La demande énergétique croissante des centres de données, alimentée par l'intelligence artificielle générative, entraîne une augmentation spectaculaire des projets de centrales électriques au gaz aux États-Unis. Une étude récente du Global Energy Monitor (GEM) met en lumière cette tendance alarmante : les USA sont désormais en tête de la course mondiale pour le développement de nouvelles capacités gazières, dépassant même la Chine. Cette situation marque un virage brutal par rapport aux objectifs climatiques internationaux.
Pourquoi une telle explosion de la demande de gaz ?
La principale raison est l'expansion fulgurante des infrastructures nécessaires à l'IA. Les prévisions de consommation électrique pour ces installations sont si élevées que les développeurs se tournent massivement vers le gaz. En 2025, plus de 97 gigawatts de projets gaziers étaient explicitement destinés à alimenter des centres de données. C'est une multiplication par près de 25 par rapport aux chiffres de 2024, où seulement 4 gigawatts étaient fléchés.
Si tous les projets actuels se concrétisent, la capacité totale du parc gazier américain pourrait augmenter de près de 50 %. Cela représente un ajout potentiel de 252 gigawatts à un réseau qui en compte actuellement environ 565. C'est un volume d'énergie colossal, capable d'alimenter des dizaines de millions de foyers, mais qui serait ici consacré en grande partie à la puissance de calcul.
Quelles sont les conséquences pour le climat ?
Bien que le gaz naturel soit souvent présenté comme une alternative moins polluante que le charbon, sa combustion libère du dioxyde de carbone. Mais le véritable danger réside dans les fuites de méthane durant l'extraction et le transport. Le méthane est un gaz à effet de serre 80 fois plus puissant que le CO2 sur une période de 20 ans, ce qui en fait un accélérateur majeur du réchauffement climatique à court terme.
Cette nouvelle dépendance au gaz intervient alors que l'administration Trump a affaibli les réglementations visant à contrôler ces fuites de méthane et a retiré les États-Unis de l'Accord de Paris sur le climat. Les experts, comme ceux du Clean Air Task Force, préviennent que l'augmentation des émissions liées au gaz pourrait annuler les avantages par rapport au charbon, compromettant gravement les efforts pour limiter le réchauffement global.
Centrale à gaz de Lackawanna (Pennsylvanie)
Ce scénario est-il inévitable ?
Tous les projets annoncés ne verront pas nécessairement le jour. De nombreux développeurs de data centers explorent plusieurs options énergétiques simultanément, ce qui peut gonfler artificiellement les chiffres de la demande. De plus, il existe une pénurie mondiale de turbines à gaz, un facteur qui pourrait retarder ou purement et simplement annuler certains chantiers d'envergure.
Néanmoins, même une réalisation partielle de ces projets aurait un impact significatif. L'enjeu est de trouver des solutions pour diminuer l'empreinte de ces infrastructures vitales pour l'économie numérique. L'amélioration de l'efficacité énergétique des centres de données et des algorithmes d'IA est une piste cruciale, mais la pression pour une construction rapide favorise pour l'instant les sources d'énergie fossiles.