Au cœur de la stratégie de dissuasion à longue portée des États-Unis se trouve un appareil nimbé de secret : le bombardier furtif B-21 Raider. Développé par Northrop Grumman, il est destiné à devenir la pierre angulaire de l'arsenal nucléaire et conventionnel américain pour les décennies à venir.
C'est dans ce contexte de haute technologie et d'enjeux stratégiques qu'une publication scientifique chinoise jette un pavé dans la mare, en suggérant que le design de l'avion, tel qu'il est publiquement connu, présenterait des limitations.
PADJ-X, l'outil qui prétend tout changer
Des chercheurs du Centre chinois de recherche et de développement en aérodynamique ont dévoilé un logiciel de conception baptisé PADJ-X. Décrit comme une plateforme tout-en-un, cet outil s'appuie sur la technologie d'« optimisation adjointe ».
Cette méthode algorithmique permet d'ajuster simultanément des milliers de paramètres de conception, là où les approches conventionnelles reposent sur des simulations successives basées sur les essais et erreurs, un processus lent et coûteux.
Le principe est redoutable : au lieu de tester des variables séparément, le logiciel intègre un processus d'optimisation unique qui analyse les compromis entre des disciplines concurrentes.
PADJ-X serait ainsi capable de jongler avec cinq domaines clés : l'aérodynamique, la propulsion, l'électromagnétisme (pour la furtivité radar), la signature infrarouge et même l'onde de choc sonique.
L'objectif est de trouver le meilleur équilibre possible entre efficacité en vol et discrétion maximale.
Les résultats de la simulation en question
Pour éprouver son système, l'équipe chinoise a donc appliqué PADJ-X à une configuration conceptuelle inspirée du B-21 Raider, en utilisant 288 paramètres.
Les résultats publiés sont frappants : l'optimisation aurait permis d'augmenter le ratio portance/traînée de l'appareil de 15 % tout en améliorant significativement sa stabilité longitudinale. Le moment de tangage, une mesure clé de la stabilité, serait passé de 0,07 à une valeur proche de zéro.
Concrètement, un moment de tangage quasi nul signifie que l'avion peut maintenir son vol en palier plus naturellement, sans nécessiter de corrections constantes. Ce gain se traduit directement par une meilleure efficacité énergétique, et donc par une amélioration potentielle de son endurance et son rayon d'action.
Les chercheurs chinois soulignent toutefois que leurs travaux se basent sur des modèles théoriques et des formes déduites d'informations publiques, et non sur des données classifiées.
Au-delà du B-21, une nouvelle approche du design furtif
L'analyse ne s'est pas limitée au B-21. Les scientifiques ont également appliqué PADJ-X à une configuration similaire au drone furtif X-47B de l'US Navy, un programme abandonné mais dont les données restent secrètes.
Dans cette simulation, le logiciel aurait permis de réduire la traînée de 10 % et de diviser par dix la surface équivalente radar frontale, un indicateur essentiel de la détectabilité d'un aéronef.
Il faut cependant remettre ces affirmations en perspective. Les outils d'optimisation adjointe ne sont pas nouveaux ; la NASA en développe depuis les années 1990.
Néanmoins, l'équipe chinoise soutient que sa plateforme est la première à êtrevéritablement intégrée et multidisciplinaire. Si ces capacités sont confirmées, elles pourraient considérablement accélérer le développement d'avions en Chine, en réduisant la dépendance aux coûteux essais en soufflerie.
La grande inconnue demeure : ces gains simulés se traduiront-ils un jour en avantages opérationnels concrets ?