Le constat dressé par l'agence est sans appel. Au terme d’une analyse approfondie menée par un comité d'experts pluridisciplinaire, les effets négatifs des plateformes numériques sont jugés « nombreux » et « documentés ». Cette publication intervient dans un contexte politique chargé, alors que plusieurs textes de loi, portés notamment par l'exécutif, visent à instaurer une majorité numérique à 15 ans. L'avis scientifique de l'agence vient donc apporter des arguments solides à un débat public déjà bien engagé, en se basant sur une somme considérable de recherches scientifiques.

Pourquoi les plateformes sont-elles si problématiques pour les jeunes ?

Le cœur du problème réside dans le modèle économique même des réseaux sociaux, qui est conçu pour « maximiser le temps d'utilisation » à des fins publicitaires. Pour y parvenir, les plateformes déploient des stratégies de captation de l'attention particulièrement efficaces, comme le défilement infini des contenus ou les algorithmes d'ultra-personnalisation. Ces techniques exploitent sciemment les vulnérabilités psychologiques propres à l'adolescence, une période marquée par une forte tendance à la comparaison sociale, une sensibilité accrue au jugement des pairs et une capacité de régulation émotionnelle encore en développement.

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Ces systèmes, qualifiés d'« interfaces manipulatrices », créent une forme de dépendance qui pousse les adolescents à consacrer un temps considérable à ces applications, souvent au détriment d'activités essentielles comme le sommeil. En effet, la moitié des 12-17 ans y passent entre deux et cinq heures par jour, un temps d'écran qui engendre directement des troubles tels que la somnolence, l'irritabilité et une tristesse chronique, créant un terrain fertile pour l'apparition de symptômes dépressifs plus sévères.

Quels sont les risques concrets pour la santé des jeunes ?

Au-delà des troubles du sommeil et de l'humeur, l'exposition prolongée aux réseaux sociaux a des conséquences directes sur la santé mentale. L'expertise de l'Anses met en lumière une augmentation significative des troubles du comportement alimentaire et une dévalorisation de soi, en particulier chez les jeunes filles. Celles-ci, plus utilisatrices et plus exposées aux stéréotypes de genre, intériorisent des « idéaux normatifs » inatteignables véhiculés par des images massivement retouchées. Cette pression sociale constante peut engendrer une insatisfaction corporelle et des symptômes dépressifs.

Les algorithmes de personnalisation aggravent le danger en enfermant certains jeunes dans des bulles de contenus toxiques. Ils peuvent être exposés à des publications incitant à l'automutilation, au suicide, à la consommation de drogues ou à des défis dangereux. Le cyberharcèlement, amplifié par la viralité et l'anonymat relatif, représente une autre menace majeure, incluant insultes, propagation de rumeurs et chantage. Les jeunes issus des communautés LGBTQI ou présentant des troubles psychiatriques préexistants sont identifiés comme étant particulièrement vulnérables à ces dynamiques.

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Quelles solutions l'agence préconise-t-elle pour endiguer ce phénomène ?

Face à ce diagnostic alarmant, l'Anses appelle à « agir à la source » plutôt que de se contenter de mesures palliatives. L'agence insiste sur la nécessité de responsabiliser les plateformes pour qu'elles conçoivent et paramètrent leurs services de manière à protéger la santé des mineurs. Cela implique une modification en profondeur des algorithmes et des interfaces pour ne plus exploiter les failles cognitives des jeunes. L'interdiction pure et simple des contenus les plus délétères (pornographiques, violents, haineux) est également préconisée.

L'agence sanitaire souligne qu'il incombe aux plateformes de déployer des systèmes fiables de vérification de l'âge et de recueil du consentement parental, en conformité avec les réglementations européennes comme le DSA et le RGPD. L'enjeu est de créer un cadre de gouvernance robuste, avec des actions de contrôle efficaces pour s'assurer que la protection des mineurs devienne une priorité absolue. L'urgence est d'autant plus grande que l'intelligence artificielle risque de décupler les dangers en générant massivement des contenus dangereux et des stéréotypes.

Source : Anses