Présentation d'une machine hors normes

Creality est une marque motrice de l'impression 3D grand public depuis quelques années, notamment depuis la sortie de la CR-10 que nous avions testée, premier modèle véritablement exploitable de la marque affichant la combinaison gagnante grand volume d'impression + prix abordable permettant de véritablement démocratiser le domaine.

A gauche, la CR-10 Max, à droite, la CR-10S Pro

Depuis, la marque a déployé plusieurs modèles dont la très populaire Ender 3 suivie par la CR-10S Pro (V1 et 2) , la CR-10 V2, mais également la CR-10 Max, une version plus imposante de la CR-10S Pro, mais pas que.



Caractéristiques

La CR-10 Max propose tout ce que l'on apprécie sur les machines actuelles venant de Chine : une base solide avec des composants et fonctionnalités modernes.

Elle reprend ainsi l'idée lancée avec la CR-10S Pro de proposer une imprimante FDM cartésienne sans boîtier annexe : toute la partie électronique se loge dans son boîtier situé au-dessous.

Pour les caractéristiques de base, on retrouve :

  • Un volume d'impression de 450x450x450 mm
  • Un lit chauffant sur châssis renforcé disposant de sa propre alimentation 750 W meanwell
  • Une plateforme d'impression sur deux courroies
  • Deux moteurs pour l'axe Z
  • Une tête d'impression spécifique à refroidissement optimisé capable d'atteindre les 280 degrés
  • Une buse de 0.4 mm de diamètre (attention, pas de vis spécifique)
  • Une configuration bowden
  • Extrudeur double entraînement en aluminium
  • Connecteur nappe
  • Port USB et Micro SD
  • Ecran tactile
  • Structure renforcée avec barres de maintien
  • Tube PTFE Capricorn haute température et haute lubrification
  • Auto leveling via BLTouch Antclabs original
  • Carte mère équipée de drivers silencieux (TMC 2208)
  • Détecteur de fin de filament
  • Reprise d'impression après coupure d'électricité
  • Tapis d'impression.
  • Carte micro SD avec fichiers et notices + lecteur USB


La CR-10 Max est disponible au prix public de 999 $ sur le site officiel de Creality. Vous pourrez la commander chez Cdiscount à 849 € actuellement, mais aussi chez Amazon ou Gearbest d'ou provient d'ailleurs l'imprimante utilisée pour ce test.

La CR-10 Max est donc bien équipée et elle partage une base commune avec sa petite soeur, la CR-10S Pro.

Pour parfaire le tout, Creality livre, comme d'habitude, sa machine avec un ensemble d'accessoires :

  • Jeu de clés Allen et plates diverses pour le montage
  • Buses et pneufits de rechange (dont une buse de 0.8 mm)
  • Pince coupante
  • Cale de réglage
  • Aiguille pour déboucher la buse
  • Spatule
  • Visserie supplémentaire.

      


Contrairement à la CR-10S Pro toutefois, le montage est plus complexe et laborieux : de par sa taille, la Max impose plus de manipulations. Il faudra ainsi assembler le boîtier au châssis, puis la potence et enfin les barres de renfort. Comme toujours la notice est claire et ne laisse pas place au doute. Les sachets sont d'ailleurs identifiés pour faciliter l'assemblage.

Une fois assemblée, la CR-10 Max en impose : elle se veut à la fois massive et robuste. Les barres de renfort lui offrent une rigidité à toute épreuve.
Cela se constate également sur divers points de la machine qui se présentent comme des originalités pour la marque.

Ainsi, on note que le moteur de l'axe Y (plateau) est surdimensionné. Il s'agit d'un nouveau moteur au sein de la gamme d'imprimantes Creality, partagé avec la Ender 5 Plus puisque proposant un axe traversant. Cela permet de proposer un guidage du plateau sur 2 courroies plutôt qu'une et ainsi de mieux répartir la charge de imposée au moteur. Le déplacement du plateau est ainsi équilibré et bien plus fluide.

Le plateau justement, profite d'améliorations notables. On se souvient des CR-10S4 et S5 largement critiquées pour leurs plateaux 12v impossibles à chauffer et à la planéité imparfaite les rendant difficiles à régler. Ici, Creality a bien entendu les critiques et répond avec plusieurs solutions.

D'une part, le plateau aluminium en lui-même est désormais vissé sur un cadre métallique en profilé 10x10 qui permet d'assurer une rigidité supérieure et évite ainsi de se retrouver avec un plateau voilé. Mais les efforts se constatent également au niveau du cheminement de la résistance permettant la chauffe : elle court quasiment jusqu'aux bords du plateau de 47x47 cm. Rappelons que sur S4 et S5, la surface de chauffe était identique que sur la CR-10 en 30x30 cm, ce qui amenait à une chauffe chaotique du plateau.



La question des vibrations induites par la prise de hauteur lors de l'impression a été réglée avec la mise en place de renforts. La triangulation du châssis permet ainsi de rediriger les vibrations vers le bas tout en limitant les contraintes. Sur les imprimantes sans renfort, il n'est pas rare de voir la qualité des impressions, notamment des pièces fines, se détériorer à partir de 20 cm de hauteur : cela est dû aux vibrations de la structure. Ici, tout est fait pour assurer les impressions les plus imposantes, et sur le long terme.

