Des chercheurs ont analysé des magnétofossiles vieux de plusieurs millions d'années et ont découvert une structure interne complexe, optimisée pour la navigation.
Cette avancée prouve l'existence d'une véritable boussole biologique bien plus ancienne qu'on ne le pensait, même si la créature qui l'a produit reste un mystère.
La capacité de certains animaux à s'orienter grâce au champ magnétique terrestre, nommée magnétoréception, est un phénomène connu mais encore nimbé de mystère.
Des oiseaux migrateurs aux tortues de mer, de nombreuses espèces possèdent cette boussole interne, mais les mécanismes précis et leur origine évolutive demeurent largement insaisissables pour la science.
Un GPS vieux de 97 millions d'années ?
Une équipe internationale de chercheurs des universités de Cambridge et du Helmholtz-Zentrum Berlin a fait un pas de géant. En étudiant de minuscules particules magnétiques, des magnétofossiles, prélevées dans des sédiments de l'Atlantique Nord, ils ont identifié ce qui s'apparente à la plus ancienne preuve directe d'un tel système d'orientation.
Credit : Communications Earth & Environment
Ces fossiles, dont les plus anciens remontent à 97 millions d'années, sont constitués de magnétite, un minéral de fer fortement magnétique. Leur taille, jusqu'à 20 fois supérieure à celle des particules utilisées par certaines bactéries, leur a valu le surnom de "magnétofossiles géants".
La clé cachée dans un vortex magnétique
Le véritable tour de force réside dans la méthode d'analyse. Grâce à une nouvelle technique de tomographie magnétique non destructive, les scientifiques ont pu visualiser pour la première fois la structure interne en 3D d'un de ces fossiles, âgé de 56 millions d'années.
Credit : Communications Earth & Environment
L'imagerie a révélé une configuration inattendue : les moments magnétiques à l'intérieur de la particule s'enroulent pour former une sorte de vortex, une structure en tornade.
Cette géométrie est remarquablement stable et sensible aux plus infimes variations du champ magnétique terrestre, non seulement en direction mais aussi en intensité.
Mais qui était cette créature mystérieuse ?
Si la fonction de GPS biologique semble désormais établie, l'identité de son propriétaire reste une énigme complète. Aucun autre reste corporel n'a été retrouvé associé à ces particules. Les chercheurs doivent donc chercher un animal migrateur, suffisamment commun pour laisser derrière lui d'abondants fossiles.
Une piste mène aux anguilles, qui ont évolué il y a environ 100 millions d'années et sont célèbres pour leurs incroyables migrations transatlantiques. Cette hypothèse reste toutefois à confirmer, laissant le champ libre aux spéculations.
Au-delà de cette énigme paléontologique, cette découverte marque une étape clé pour comprendre comment des systèmes de navigation aussi sophistiqués ont pu évoluer.
De plus, la technique d'analyse développée pourrait avoir des retombées inattendues, notamment dans la recherche de traces de vie extraterrestre. Des particules similaires ayant été observées sur des météorites martiennes, cette méthode offre un nouvel outil pour déterminer si elles sont d'origine biologique.