Enfin une réponse de Creality à Bambulab !
Creality 3D s'est imposé il y a quelques années comme le leader de l'impression 3D grand public. Le lancement de la CR10, puis de la Ender 3 ont permis de démocratiser la fabrication additive FDM chez les particuliers de par des produits sérieux, performants, offrant une bonne surface de travail, polyvalente et à prix très agressifs.
Mais depuis quelques années, le marché a beaucoup évolué, les références se sont multipliées et surtout, un nouvel acteur s'est emparé d'une grosse partie des utilisateurs : Bambulab. Avec ses X1 et A1, le fabricant séduit les utilisateurs avec un atout principal : un module multicouleur.
Creality aura donc pris son temps, mais c'est fait : la marque dispose à son tour de son propre module 4 couleurs, et en profite pour reprendre un avantage sur le marché avec la K2 Plus qui propose un ensemble d'avancées technologiques et un double argument sur Bambulab : un grand volume d'impression pour un prix plus agressif de 1499 € avec le CFS intégré (mode Combo).
Grand format, grosses technologies
À l'heure du déballage de cette K2 Plus qui nous a été envoyée par la marque en formule "Combo", c'est-à-dire la machine + le CFS directement stocké dans l'enceinte, on repère une solide montée en gamme chez la marque.
Nous avions déjà noté les efforts réalisés par Creality dans la finition de ses machines, la montée en qualité des éléments à la fois métalliques et plastiques ainsi que des accessoires fournis avec la gamme Ender 3V3. La situation se constate à nouveau avec la K2 Plus qui étonne par son poids et son aspect impeccable.
La machine est livrée en carton avec plusieurs étages de mousse. Le module CFS pour sa part est stocké dans la machine, solidement fixé par un jeu d'équerres elles-mêmes vissées dans la structure de la K2. Impossible ainsi que tout cela se balade lors du transport. Un excellent point.
On note que Creality a fait les choses de façon intelligente avec un carton disposant d'un fond amovible permettant de sortir aisément la machine. De par son poids, on préférera réaliser l'opération avec un peu d'aide, la machine pesant autour des 35 kg seule.
Au sein des étages de mousse de protection, on retrouve foule d'accessoires avec notamment un support de bobines, un câble d'alimentation, une buse "Nairobi" de rechange, un nuancier présentant toutes les couleurs du catalogue de filaments Creality, une boite intégrant diverses pièces de rechange (visserie, cutter, capteur optique, graisse thermique...) ainsi qu'une petite trousse à outils et une notice complète en couleur.
Cette trousse à outils intègre une clé USB, un jeu de clés Allen, un tournevis avec divers embouts, un outil de débouchage de buse, une spatule, un tube de colle ainsi qu'une pince coupante, le tout parfaitement rangé dans des emplacements en mousse rigide, du grand luxe !
L'installation de la machine ne pose pas de réel problème : il convient de démonter quelques vis installées pour sécuriser la machine pendant le voyage. L'écran est à connecter, le support de bobine à visser sur la droite, puis vient le temps d'installer le module CFS.
Côté finitions, la machine en impose par sa taille et son châssis en aluminium massif. Il s'agit tout simplement de l'un des châssis les plus rigides du marché puisque les cadres inférieurs et supérieurs sont en aluminium moulé d'une seule pièce.
En façade, on retrouve une porte en verre trempé équipée d'un film légèrement fumé à l'intérieur. Autre point intéressant au niveau de la porte : les charnières sont surdimensionnées et permettent une ouverture à 145 degrés pour une manipulation plus aisée. Et contrairement à la gamme K1 la fermeture des portes est parfaitement étanche.
En façade, Creality a fait le choix de positionner l'écran sur la partie supérieure, très certainement du fait qu'une partie des utilisateurs aura intérêt à poser la machine à terre de par ses dimensions. L'écran est d'ailleurs orientable de haut en bas pour faciliter la lecture.
