Yakuza 3

Le par Gael B.  |  0 commentaire(s)
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Un soupir à peine dissimulé derrière la joie d'être enfin servis, voilà comment nous avons réceptionné dans nos mains un Yakuza 3 privé de certains de ses atouts pour sa sortie occidentale. Ne reste à Kazuma Kiryu qu'à faire appel à son habituelle classe pour retenir les joueurs qui ne lui auraient pas déjà tourné le dos.

Le supplice du doigt coupé

A la base, Yakuza 3 n'était pas destiné à aller séjourner en territoire étranger. Les performances des deux premiers opus aux Etats-Unis et en Europe s'étant révélées bien tristes, Sega n'avait pas, dans un premier temps, jugé utile pour ses finances de retenter le coup une troisième fois. Mais l'insistance d'un public connaisseur aidant, Yakuza 3 se retrouve finalement aujourd'hui dans nos PS3. La patience aura eu un prix, sachez-le.

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Car si globalement, l'expérience de jeu demeure la même que celle vécue par les joueurs japonais il y a de cela plus d'un an, notre version occidentale aura été vidée d'une certaine partie de son contenu. On débute donc par les choses qui fâchent, à commencer par cette non-localisation des textes du jeu, en anglais pour tous les secteurs du monde autres que nippons. Si on pourra comprendre les raisons qui ont conduit Sega à ce choix, il sera en revanche regrettable de constater que même les Trophées et leurs descriptions sont restées dans la langue du Prince Charles. Comble, pendant certaines cinématiques, il arrivera que les sous-titres ne soient pas très lisibles, et ce en raison de leur incrustation directement sur l'image, qui peut poser problème quand cette dernière affiche des couleurs claires et/ou lumineuses.

Et puis clôturons le chapitre des gros reproches exclusifs à l'Occident avec cette suppression des bars à hôtesses et de certaines activités annexes, comme le jeu de mah-jong (dont la salle est tout de même présente ici !) et ces questionnaires ayant trait à l'Histoire du Japon. Si heureusement, Yakuza 3 demeure très bon (désolé pour le suspens que je viens de trucider), nous n'approuverons certainement pas cette volonté de la part de Sega d'avoir charcuté le jeu pour nous l'amener dans les temps. Une excuse qui ne tient d'ailleurs que quelques secondes, car rappelons que le troisième épisode de Yakuza a été commercialisé en février 2009 au Japon, et que retarder son lancement occidental de quelques mois afin de nous livrer une version intacte aurait été une décision approuvée par la majorité des joueurs, soyons-en sûrs. Surtout que le mois de mars 2010 a été loin d'être creux en termes de sorties vidéoludiques. En clair, Sega ne s'est pas facilité la tâche, et c'est bien dommage, car Yakuza 3, tel un gruyère excellemment bien fermenté, sait se montrer délicieux malgré les trous qui le parsèment.



Une réalité asiatique presque à portée de pad

Tout comme le second volet, sa suite vous invite à visionner, soit par ignorance ou dans le but de vous rafraîchir la mémoire, les évènements marquants des deux premiers épisodes de Yakuza. L'occasion sera belle de souligner la modification physique du visage de Kazuma Kiryu, qui passe d'une ressemblance avec le chanteur Ken Hirai (sur PS2) à une similarité troublante avec le faciès de l'acteur Hiroshi Abe. Même si les traits de cet ex-yakuza ont été altérés, sa prestance et son allure inspirent toujours le respect. Ainsi, plus encore que dans Yakuza 1 et 2, chaque cut-scene représentera un bonheur pour la rétine, sublimé par des graphismes tirant grandement parti de la puissance de la PS3. Les visages sont à cet égard hallucinants, grâce au soin du détail apporté au grain de peau des personnages, aux mouvements de leurs yeux ainsi qu'à la synchronisation labiale des intervenants, très immersive.

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Mais l'émerveillement ne serait pas total sans ce travail accompli sur les quartiers de Tokyo et les somptueux environnements d'Okinawa, d'une qualité que l'on qualifiera d'excellente On adoptera par conséquent plus souvent la marche pendant nos déplacements, surtout durant les premiers chapitres se déroulant sur l'île d'Okinawa.

A l'instar des précédents opus, la foule est dense et saisissante par la variété des passants qui la composent. Chacun d'entre eux a sa démarche, un visage bien à lui, et on appréciera de les voir s'écarter (pas systématiquement) de vous lors d'un rapprochement, pour éviter un contact. Puisque râler est une spécificité française, vous constaterez que les protagonistes du jeu se meuvent parfois d'une manière encore robotique. Mais d'une façon générale, le moteur graphique de Yakuza 3, commençant tout de même à accuser le poids des mois, impressionne encore.



