En 2025, la France a réduit ses émissions de gaz à effet de serre de seulement 1,6 %, un rythme trois fois inférieur à l'objectif de 4,6 % annuel requis par la Stratégie Nationale Bas-Carbone.

Le rapport du Citepa révèle un essoufflement préoccupant dans les secteurs clés comme les transports et le bâtiment, compromettant l'atteinte des cibles pour 2030.

Les données provisoires pour l'année 2025 viennent de tomber, et le constat est sans appel. Selon l'organisme indépendant en charge du bilan carbone national, les rejets sur le territoire n'ont reculé que de 1,6 % par rapport à 2024.

Ce chiffre, équivalant à une diminution de 5,8 millions de tonnes de CO₂, place la France sur une trajectoire très éloignée de ses engagements climatiques.

Un rythme de décarbonation divisé par trois

Ce ralentissement est d'autant plus marquant qu'il succède à des années plus encourageantes. Le bilan des émissions gaz à effet de serre, après des baisses de 3,9 % en 2022 et un record de 6,8 % en 2023, sonne comme un essoufflement.

Ce résultat place la France dans une dynamique quasi identique à celle de l'Allemagne, qui affiche également des résultats décevants.

Le problème majeur réside dans l'écart avec la feuille de route officielle. La Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC-3) impose une diminution annuelle moyenne de 4,6 % pour atteindre la cible de 2030.

Avec seulement 1,6 %, l'effort actuel est donc près de trois fois trop lent, une situation jugée « très préoccupante » par les observateurs comme le Réseau Action Climat.

Des secteurs clés à l'arrêt, d'autres en trompe-l'œil

L'analyse sectorielle révèle des dynamiques contrastées. Les deux plus mauvais élèves sont les transports et le bâtiment. Premier émetteur du pays, le transport n'affiche qu'un recul de 1,4 %, bien loin des 5 % annuels visés. De son côté, le bâtiment stagne avec une baisse de 1 %, à des années-lumière de l'objectif de 7 %.

Credit : Citepa

Si l'industrie manufacturière et l'agriculture présentent des baisses plus flatteuses, respectivement de 3,4 % et 1,8 %, ces chiffres sont à nuancer. Le recul industriel, selon le Citepa, est davantage lié à un ralentissement de l'activité qu'à une transformation profonde.

Quant à l'agriculture, sa performance s'explique principalement par une réduction subie du cheptel bovin.

Vers un réveil brutal face aux échéances européennes ?

Cette stagnation n'est pas sans conséquence. Le secteur de l'énergie, après deux années de fortes baisses, voit ses émissions se stabiliser, en partie à cause d'une reprise de l'activité dans le raffinage pétrolier.

Ce rebond illustre la difficulté persistante à se défaire de la dépendance aux énergies fossiles.

Le Haut Conseil pour le climat et le gouvernement partagent le même constat : sans une accélération immédiate et massive, l'objectif de 2030, qui vise une réduction de 50 % des émissions par rapport à 1990, devient un mirage. La France risque non seulement de manquer sa propre feuille de route, mais aussi de s'exposer à des contentieux pour non-respect des engagements européens.