Sur le côté droit de la machine, on retrouve un port USB protégé par un embout en silicone, et des emplacements de vis pour installer le support de bobine si l'on ne souhaite pas passer par le module CFS. Support de bobine qui présente un embout conique avec un tube PTFE pour accompagner le filament jusqu'à la machine. C'est également sur ce côté au niveau du dévidoir que l'on trouve la zone NFC qui permet d'interagir avec d'éventuelles puces RFID intégrées aux bobines proposées par Creality permettant d'identifier automatiquement le type, la couleur et les réglages de filament.
Enfin à l'arrière, on retrouve, en marge du bouton et de la prise d'alimentation les divers connecteurs liés au CFS (la machine peut en alimenter un directement, ce qui évite de multiplier les blocs d'alimentation), un port Ethernet, ainsi que la trappe par laquelle les "crottes" de purge s'échapperont.
À ce niveau, Creality n'a prévu aucun point de fixation permettant d'installer un bac... Qui plus est, l'évacuation se situe pile au-dessus des aérations relatives aux trois ventilateurs d'extraction et de filtration de l'enceinte de l'imprimante. Il faudra donc se fabriquer un bac adapté, bien positionné et qui n'encombrera pas les sorties d'air. Dans notre cas, un bac plastique Ikea petit format bien calé aura fait l'affaire.
Creality voit enfin la vie en couleur !
Cette K2 Plus se démarque au sein du catalogue de la marque par la prise en charge du module CFS, premier module multicouleur proposé par Creality.
Il s'agit pour faire simple d'un boitier capable d'accueillir jusqu'à 4 bobines de filament d'1 kg plein format et qui se chargera de faire aller et venir le filament de chaque bobine pour permettre à la machine de s'alimenter.
Le module se veut relativement compact et sobre : il dispose d'un capot légèrement fumé avec deux verrous latéraux. En façade on visualise via un écran la température de l'enceinte du CFS ainsi que le taux d'humidité. On retrouve également un témoin lumineux en face de chaque bobine qui indique l'état : en attente, problème rencontré, en utilisation. En outre, un chiffre apparait également pour identifier le filament utilisé ou, si plusieurs CFS sont utilisés en même temps, le numéro du module pour faciliter l'identification lors de la préparation des modèles.
Au fond du module, on dispose de deux espaces permettant de stocker des sachets déshydrateurs. On regrette que Creality n'ait pas installé de cellule chauffante pour proposer une fonction de déshydratation active, mais les choses pourraient évoluer à l'avenir.
Les 4 emplacements pour bobine sont associés à un système d'entrée de filament motorisé avec détecteur optique : il suffit d'approcher le filament pour que celui-ci soit automatiquement détecté et happé par le module, qui réalise alors une procédure d'alimentation et de retrait. L'alimentation est facilitée par la motorisation d'un des points de contact avec les bords de la bobine (à l'avant), ce qui permet à la bobine de parfaitement se dérouler pour l'alimentation, mais également de mieux réenrouler le filament lors du retour du filament dans le CFS au changement de couleur. Ce système évite ainsi les noeuds et garantit un bon fonctionnement de l'ensemble.
Le CFS est associé à un module de distribution qui alimente la machine, on y trouve 4 entrées pour autant de CFS potentiel. On pourra donc, à condition d'acquérir d'autres modules CFS, imprimer des modèles avec un maximum de 16 couleurs.
On note enfin que le CFS dispose également de lecteurs NFC pour identifier automatiquement les bobines insérées. Actuellement, les modèles de Creality sont supportés et aucun standard n'a été adopté d'une voix commune par tous les fabricants, la reconnaissance pourrait ainsi se limiter aux seules bobines proposées par Creality.
Plus grande, plus silencieuse, plus rapide, plus... tout !
Avec la K2 Plus, Creality est bien parti pour marquer les esprits, à commencer par le volume d'impression.
La machine propose ainsi un volume d'impression de 350 x 350 x 350 mm, ce qui en fait l'une des machines multicouleur grand public les plus imposantes du marché pour un prix très agressif de 1499 € avec module CFS.