L'Eté de Kazuma

Les Yakuza passés étaient très attachés à nous faire découvrir quelques quartiers de Tokyo, comme celui de Kamurocho, mais ce volet-ci nous invitera à prendre possession d'un Kazuma Kiryu en charge d'un orphelinat à Okinawa, au début du jeu. L'ambiance se rapproche alors pas mal de celle du film "L'Eté de Kikujiro", de Takeshi Kitano. Une atmosphère moins anxiogène donc, où vos préoccupations tourneront autour des neuf enfants occupant l'orphelinat, et d'une famille tenant à récupérer l'emplacement pour y installer un centre de vacances. Cependant, même en chemise estivale, Kazuma fera jouer ses poings plus d'une fois pour protéger son havre de paix et les bambins qui y vivent.

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Au niveau des changements mis en place dans Yakuza 3, signalons l'apparition de la très pratique vue de dos, à la troisième personne. Elle permet de jouir d'une plus grande liberté de vision et de profiter ainsi un maximum des lieux. Tout cela serait presque parfait si des murs invisibles ne nous empêchaient pas par endroits d'aller plus loin que le désir de notre volonté. Le réalisme en prend donc forcément un coup.

L'un des reproches formulés à l'encontre des opus PS2 était leur maniabilité pas très confortable, surtout lors des combats où il était souvent difficile de toucher son adversaire. Ce problème disparaît ici, ce qui permet à ces moments assez peu philosophiques de ne pas s'éterniser et d'être plus rythmés. Ceux-ci seront également l'occasion de lancer des attaques surpuissantes, si tant est que votre barre de Heat ait atteint un niveau suffisant. Des armes seront à votre disposition pour remodeler la face de vos assaillants selon vos préférences. Outre celles trouvables sur le champ de bataille (vélos, panneaux de signalisation, poissons...), d'autres plus conventionnelles patienteront dans un magasin réservé à cet effet. Mais pour avoir le droit de manier un Nunchaku par exemple, il vous faudra disposer d'un Certificat approprié, lequel ne se récupérera qu'en battant un Maître d'Armes. Et histoire de vous faciliter la vie, des raccourcis sur le pad directionnel vous épargneront la peine de mettre le jeu en pause en plein affrontement afin d'utiliser un objet de guérison, exemple parmi d'autres.

Si vous estimiez manquer de choix au niveau des manières d'esquinter vos ennemis, Yakuza 3 instaure une farfelue mais finalement assez plaisante nouveauté. A partir d'un certain moment dans le jeu, vous pourrez scruter les paysages et la population qui vous entoure à la recherche du "cliché parfait". Généralement, un individu du nom de Mack vous indiquera les lieux où vous pourrez prendre une photo de ces évènements spéciaux (faisant intervenir des QTE) à l'aide de votre portable. Puis, en un temps limité, il vous faudra choisir une phrase résumant au mieux la scène à laquelle vous viendrez d'assister. En faisant le bon choix, vous assimilerez un mouvement supplémentaire utilisable pendant les phases de baston.



Le temps, ce n'est pas que de l'argent

A part ça, le schéma de ce Yakuza-là reste classique. On vous laisse vous balader dans de très beaux décors, vous battre contre de petites frappes ou des malfrats un peu plus coriaces, tout en avançant dans une histoire dont les bases ont été installées il y a maintenant plusieurs années. Le scénario se savourera avec autant de délice que celui des précédents opus. En fonçant sans faire attention aux à-côtés du jeu, ce dernier ne vous résistera qu'une quinzaine d'heures. Dans le cas contraire, vous pourriez être surpris de passer un temps conséquent sur les minis-jeux de Yakuza 3, qui s'avèrent dans l'ensemble très réussis.

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Le bowling est sympathique, même si on aura vite fait de trouver la marche à suivre pour faire un Strike à quasiment tous les coups. Quant au golf, il est vraiment bon, même si pas évident à maîtriser aux premières tentatives, ni même aux suivantes. Le jeu des fléchettes et le billard sauront également vous faire dépenser des centaines et des centaines de yens sans que vous ne vous en rendiez compte. Un bémol toutefois pour le karaoké : certaines indications ne sont parfois pas évidentes à lire lors de la lecture de la chanson (quand on vous demande soit de tapoter sur une touche ou bien d'imprimer une pression plus ou moins longue dessus). De plus, en étant absorbé par ces manipulations à entrer, il est très difficile de profiter en même temps des prestations de notre Kiryu au micro (voire des donzelles qui l'accompagnent) et même de la traduction, toujours en anglais, des paroles.

