Le PDG d'Anthropic, Dario Amodei, a fustigé la récente décision de l'administration américaine d'autoriser Nvidia à vendre ses puces d'intelligence artificielle avancées à la Chine.

Il y voit des implications dangereuses pour la sécurité du pays et une erreur qui pourrait coûter aux États-Unis leur avance technologique si chèrement acquise.

L'homme, connu pour ses avertissements sur les risques liés à l'IA, n'a pas mâché ses mots pour exprimer son profond désaccord.

Un parallèle choc pour marquer les esprits

Pour Amodei, le débat dépasse la simple transaction commerciale. Il a utilisé une analogie percutante pour illustrer son propos : « Je pense que c'est fou. C'est un peu comme vendre des armes nucléaires à la Corée du Nord ».

Cette déclaration-choc, prononcée lors d'un entretien avec Bloomberg, vise à alerter sur les enjeux de sécurité nationale et la nature potentiellement déstabilisatrice de ces technologies.

Reseau Chine

Il a insisté sur le fait que les États-Unis possèdent « plusieurs années d'avance » sur la Chine dans la fabrication de semi-conducteurs. Selon lui, livrer ces composants reviendrait à saborder volontairement cet avantage crucial, alors même que les dirigeants d'entreprises chinoises admettent ouvertement que l'embargo sur les puces est le principal frein à leur développement.

Le contexte d'un revirement politique controversé

La décision de lever partiellement l'embargo a été prise par l'administration Trump. Auparavant, Washington interdisait l'exportation de ces technologies de pointe pour empêcher Pékin de les utiliser à des fins militaires.

Le nouveau dispositif autorise la vente des puces Nvidia H200 et de certains équivalents AMD à des « clients approuvés » en Chine, en contrepartie d'une commission de 25 % prélevée par le gouvernement américain.

Nvidia H200

Nvidia a longtemps plaidé pour un assouplissement des règles, arguant que la Chine représente un marché colossal et que le maintien d'un embargo strict pousserait simplement le pays à développer ses propres alternatives.

La perte de revenus potentielle pour le géant des semi-conducteurs était estimée à près de 15 milliards de dollars par an, un manque à gagner considérable.

Une course à l'IA aux enjeux géostratégiques

Cette controverse s'inscrit dans une compétition féroce pour la suprématie dans le domaine de l'intelligence artificielle. Les deux puissances mondiales sont engagées dans une course pour atteindre l'intelligence artificielle générale (AGI), un seuil où les machines dépasseraient les capacités cognitives humaines.

Laisser la Chine accéder à des puces IA de pointe est perçu par les critiques comme une concession dangereuse.

intelligence artificielle 02

Dario Amodei n'est pas isolé dans ses critiques, même s'il est l'une des voix les plus virulentes du secteur. Il imagine un futur où « 100 millions de personnes plus intelligentes que n'importe quel lauréat du prix Nobel » seraient concentrées dans un centre de données sous le contrôle d'une seule nation.

Malgré cette position tranchée, il prend soin de ne pas nommer directement les conseillers influents de l'administration, préférant critiquer la politique elle-même. La question reste donc entière : le calcul économique l'emportera-t-il sur le principe de précaution stratégique ?