Rien qu'avec cet argument, Creality devrait faire mouche puisque la Bambulab X1C Combo est proposée à 1600 € pour un volume de seulement 256 x 256 x 256 mm.
Avec ce volume d'impression, Creality souhaitait se démarquer de sa K1 Max que nous avons testée (300 x 300 x 300 mm). Une rapide comparaison des tapis d'impression permet de mieux se rendre compte de l'espace ainsi gagné.
Alors certes, tout le monde n'a pas besoin d'un tel volume d'impression. La grande majorité des projets peuvent se contenter d'un volume situé dans les 250 x 250 x 250 mm... Néanmoins, il est toujours confortable de pouvoir en faire plus, surtout dans le cadre de l'impression multicouleur. Car nous allons le voir un peu plus tard dans le test, en multicouleur, il est souvent préférable d'imprimer plusieurs pièces identiques plutôt qu'une seule...
Pour ce qui est des vitesses d'impression, Creality annonce 600 mm/s en impression avec de l'hyperPLA grâce à des accélérations allant jusqu'à 30 000 mm/s². La nouvelle tête d'impression combine un extrudeur nouvelle génération avec un hotend céramique à 360° rallongé.
Côté hotend, il s'agit de la tête lancée avec la gamme K1, mais à la hauteur doublée, ce qui permet d'augmenter le débit volumique jusqu'à 40 mm³/s. Cela implique également un changement notable au niveau des buses qui passent des versions Unicorn aux modèles Nairobi, rallongées de quelques centimètres. La zone de chauffe étant plus importante, la machine peut proposer plus de débit et donc monter plus sereinement dans les hautes vitesses. Les buses quant à elles sont toujours constituées de trois métaux différents pour une meilleure conductivité thermique d'une part et une meilleure dissipation de l'autre part afin d'assurer une rupture thermique efficace. Ce type de buse est également plus simple à remplacer à une seule main, sans démontage du reste de la tête.
Pour ce qui est des vitesses atteintes par la machine, elles sont dues à la cinématique Core XY choisie pour animer l'imprimante. Creality a également fait le choix d'intégrer une nouvelle génération de moteurs Step / servos. Pour mieux gérer les déplacements sur l'axe Z, Creality utilise désormais deux axes Z indépendants avec chacun son moteur et une fonctionnalité d'autoéquilibrage. Notons que tous les moteurs sont également en boucle fermée pour éviter tout parasite ou retour de courant dans les drivers.
La partie extrudeur a été largement repensée avec un servomoteur. Il dispose d'une cellule photosensible pour détecter l'entrée du filament, ainsi que d'un système de coupe qui viendra tout simplement sectionner le filament pour faciliter l'utilisation du multicouleur. L'extrudeur est également doté d'un module qui permettra de détecter les bourrages ou les noeuds : si le filament ne progresse plus, l'imprimante mettra automatiquement le processus en pause pour inviter l'utilisateur à se pencher sur le problème.
Lorsque le filament est en utilisation et qu'il est retiré de la hotend, il a ainsi tendance à gonfler légèrement et peut se bloquer dans l'extrudeur à la sortie comme à l'entrée. L'idée du cutter est de couper le bout de filament légèrement gonflé puis de pousser le filament suivant pour purger le morceau précédent. On peut ainsi plus librement faire aller et venir les différents filaments de façon automatique.
Cette technologie implique également une modification de l'extrudeur au niveau du serrage de ce dernier : exit le verrou, il faut que les engrenages d'entrainement puissent être à même d'accepter un nouveau filament tout en ayant assez d'emprise pour l'entrainer. On dispose toutefois d'un levier de type ressort pour faciliter les entrées et sorties manuelles au besoin, mais plus de réel verrou.
