La pression était devenue trop forte. Le groupe français Capgemini, fleuron du CAC 40, a officialisé ce dimanche 1er février la cession de sa filiale Capgemini Government Solutions. Cette entité était au cœur d'un scandale depuis la publication d'une enquête de l'Observatoire des multinationales, révélant sa collaboration avec la très controversée police de l'immigration américaine.

Quel était le rôle exact de la filiale de Capgemini ?

Loin de se limiter à de simples tâches administratives, la filiale américaine de Capgemini avait décroché un contrat particulièrement sensible. Selon les documents révélés, elle a développé un outil de "skip-tracing" conçu spécifiquement pour identifier et localiser des personnes étrangères pour le compte des autorités américaines.

Ce marché, d'une valeur potentielle de 365 millions de dollars, incluait des bonus financiers basés sur le taux de réussite dans la vérification des adresses des migrants. En clair, plus la société localisait de personnes, plus elle empochait d'argent. Un mécanisme qui s'inscrivait directement dans la politique très dure de l'administration Trump.

Comment la polémique a-t-elle éclaté en France ?

Le scandale a pris une tout autre dimension suite à la diffusion de l'enquête par "L'Œil du 20 heures" sur France 2. Les révélations sur les contrats liant le groupe à l'ICE ont provoqué un tollé en France, aussi bien dans la sphère politique que syndicale. La situation est rapidement devenue intenable pour le géant du numérique.

Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a publiquement interpellé le groupe, lui demandant de faire "la lumière de manière extrêmement transparente" sur ses activités. Face au feu médiatique et à la pression croissante, un conseil d'administration extraordinaire a été convoqué en urgence durant le week-end, aboutissant à cette décision de vente.

Quelles justifications avance le groupe français ?

Dans sa communication officielle, Capgemini explique sa décision par des raisons de gouvernance et de contrôle. Le groupe affirme que "les contraintes légales habituelles imposées aux États-Unis pour contracter avec des entités fédérales menant des activités classifiées ne permettaient pas au Groupe d’exercer un contrôle approprié" sur les opérations de sa filiale.

L'entreprise met également en avant le poids économique limité de cette entité, représentant seulement 0,4% de son chiffre d'affaires mondial. Une manière de minimiser l'impact financier tout en tentant de répondre à la crise d'image majeure provoquée par cette affaire sensible touchant à l'immigration.

Foire Aux Questions (FAQ)

Pourquoi Capgemini n'était-elle pas au courant des détails du contrat ?

Le groupe a invoqué les réglementations américaines sur les contrats "classifiés". Sa filiale américaine, Capgemini Government Solutions, opérant avec des agences fédérales, serait soumise à des règles de confidentialité qui empêcheraient la maison mère française d'avoir un accès complet à la nature précise de ses activités.

Le contrat de localisation de migrants était-il actif ?

Selon un message interne envoyé aux salariés avant la vente, le contrat litigieux, attribué en décembre, n'était "pas en cours d'exécution". Il faisait l'objet d'un recours, ce qui suspendait son application. Cependant, cette précision n'a pas suffi à éteindre la polémique qui a conduit à la cession.