Bruxelles a WhatsApp dans son viseur. L'application de messagerie de Meta, forte de ses millions d'utilisateurs en Europe, pourrait bientôt changer de statut. La Commission européenne examine activement sa désignation comme "très grande plateforme en ligne" (VLOP). Un changement qui ne serait pas sans conséquences directes, puisqu'il soumettrait le service aux règles contraignantes du Digital Services Act (DSA).
Pourquoi WhatsApp est-il soudainement dans le collimateur de l'Europe ?
La raison est simple : le succès fulgurant de sa fonctionnalité "Channels". Ce service de diffusion unilatérale a franchi le seuil critique de 45 millions d'utilisateurs mensuels actifs dans l'Union Européenne. C'est le chiffre magique qui déclenche l'application du DSA et attire l'attention des régulateurs.
Jusqu'à présent, l'application bénéficiait d'un statut de simple messagerie privée. Mais avec les Channels, elle se rapproche dangereusement du modèle des réseaux sociaux traditionnels. Cette évolution change la donne pour les autorités européennes, qui y voient un nouveau vecteur de diffusion massive de contenus, potentiellement illégaux ou préjudiciables.
Quelles seraient les obligations concrètes pour la maison mère ?
Si la désignation est confirmée, Meta devra passer d'une modération réactive, basée sur les signalements, à une gestion proactive des contenus. Cela implique de mettre en place des systèmes de détection automatique pour traquer les liens frauduleux, le phishing ou tout contenu violant la loi. Fini le temps de l'intervention a posteriori.
L'entreprise serait également contrainte à une transparence accrue. Elle devrait expliquer le fonctionnement de ses algorithmes de suggestion et publier des rapports détaillés sur les contenus supprimés. Des évaluations annuelles des risques systémiques, comme le cyberharcèlement ou la désinformation, deviendraient obligatoires et seraient soumises à des audits indépendants.
Quel est le risque financier pour le géant américain ?
Le risque est colossal. Le DSA prévoit des sanctions pouvant atteindre 6 % du chiffre d'affaires annuel mondial de l'entreprise en cas de non-conformité. Pour une société comme Meta, dont les revenus dépassent les 130 milliards de dollars, l'amende maximale pourrait frôler les 8 milliards de dollars. Une somme suffisante pour inciter à la plus grande prudence.
C'est un levier financier extrêmement puissant, conçu pour forcer les géants du numérique à prendre leurs nouvelles responsabilités au sérieux. Thomas Regnier, porte-parole de la Commission, l'a d'ailleurs confirmé : une désignation future de WhatsApp n'est "pas à exclure". Pour Meta, qui gère déjà la pression sur Facebook et Instagram, c'est un nouveau front réglementaire qui s'ouvre en Europe.
Foire Aux Questions (FAQ)
Qu'est-ce qu'une "très grande plateforme en ligne" (VLOP) ?
C'est une plateforme numérique comptant plus de 45 millions d'utilisateurs actifs mensuels dans l'UE. Ce statut lui impose des obligations spécifiques en matière de modération de contenu sous le Digital Services Act (DSA).
Pourquoi la fonctionnalité "Channels" de WhatsApp est-elle au centre de l'attention ?
Parce qu'elle a dépassé le seuil des 45 millions d'utilisateurs, transformant de fait WhatsApp d'une simple messagerie privée en un outil de diffusion de masse, ce qui justifie une surveillance accrue de la part des régulateurs.
Meta a-t-il déjà d'autres plateformes classées VLOP ?
Oui, Facebook et Instagram, deux autres services phares de Meta, sont déjà désignés comme VLOP et sont donc soumis aux mêmes règles strictes du DSA en Europe.