Pour en finir avec la tête d'impression, elle embarque également un système de ventilation performant à l'arrière, ainsi qu'un capot magnétique à l'avant qui facilite énormément les interventions en cas de besoin : plus besoin de perdre du temps au démontage. Elle est également équipée d'une carte fille qui intègre un accéléromètre pour la fonction de compensation de résonnance.
Indirectement, la tête est également associée à deux éléments fixes dans l'enceinte : un ergot sur le côté gauche qui sert à enfoncer le cutter (une lame fixée dans une glissière avec des aimants ce qui se veut plus durable et fiable qu'un système à ressort), et un élément au fond de la machine qui permet d'essuyer la buse sur des pads en silicone tout en recueillant les crottes de purge. Ce nettoyage, hérité du "scrub mod" des Voron, permet de s'assurer que la buse est toujours propre au moment de changer de couleur, mais aussi et surtout avant de procéder à la mise à niveau automatique du plateau puisque cela se fait via un jeu de capteurs avec une mise en contact direct de la buse sur le plateau, évitant le calcul d'offset.
Le lit d'impression pour sa part est installé sur 4 axes à roulements et deux tiges trapézoïdales, chacun disposant de son propre moteur. Il est livré avec une plaque d'impression métallique avec revêtement PEI texturé et peut atteindre 120 °C en quelques minutes seulement. Malgré sa taille imposante, la K2 Plus n'est pas non plus énormément plus grande que son plateau d'impression : ce dernier mesure 370 x 370 mm tandis que la machine mesure 490 x 510 x 640 mm. Creality a donc réussi à minimiser l'empreinte de l'imprimante et pour autant les manipulations dans l'enceinte restent agréables.
Toujours en interne, on apprécie les efforts réalisés sur le câblage avec le passage en chaine industrielle, ou encore le système de filtration à charbon actif avec 3 ventilateurs.
Au niveau des points non visibles, un dispose d'une option permettant de faire chauffer l'enceinte pour les filaments qui le demandent ou si la machine venait à être utilisée dans une pièce trop froide. Une caméra est également de la partie pour surveiller ses impressions, elle est associée à une intelligence artificielle qui détectera les éventuels problèmes : plateau encombré avant lancement d'impression, impression ratée...
La machine dispose également d'un système de tension automatique des courroies grâce à des moteurs de tension et des capteurs de tension dédiés.
On retrouve également un très puissant et performant système d'assistance au refroidissement des pièces imprimées via deux ventilateurs radiaux situés à gauche et à droite du plateau avec des tuyères venant souffler au niveau de la buse. Au total, la machine embarque 6 ventilateurs dédiés au refroidissement et/ou à l'extraction et la gestion de la température interne de l'enceinte.
Au-delà des attentes
Après une mise en place qui nécessite de procéder à une auto calibration de la machine pendant quelques minutes, l'utilisateur dispose d'une machine prête à l'emploi.
On peut ainsi lancer des impressions stockées directement dans la mémoire de la machine depuis l'écran et/ou sur la clé USB livrée.
Comme sur la gamme K1, l'écran tactile se veut particulièrement réactif et le menu complet, sans être surchargé.
On retrouve la possibilité de réaliser les calibrations automatisées : leveling, mesh, PID, input shaping, réglage du cutter, tension des courroies...
La sélection des modèles à imprimer se fait facilement en sélectionnant son fichier stocké sur la machine ou sur le lecteur USB. Les modèles proposent des vignettes et affichent une prévisualisation en couleur.
Le menu CFS permet de modifier l'affichage des couleurs ainsi que le type de filament. Si un filament n'est pas reconnu via NFC, on peut ainsi manuellement lui attribuer des propriétés selon la base de données des filaments Creality ou entièrement personnalisées.
Un graphique permet de suivre les températures et on visualise directement les couleurs installées dans le module CFS sur l'écran d'accueil.
Il est possible d'activer ou non les modules liés à l'IA et à la caméra : erreurs d'impression, blocages... Mais également de réaliser des tests spécifiques, notamment concernant l'éventuel blocage des purges, le réglage du débit d'impression...
