L'océan liquide caché sous l'épaisse coquille de glace d'Europe, l'une des lunes de Jupiter, est depuis longtemps considéré comme l'un des endroits les plus prometteurs pour trouver de la vie extraterrestre dans notre système solaire.

Cependant, une question cruciale demeurait sans réponse satisfaisante : comment les nutriments indispensables à la vie, formés en surface, peuvent-ils traverser des kilomètres de glace pour atteindre cet océan totalement obscur et isolé ?

Une nouvelle étude apporte un éclairage particulièrement convaincant. Mais cela suffit-il pour y maintenir des formes de vie ?

Le paradoxe d'un océan isolé mais potentiellement vivant

La lune jovienne Europe fascine car elle contient plus d'eau liquide que tous les océans terrestres réunis. Cet immense volume d'eau est cependant totalement coupé de la lumière du soleil, qui est la source d'énergie primaire pour la quasi-totalité de la vie sur notre planète.

Toute forme de vie potentielle doit donc puiser son énergie et ses nutriments d'une autre source.

Europe-surface-vue-par-Galileo

La surface d'Europe est constamment bombardée par les radiations intenses de Jupiter. Ces radiations interagissent avec les sels présents à la surface pour créer des composés chimiques utiles, comme des oxydants, qui pourraient servir de nutriments pour des microbes.

Le principal défi a toujours été de modéliser un mécanisme viable pour transporter cette glace de surface enrichie vers l'océan, car les mouvements de la glace observés sont majoritairement latéraux et non verticaux.

Une solution inspirée de la Terre : le délaminage crustal

Pour résoudre ce problème, des chercheurs de la Washington State University, menés par Austin Green et Catherine Cooper, se sont tournés vers un concept terrestre bien connu des géophysiciens : le délaminage crustal.

lune Europe delaminage crustal

Sur Terre, ce processus se produit lorsqu'une portion de la croûte, devenue chimiquement plus dense, se détache et s'enfonce dans le manteau sous-jacent.

L'équipe a transposé cette idée à la coquille de glace d'Europe. Leurs recherches suggèrent qu'un processus similaire pourrait se produire sur Europe. Les zones de glace enrichies en sels ne sont pas seulement plus denses que la glace pure environnante ; elles sont aussi structurellement plus faibles.

Sous l'effet de la gravité, ces "radeaux" de glace salée pourraient donc se détacher et littéralement couler à travers la coquille de glace plus pure.

Des modèles prometteurs pour la mission Europa Clipper

Grâce à des modélisations informatiques poussées, les scientifiques ont pu démontrer que ce mécanisme de naufrage de la glace est viable pour une large gamme de concentrations en sel.

Plus important encore, ce transport de nutriments vers l'océan pourrait s'opérer sur des échelles de temps géologiques relativement courtes, offrant un approvisionnement constant et efficace pour un éventuel écosystème sous-marin.

lune Europe delaminage crustal glace salee

Ces conclusions offrent une perspective particulièrement enthousiasmante pour la mission Europa Clipper de la NASA, lancée en 2024 et qui devrait atteindre le système jovien en 2030.

Les instruments de la sonde sont précisément conçus pour analyser la composition, l'épaisseur et la structure interne de la glace. Ils seront donc en mesure de tester directement l'hypothèse du délaminage et de chercher des preuves de cet échange matière entre la surface et l'océan, nous rapprochant peut-être d'une réponse sur l'habitabilité de ce monde fascinant.