Depuis des décennies, les signaux d'alerte se multiplient. La surexploitation des ressources, la pollution et les effets du changement climatique ont mis à rude épreuve les systèmes hydrologiques de la planète.

Des villes comme Mexico qui s'enfonce ou Kaboul qui risque de manquer d'eau illustrent une tendance globale. Le nouveau rapport de l'ONU, mené par Kaveh Madani, met des mots sur une nouvelle réalité : nous avons dépensé notre capital hydrique plus vite qu'il ne pouvait se régénérer.

Un diagnostic sans appel : la fin de l'abondance

Le concept de « faillite » est délibérément fort. Il vise à nous faire sortir de l'idée d'une crise passagère. Contrairement à une crise, une faillite implique des pertes irréversibles et la nécessité de s'adapter à des conditions durablement plus restrictives.

La nature nous fournit un revenu en pluie et en neige, mais nous avons puisé dans nos « économies », les aquifères, les zones humides et les glaciers, à un rythme insoutenable, nous plaçant en dette hydrologique.

Les chiffres sont éloquents. Plus de la moitié des grands lacs de la planète ont perdu de l'eau depuis 1990. 70 % des aquifères majeurs sont en déclin, et les glaciers ont reculé de 30 % depuis 1970. Cette situation n'est plus une simple alerte, c'est une nouvelle normalité. Des régions entières vivent bien au-delà de leurs moyens hydrologiques.

Quelles sont les conséquences humaines et économiques ?

Les répercussions de cette faillite sont déjà bien visibles et touchent directement les populations. Près de 4 milliards de personnes sont confrontées à une pénurie au moins un mois par an.

Des métropoles comme Los Angeles ou Téhéran ont continué leur expansion en ignorant les limites de leurs ressources, créant une véritable bombe à retardement.

L'agriculture, qui consomme environ 70 % de l'eau douce mondiale, est en première ligne. Le stress hydrique alimente également les tensions et les conflits, dont le nombre a explosé depuis 2010.

Les accords de partage, comme celui du fleuve Colorado aux États-Unis, sont basés sur des conditions climatiques qui n'existent plus. La surexploitation économique s'ajoute au tableau : plus de 300 milliards de dollars de dommages annuels sont liés à la dégradation des terres et à l'épuisement des nappes phréatiques.

Vers une nouvelle gestion : comment s'adapter ?

Accepter le diagnostic de faillite est la première étape pour passer d'une gestion de crise à court terme à une stratégie d'adaptation à long terme. Le rapport de l'ONU préconise une transformation profonde de l'agriculture, avec des cultures moins gourmandes en ressources et des systèmes d'irrigation plus efficaces.

Il est aussi crucial de mieux surveiller nos ressources, notamment grâce à l'IA et la télédétection.

La protection des écosystèmes restants, comme les zones humides et les nappes souterraines, devient non négociable. L'enjeu est de repenser nos institutions pour vivre dans les nouvelles limites hydrologiques.

Paradoxalement, cette ressource au cœur des tensions pourrait devenir un pont pour la coopération internationale. L'avenir dépendra de notre capacité à faire les choix courageux que cette nouvelle réalité impose.