Outre la connexion de l'imprimante en WiFi ou en Ethernet, il est également possible de la lier à un compte Creality Cloud pour gérer ses impressions directement depuis le portail en ligne de Creality. Le site regorge ainsi de modèles, mais aussi et surtout de Gcodes, des fichiers déjà optimisés pour les machines de la marque : en somme, il n'y a plus qu'à presser un bouton pour lancer son impression.
Un premier test lancé sur un benchy boat nous met dans l'ambiance : la machine est très rapide, 14 minutes seulement pour un modèle qui sort à la perfection, même avec du filament qui n'est pas estampillé "Hyper" et donc spécialisé pour les hautes vitesses.
Le second test du Benchy en plusieurs couleurs permet de confirmer la qualité d'impression, mais surtout le bon fonctionnement du changement de filament, sans se vouloir non plus trop long. Résultat : 26 minutes pour un benchy boat qui superpose 4 couleurs. On commence ainsi à entrevoir le potentiel de la machine, mais surtout on confirme que le CFS est capable de changer de filament sans blocage...
Car tout le sel de la K2 Plus CFS est ailleurs : proposer des impressions couleur oui, mais avec plusieurs couleurs sur une même couche. Et là, les choses se corsent...
Car qui dit impression multicouleur dit également temps d'impression qui explose littéralement, risques d'échec, de bavures, mais également perte énorme de filament au passage.
Comment ça marche ?
Pour faire simple, l'impression 3D est une superposition de multiples couches de filament fondu. Chaque couche mesure, en moyenne, 0,2 mm de hauteur.
Lorsque l'on souhaite imprimer en couleur, il faut se dire que chaque couche proposera 1 à 4 couleurs (ou plus selon le nombre de CFS dont vous disposez), or cela implique autant de changements de couleur...
Le changement de couleur se déroule ainsi : la tête commence avec la couleur 1 puis se met en pause, elle réalise une première purge pour limiter l'effet de gonflement du bout du filament, coupe le bout, puis rétracte le filament dans la bobine 1. Ensuite le CFS pousse le filament jusqu'à l'extrudeur et réalise une nouvelle purge pour en finir avec l'ancienne couleur et alimente ainsi la couleur 2, la purge réalisée tombe alors dans la trappe à l'extérieur de la machine. Au passage, elle réalise une couche sur une "Tour de purge" qui permet d'éviter les bavures.
Ce manège est multiplié par le nombre de couleurs sur une même couche, sachant que même si plusieurs couches d'affilée ne proposent pas de changement, il convient d'aller alimenter la tour de purge afin qu'elle reste à la même hauteur que la pièce que l'on imprime.
Le changement de couleur représente plusieurs secondes pour purger, rétracter, alimenter le filament... Il représente également de la perte de matière pour la purge en elle-même et la tour... La procédure de changement est autant de temps perdu tout comme l'impression de la tour.
C'est ainsi qu'une impression simple couleur peut passer de 2 heures à plus de 40 heures en 4 couleurs, la majorité du temps étant dédiée aux procédures de changement de couleur et non à l'impression elle-même. C'est un facteur à prendre en compte lors de la réalisation de ce type d'impression.
Côté rentabilité, on prend également un sérieux coup puisque très rapidement, on obtient des pièces qui nécessitent énormément de matière perdue.
Nous avons pris pour exemple un Pokémon de 14 cm de hauteur. Un "Elektec" qui a pour avantage de ne nécessiter que 3 couleurs différentes et donc moins de temps et de purge qu'un autre pokémon de 4 couleurs ou plus.
Et bien cet Elektek aura nécessité 22 heures d'impression en 3 couleurs, contre 3 heures en une seule couleur. En marge, il aura également entrainé la production de 436 grammes de pertes uniquement liées à la purge (hors supports), alors que le poids de l'Elektec imprimé n'est que de 88 grammes. Un facteur 5 qui a de quoi rebuter, mais qui peut être légèrement atténué.