Comme pour la CR-10S Pro, on retrouve la carte mère 2.4 qui propose des drivers TMC2208 au niveau des moteurs et l'activation du mode StealthChop qui permet un fonctionnement dans un silence religieux. Malheureusement, comme pour sa petite soeur, la Max est handicapée par le choix de ventilateurs relativement bruyants. Pire encore, les ventilateurs de l'alimentation dédiée au lit chauffant sont particulièrement horribles et fonctionnent par intermittence.

Pour ce qui est des éléments communs avec la Pro, ils sont tous du même niveau. On regrette que Creality ne fournisse pas de Capricorn de rechange comme sur la Pro, et que la marque ait conservé ses pneufits à couronnes blanches, particulièrement médiocres et à changer impérativement.

L'heure du (grand) test

Nous démarrons donc nos tests avec une machine "stock" (d'origine) qui ne va pas le rester très longtemps...

Premier problème : le firmware livré sur la machine est pour le moins médiocre. D'une part, il ne conserve pas les valeurs enregistrées par la machine lors de l'autoleveling, mais en plus il impose une trame de leveling à chaque impression après avoir déréglé l'offset...


On se retrouve ainsi avec un home au centre du plateau, qui dépose du filament un peu partout, suivi d'une trame de prise de mesures de 16 points qui en fait autant, et une impression qui, de toute façon, démarre à 3 mm au-dessus du plateau...

Après plusieurs tests, il est de bon ton de procéder à un flash du firmware (carte mère + écran), cela implique le démontage du panneau sous la machine pour accéder au lecteur SD de l'écran, une procédure assez fastidieuse, mais qui en vaut la peine puisque suite à la bascule vers un firmware custom, nous récupérons une machine pleinement exploitable.

Nous lançons donc plusieurs impressions, dont les modèles de test fournis sur la carte SD et, sans surprise, la qualité d'impression est parfaite. Nous entreprenons rapidement de basculer vers des modèles perso et des réglages peaufinés sur notre CR-10S Pro, là encore avec succès.

Il est bon de constater la fiabilité de la machine : l'autoleveling proposé par le BL Touch original garantit une première couche parfaite et dispense de réglages réguliers. Cela fait presque 2 mois que j'ai réalisé le dernier réglage d'offset et d'autoleveling sur la machine et les impressions s'enchainent sans problème.

Le recours au PTFE Capricorn permet d'envisager une montée en température plus importante qu'avec un PTFE traditionnel, ouvrant la porte à l'impression d'ABS (si tant est que l'on dispose de conditions favorables en termes d'environnement) et autres filaments montant au-dessus de 250 degrés. La tête à refroidissement circulaire hérité de la V6 remplit parfaitement son travail et nous n'avons eu aucun bouchon pendant nos tests, ni même aucun par la suite.

Les manipulations à l'écran sont toujours limitées, mais efficaces. Pas la peine de chercher des réglages des points avancés de la machine (accélération, jerk, eSteps...), l'écran tactile se limite à l'essentiel, mais le fait bien. Le réglage de l'offset de la buse et du BLTouch se fait en quelques secondes. Notons que nous avons contrôlé la machine via un serveur Octoprint pour certaines impressions, et ce, avec succès.

Même sur de longues sessions d'impression, nous n'avons noté aucun défaut particulier lors de nos impressions. Nous avons subi un échec lors de notre tentative d'impression d'un soldat de 40 cm de haut. Cela n'était pas dû à la machine puisque dans un premier temps, j'avais simplement mal configuré les supports pour le bras gauche qui a fini par tomber de lui même... Puis 3 coupures d'électricité successives ont eu raison de l'impression, impossible à reprendre là où elle était restée.

Pour tester convenablement la machine, nous avons imprimé plusieurs filaments, notamment la nouvelle gamme de filaments Premium militaires (vert et khaki) de 3DOnline.be, du rose et jaune de chez Wahnao, du blanc de chez Letmeknow.fr, mais aussi du noir recyclé Arianeplast.
Aucun filament ne s'est montré véritablement complexe ou plus difficile qu'un autre à imprimer. Chaque couleur est ressortie comme attendu et avec une qualité exceptionnelle.

Quelques problèmes mais jamais sans solution

Reste que quelques soucis se pointent à l'horizon, comme c'était déjà le cas avec la Pro.

Toute d'abord, la conception de la machine veut que l'on stocke sa bobine sur un dérouleur situé sur le haut de l'imprimante. Le filament descend donc vers le détecteur de filament qui se positionne juste devant l'extrudeur. L'angle à 90° formé combiné au simple trou percé dans le détecteur de filament induit le ponçage du filament. On se retrouve rapidement avec du filament râpé en grande quantité devant le détecteur. Cela peut entraîner des blocages ou des poussières peuvent venir encrasser progressivement les roues dentées de l'extrudeur. Pour remétier au problème, il suffit de casser l'angle d'entrée : via des modules à imprimer disponibles sur Thingiverse, ou en version plus simple comme je l'avais déjà fait, à l'aide d'une mèche de 4mm et d'un bout de PTFE.