Je parlais plus haut d'un déroulement semblable aux volets PS2, malheureusement, il réside dans Yakuza 3 un aspect vieillot qui rebute pas mal de prime abord mais auquel on finit par s'habituer (douloureusement), il s'agit des transitions scènes parlées/scènes textuelles. Quand vous passez en fait d'une cinématique doublée à une phase où les personnages n'émettent pas ou peu de sons et où vous rythmez vous-même la discussion. C'est un peu plus supportable lors des conversations téléphoniques où, grâce à une pression sur le stick analogique droit, les dialogues passent tout seuls et n'attendent pas que l'on s'en charge manuellement. Mais bizarrement, impossible de faire de même pour les autres dialogues muets du jeu. La série a encore besoin d'évoluer sur ce plan-là.



Conclusion

yakuza-3-jaquette-euroYakuza en haute définition, ça donne quoi ? Et bien un troisième opus qui respecte ses aînés, et peut-être même un peu trop. Les habitués reprendront vite leurs marques, mais finiront peut-être par se demander si de marquantes innovations ne les auraient pas dérangés. La première partie du jeu, surprenante (niaise ?) mais non dénuée d'intérêt, pourra, il est vrai, les déstabiliser. Il n'en reste pas moins que derrière une parure graphique de toute beauté, Yakuza 3 renferme un solide gameplay ne représentant certes qu'un affinage des précédents, mais qui fera largement l'affaire en attendant l'épisode suivant, si celui-ci nous parvient sans passer sur la table d'opération.

Certains choisiront de simplement boycotter ce Yakuza 3 pour protester contre le fait que Sega ait agi à sa guise avec le contenu du jeu, attitude adoptée afin de ne pas retarder encore plus sa sortie sur le marché occidental. Nous l'avons déjà dit sur GNT, nous désapprouvons cette façon de faire. Cela étant dit, le plaisir général reste élevé et Yakuza 3 ne mérite pas que l'on se désintéresse de lui à cause du traitement qu'on lui a fait subir. Il sera toujours possible de réclamer des DLC contenant les éléments manquants de notre mouture, non ?



+ Les plus
  • Yakuza 3 enfin en Europe !
  • 4 DLC + un CD audio offerts avec le jeu
  • Graphiquement encore au niveau
  • Une première partie de jeu reposante
  • Des combats plus pêchus
  • Des minis-jeux qui donnent envie de s'y attarder
- Les moins
  • Des sous-titres restés en anglais
  • Suppression des bars à hôtesses, de certaines missions et autres activités par rapport à la version japonaise
  • Chargements parfois lourds
  • La HD, et puis ?

Notes

  • Graphisme Le bond technologique est évident, et pénétrer dans les quartiers de Tokyo pour la troisième fois sera un réel plaisir, davantage affirmé par le photoréalisme de la plupart des lieux traversés. Les visages sont saisissants de vérité, seuls les enchaînements d'animations demeurent encore très critiquables.
    8/10
  • Bande son A l'instar de Yakuza second du nom, ce volet nous emporte plus facilement dans son univers grâce aux voix japonaises conservées. Tant mieux car cela nous permet d'apprécier des mouvements de lèvres collant souvent aux paroles. Les musiques à tendance rock, jazz et électro restent toujours aussi efficaces.
    7/10
  • Jouabilité Moins raide que sur PS2 (c'est notable durant les affrontements), Kiryu ne sera cependant pas encore suffisamment souple pour les joueurs capricieux. On rencontrera en tout cas beaucoup moins le vide pendant les combats, ce qui faisait défaut aux précédents épisodes.
    7/10
  • Durée de vie Les premiers chapitres se dévorent assez vite, mais en décidant d'accorder du temps aux activités annexes telles que le bowling, le billard, le golf ou encore le karaoké, sans compter les missions secondaires (en moins grand nombre que prévu), vous devriez apprécier la durée du voyage.
    7/10
  • Scénario Yakuza 3 étonne par son départ assez intimiste, mais le scénario vous impliquera petit à petit dans une histoire de plus en plus chargée en évènements marquants. Certains passages savamment mis en scène pourront vous émouvoir, surtout au début du jeu. Munissez-vous quand même d'un dictionnaire français/anglais au cas où votre instruction scolaire montrerait ses limites.
    7/10
  • Note générale Bien qu'amputé d'une partie de son contenu que l'on aurait bien évidemment voulu voir présent, Yakuza 3 reste grand. Autour d'un Kazuma Kiryu qui ne se démontera jamais face à l'adversité, graviteront tout un tas de personnages aux motivations diverses, parfois drôles, touchants, exaspérants ou inquiétants. Grâce à tout ce beau monde, rappelons-le royalement bien rendu, le ressenti de l'aventure n'en sera que plus fort. Bien sûr, la recette n'a pas changé depuis l'ère des 128 bits, et certains pourront volontiers casser du sucre sur le dos de Yakuza 3 pour cela. Les autres s'amuseront, tout en pestant d'avoir eu droit à un Yakuza 3 "Slim". Comme quoi, la PS3 n'avait pas l'exclusivité de la maigreur.
    7/10
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