La solution, nous l'évoquions plus haut : la production en série, et c'est là que le plateau de 350 x 350 de la K2 Plus prend son sens. Car malgré ses défauts la purge a un avantage : elle est fixe. Que l'on imprime 1 ou 10 Elektecs pour reprendre notre exemple, elle restera fixe à 448 grammes. On peut ainsi rationaliser la purge en produisant plusieurs pièces identiques, mais encore faut-il qu'il y ait un intérêt à le faire.
On peut également atténuer la purge en travaillant sur le volume de transition d'une couleur à l'autre en limitant par exemple la purge entre deux couleurs claires, et en forçant entre une couleur sombre et une claire. Tout ceci nécessite un affinage au cas par cas, et il y a énormément de marge de manoeuvre pour quiconque cherche à optimiser son rendement.
Côté qualité, il n'y a rien à redire : la calibration automatique du lit d'impression garantit une première couche parfaite. Le calcul automatique du débit nous donne des emboitements parfaits sur les pires Tortures Test réalisés, avec des pointes propres, des pontages parfaits grâce à une ventilation plus qu'efficace (voire surdimensionnée).
Avec le PLA, il est recommandé soit d'ouvrir la porte, soit de supprimer le capot supérieur (et donc éventuellement de déplacer le module CFS).
L'impression d'ABS est parfaite et ne pose aucun problème, la filtration garantissant l'absence d'odeur, mais pas la filtration des éléments chimiques. Attention il ne s'agit que d'une filtration au charbon actif et non une filtration HEPA, gare donc aux microparticules et substances irritantes de certains filaments techniques (ASA, ABS, PC...).
Le réglage automatique de pression de l'extrudeur fonctionne à merveille : le TPU n'affiche aucun bourrage et l'impression est nette et sans sursauts.
La présence de la caméra pour réaliser des timelapses ou surveiller ses impressions à distance est un plus, dommage toutefois que la machine ne soit pas un peu plus ouverte pour permettre l'installation de Fluid ou Mainsail pour le moment, et donc pas non plus d'octoEverywhere ou autre module permettant une prise de contrôle distante via un service tiers. Par contre la fonctionnalité est bien présente via le Creality Cloud.
Au fil des tests, deux éléments nous ont particulièrement marqués : la vitesse de déplacement de la tête qui est incroyable, mais surtout l'insonorisation des moteurs et de l'enceinte de la machine. Il s'agit sans doute de la plus silencieuse des Creality que nous ayons testées avec des relevés à 48 dB, tout à fait acceptables.
Les tests menés sur le chauffage de l'enceinte ont permis d'atteindre 60 °C, ce qui est particulièrement intéressant au regard du volume à chauffer et du temps nécessaire pour y arriver : 6 minutes avec un delta de 38 degrés.
La partie logicielle pour sa part a également bien évolué : pour se mettre à l'heure du multicouleur, Creality a de nouveau procédé à une révolution de son slicer qui présente un mix de Bambustudio, Orca et Prusa Slicer.
Si la traduction en français est encore bancale, on retrouve toutes les options relatives à un slicer moderne, y compris le très performant "Scarf Joint" pour réaliser des coutures en quinconce invisibles au changement de couche.
L'intégration du CFS dans Creality Print est bien présente avec une large bibliothèque de filaments. Et comme avec la précédente version du logiciel, il est possible d'envoyer directement l'impression et même d'accéder à l'interface de la machine. C'est d'ailleurs l'unique façon d'y accéder (y compris sous Orca), puisque l'accès depuis un navigateur renvoie systématiquement une erreur 404, dommage.
Dommage également que malgré un accès Root, il ne soit pas possible d'installer divers modules. Si l'accès SSH est de mise, l'installation de Moonraker reste impossible, tout comme Fluidd... Cela implique de tirer une croix sur des outils pourtant bien pratiques comme KAMP pour automatiser le mesh uniquement sur la zone effective de travail avec une purge limitée, l'intégration de macros personnalisées, d'outils tiers, ou même d'accéder plus librement à ses fichiers ou à la console de Klipper.
