La tension entre l'Italie et le géant américain de l'infrastructure internet Cloudflare atteint peut-être un point de rupture. Avec une amende de 14 millions d'euros, l'autorité italienne de régulation des communications (Agcom) a sanctionné Cloudflare pour violation continue de la loi anti-piratage.

Au cœur du litige se trouve le dispositif controversé Piracy Shield, qui oblige les fournisseurs de services à bloquer l'accès à des contenus jugés illicites dans un délai de 30 minutes après signalement par les ayants droit, sans supervision judiciaire.

Un refus de blocage de Cloudflare avec son résolveur DNS public

Lancé en février 2024 pour la loi anti-piratage italienne, le dispositif Piracy Shield doit permettre d'agir rapidement, notamment contre le streaming illégal d'événements sportifs en direct.

Le mécanisme permet aux détenteurs de droits de signaler des noms de domaine ou des adresses IP via une plateforme automatisée, déclenchant une obligation de blocage quasi immédiate pour les fournisseurs d'accès et de services DNS, par exemple.

Cloudflare a refusé de se plier à cette exigence pour son résolveur DNS 1.1.1.1, arguant que cela dégraderait les performances pour tous les utilisateurs. Un argument technique qui a été rejeté par l'Agcom, en raison d'adresses IP ciblées exclusivement dédiées à des activités de piratage.

Une réaction virulente du patron de Cloudflare

Patron et cofondateur de Cloudflare, Matthew Prince n'a pas mâché ses mots. Dans un message publié sur la plateforme X, il parle d'un complot visant à la censure d'internet.

Il fustige un système opaque mené par une " cabale obscure d'élites des médias européens " et souligne l'absence de contrôle judiciaire, de procédure d'appel et de transparence. " L'Italie insiste pour qu'une cabale médiatique européenne occulte puisse dicter ce qui est autorisé ou non en ligne. "

Le dirigeant de Cloudflare qualifie le mécanisme d'écœurant et indique que plusieurs actions en justice étaient déjà en cours contre le dispositif, avant même l'annonce de l'amende.

Selon lui, le combat dépasse les intérêts de son entreprise et touche aux valeurs démocratiques fondamentales. Le fait que la loi exige un blocage non seulement en Italie, mais au niveau mondial est vécu comme une violation de la souveraineté numérique des autres nations.

cloudflare

Cloudflare adopte un ton menaçant

Face à l'amende considérée injuste, Cloudflare envisage des représailles. Une menace concerne l'arrêt des services de cybersécurité fournis pour les Jeux olympiques de Milan-Cortina en février prochain.

Matthew Prince annonce qu'il rencontrera des responsables américains à Washington, ainsi que le Comité International Olympique (CIO) pour discuter des risques encourus.

Au-delà des JO d'hiver, Cloudflare pourrait également cesser de fournir ses services de sécurité gratuits aux utilisateurs italiens, retirer tous ses serveurs des villes italiennes et geler tout projet d'investissement ou d'ouverture de bureaux dans le pays.