Autre problème : le tapis d'accroche fourni s'encrasse très vite. Les tapis de type buildtack sont particulièrement bons pour l'accroche, ils sont très permissifs lors du réglage du niveau... Mais en échange, il est parfois très difficile à détacher les pièces après impression. Par ailleurs, ces tapis n'apprécient pas les montées en températures trop hautes, ils cloquent ou s'abiment à force de coups de spatule... Au bout de 5 impressions, le tapis de notre Max s'est retrouvée avec du filament incrusté quasiment impossible à retirer.
Nous avons donc contacté Mamorubot pour obtenir une plaque d'impression en polypropylène sur mesure (suite à notre demande, la taille spécifique à la Max est dispo à l'achat). Cette plaque a l'avantage de proposer une bonne accroche à chaud et l'impression se décolle d'elle-même à froid. En outre elle est suffisamment résistante et durable pour se moquer des coups de spatule ou de buse. C'est l'une des améliorations que nous recommandons assez rapidement après l'achat de l'imprimante.

Autre point que l'on a évoqué plus haut : les pneufits. Ces raccords pneumatiques à couronne dentée sont une véritable purge. Les modèles privilégiés par Creality sont de très mauvaise qualité, leur couronne blanche est trop souple pour offrir un bon maintien. Cela implique qu'au cours de l'impression, le PTFE peut être amené à sortir du pneufit et le filament ne sera plus en contrainte vers la tête d'impression, avec à la clé, une impression ratée et du filament gâché.
Pour pallier à ce problème, la meilleure solution du marché se situe chez Hotends.fr. Le site français propose ainsi le MagnetMK10 spécialement pour la CR-10 et autres machines équipées de raccords MK10 au niveau tête et extrudeur. Il s'agit d'un système ne reposant plus sur des pneufits, mais sur des écrous : il est simplement impossible de les arracher. Coté tête, un système à aimant néodyme permet une manutention simplifiée et un démontage en quelques secondes, pour autant, il est impossible que le filament réussisse à désolidariser les deux éléments, seul un glissement latéral permet de démonter le tout.

Dans la liste des modifications à apporter à la machine qui se veut facultative : j'ai rapidement installé un système permettant de maintenir le faisceau électrique en hauteur. Avec plus de 60 cm de longueur, le faisceau a tendance à retomber sur le plateau lors de l'impression : il peut ainsi s'accrocher dans une pièce et les décoller ou bloquer le tout. J'ai modélisé un support pour porte-badge enrouleur, ce qui permet de maintenir et d'accompagner le faisceau pendant la montée ou la descente de l'axe.

Au niveau des petites déceptions, on note également que Creality ne s'est pas trop encombré à modifier profondément sa machine pour lui ajouter un BLTouch. Il faut savoir que tout le bloc tête d'impression vient se connecter à une carte fille située derrière le moteur d'extrudeur avant de repartir vers une nappe vers la carte mère.

Lors de ma présentation de la CR-10S Pro, j'avais émis la possibilité d'utiliser les pins inexploités de la carte fille en question pour retrouver le câblage au niveau de la nappe dans le boîtier en vue de les reporter sur les pins de la carte mère. Finalement ici, Creality  a fait beaucoup plus simple : un câble spécifique avec connecteur molex remonte le long de la nappe pour venir se connecter vers des câbles volants du BLTouch, on aurait franchement apprécié un peu plus d'effort à ce niveau.

Autre point à prendre en compte si l'on s'intéresse à cette machine, et qui peut faire partie des inconvénients : il faudra a minima disposer de 1m d'espace en profondeur pour le débattement du plateau d'impression.

Le bilan

Avec la CR-10 Max, Creality a bel et bien tiré les leçons des échecs des CR-10S4 et CR-10S5. Nous ne sommes plus seulement face à une CR-10S Pro agrandie, mais devant une machine véritablement faite pour les impressions à la fois longues et volumineuses.

Les renforts, le plateau renforcé et son alimentation dédiée, l'autleveling, la détection de fin de filament et la reprise après coupure, tout est fait pour assurer une impression parfaite et sans problème.

Alors certes, il y a toujours quelques petits défauts ci et là, mais ils ne sont pas très complexes à corriger et nécessitent à la fois peu de temps et quasi aucun investissement.

Il s'agit actuellement d'une des machines accessibles les plus imposantes du marché. On peut désormais trouver la CR-10 Max sous la barre des 1000 euros, ce qui est tout simplement unique à l'heure actuelle compte tenu de son volume d'impression.

Pour rappel, la Creality CR-10 Max est disponible au prix public de 999 $ sur le site officiel de Creality. Vous pourrez la commander chez Cdiscount à 849 € actuellement, mais aussi chez Amazon ou Gearbest d'ou provient l'imprimante utilisée pour ce test.

+ Les plus

  • L'équipement
  • Le volume d'impression
  • La conception solide et adaptée
  • La qualité d'impression
  • Le BL Touch

- Les moins

  • Le bruit de l'alimentation du lit chauffant
  • Le firmware Creality
  • Le buildtack d'origine