Le CERN a mis en service un système innovant de récupération de chaleur. L'énergie résiduelle du Grand Collisionneur de Hadrons (LHC) est désormais utilisée pour alimenter le réseau de chauffage de la ville française de Ferney-Voltaire, transformant un sous-produit de la recherche fondamentale en une ressource énergétique durable pour des milliers de foyers.
Un système de récupération de chaleur capte depuis mi-janvier l'énergie excédentaire du Grand Collisionneur de Hadrons pour la rediriger vers les habitations et commerces de la commune. Ce qui n'était qu'une perte thermique est aujourd'hui une ressource bas-carbone vitale.
Du laboratoire à la chaudière : le voyage de la chaleur du LHC
Le Grand Collisionneur de Hadrons est le plus puissant accélérateur de particules au monde, une boucle souterraine de 27 kilomètres. Sa mission est de propulser des particules subatomiques à une vitesse proche de celle de la lumière pour étudier les composants fondamentaux de l'univers.
Ces opérations nécessitent un refroidissement constant par eau, générant d'importantes quantités d'eau chaude. Auparavant, cette chaleur était simplement dissipée dans l'atmosphère via des tours de refroidissement.
Echangeur de chaleur (credit : CERN)
Le nouveau dispositif, situé au Point 8 de l'accélérateur, intercepte cette eau chaude avant qu'elle ne soit perdue. Grâce à deux échangeurs de chaleur industriels, l'énergie thermique est transférée au réseau de chauffage urbain de Ferney-Voltaire sans perturber les activités scientifiques.
Une collaboration énergétique pensée pour la durée
Le réseau, inauguré en décembre, est conçu pour alimenter l'équivalent de plusieurs milliers de foyers. En se substituant aux énergies fossiles comme le gaz, cette initiative devrait éviter le rejet de milliers de tonnes de CO2 chaque année.
Actuellement, la ville puise jusqu'à 5 MW de chaleur auprès du CERN, mais l'installation a le potentiel de doubler cette capacité lorsque l'accélérateur fonctionne à plein régime.
La pérennité du système est même assurée pendant les périodes de maintenance. À partir de l'été 2026, le LHC entrera dans une longue phase d'arrêt technique de plusieurs années.
Malgré cela, certains équipements du Point 8 continueront d'être refroidis, permettant de fournir entre 1 et 5 MW au réseau, à l'exception d'une interruption limitée à cinq mois cumulés.
Une stratégie de durabilité bien plus large
Ce projet s'inscrit dans une démarche globale de gestion énergétique responsable du CERN, certifiée ISO 50001. La récupération d'énergie est un pilier de cette stratégie, au même titre que l'amélioration de l'efficacité et la réduction de la consommation. D'autres initiatives sont déjà en cours pour valoriser la chaleur fatale.
Le centre de données de Prévessin, par exemple, est équipé d'un système similaire qui chauffera la plupart des bâtiments du site dès l'hiver 2026/2027.
À terme, ces efforts combinés devraient permettre d'économiser entre 25 et 30 gigawattheures par an d'ici 2027, démontrant comment la recherche fondamentale peut générer des bénéfices concrets pour l'environnement et les communautés locales.