Si au lancement de la machine, les profils sur les slicers tiers, notamment Cura, posaient quelques problèmes dans la gestion de la purge liée au CFS, tout est rapidement rentré dans l'ordre et la K2 Plus se montre désormais à l'aise avec la grande majorité des logiciels du marché.
Bilan
Dire que la K2 Plus est une excellente machine est un euphémisme : l'imprimante nous a étonnés de par la qualité de ses finitions et les prestations qu'elle propose.
Son grand volume d'impression en impose et fait clairement la différence sur un marché parfois trop orienté vers les petits formats. Des petits formats qui représentent un intérêt double pour les fabricants : meilleure rentabilité, mais aussi moins de travail d'optimisation puisque plus la surface de travail est petite, plus il est facile de fiabiliser la machine et d'assurer un bon résultat.
Creality prouve ainsi son savoir-faire avec une imprimante grand format qui reste silencieuse, mais qui se veut très rapide et technologiquement avancée. Certains pourront regretter la perte du Lidar introduit avec la K1 Max, mais disons-le clairement, ce type de module fait davantage figure de gadget qu'autre chose et était finalement très peu utilisé.
Même si la machine nous a séduits sur de nombreux points, elle présente malgré tout quelques points à améliorer.
En premier lieu et nous n'arrêtons pas de le dire : il est toujours dommage de voir la machine bridée par des verrous logiciels. Même si le root est possible, l'installation d'une interface Klipper comme Fluid ou Mainsail reste impossible, ce qui limite la personnalisation et les réglages avancés de la machine. [Edit : Entre temps, Creality a mis à jour sa machine et installé les interfaces Fluidd et Mainsail sur les ports habituels. La marque indique également qu'un équivalent maison de KAMP sera proposé au fil d'une prochaine mise à jour logicielle.]
Autre point situé au niveau du CFS : un système de chauffe aurait été apprécié pour aider à la déshydratation des filaments. Autre point, l'entrainement des bobines situé uniquement à l'avant entraine parfois quelques problèmes avec les bobines en carton dont les bords seraient abimés.
C'est une situation d'autant plus critique que depuis quelques années, et dans l'optique de limiter les déchets liés au plastique, la majorité des fabricants de filaments sont passés des bobines en plastique aux bobines en carton. Or, les tranches de ces bobines sont plus sujettes aux déformations pendant le transport et offrent de fait un déroulement bien moins fluide dans les modules multicouleur, peu importe les marques... Au point qu'il faille parfois imprimer des cerclages en PLA pour renforcer les bordures de ces bobines pour les rendre compatibles avec ces boitiers multicouleurs.
Enfin, les buses de la K2 Plus sont d'un format différent de la gamme K1 Unicorn, elles se veulent plus longues. Ce n'est pas un problème en soi d'autant que le système se veut globalement performant. Attention toutefois à ne pas avoir de problème avec un filament de mauvaise qualité qui a tendance à gonfler, au risque de rendre la buse inutilisable... Situation à prendre en compte quand on constate que le prix des buses de ce type reste encore élevé (de l'ordre de 12 € l'unité).
Reste que ces bémols ne sauraient entacher l'excellente qualité globale de la machine proposée par Creality qui, à un tarif de 1499 € avec CFS a de quoi littéralement enterrer la concurrence. Creality tient, avec la K2 Plus, l'occasion de reprendre son statut de leader de l'impression 3D grand public !
Vous trouverez sur le site officiel de la marque l'imprimante 3D Creality K2 Plus Combo CFS à 1499 €.
+ Les plus
- Le volume d'impression énorme !
- Le silence en fonctionnement
- La gestion des couleurs
- La vitesse d'impression
- Les moins
- La gestion des bobines dans le CFS
- Pas encore totallement ouverte aux modifications logicielles