À Davos, le PDG de Nvidia Jensen Huang affirme que le boom de l'IA créera une demande massive pour les métiers manuels comme plombiers ou électriciens.

La construction des infrastructures nécessaires, telles que les data centers, entraînera des salaires à six chiffres pour ces professions, offrant une alternative lucrative aux études universitaires traditionnelles pour la Gen Z.

La crainte d'une vague de licenciements massifs orchestrée par l'intelligence artificielle a dominé les débats du Forum Économique Mondial de Davos. Face à un parterre de dirigeants inquiets, le patron de Nvidia a donc offert une perspective radicalement différente, déplaçant le projecteur des bureaux de la Silicon Valley vers les chantiers de construction et les usines. Une vision à contre-courant des prédictions les plus sombres.

La plus grande construction d'infrastructures de l'histoire

Selon Jensen Huang, le monde est à l'aube de "la plus grande construction d'infrastructures de l'histoire humaine", un projet estimé à plusieurs milliers de milliards de dollars.

Pour alimenter la nouvelle économie de l'IA, il faudra bâtir un nombre colossal de data centers, d'usines de semi-conducteurs et d'installations spécialisées. Cette entreprise titanesque va créer une demande explosive pour des profils très concrets : plombiers, électriciens, ouvriers du bâtiment, techniciens réseau et soudeurs.

Le patron de Nvidia a été très clair : la rémunération suivra la demande. Il évoque déjà un "boom significatif" avec des salaires qui ont "presque doublé", parlant de salaires à six chiffres pour les personnes qui construiront ces usines du futur.

Un rapport de McKinsey corrobore cette tendance, estimant un besoin de 130 000 électriciens et 240 000 ouvriers du bâtiment supplémentaires aux États-Unis d'ici 2030, confirmant qu'il est possible de très bien gagner sa vie sans diplôme universitaire.

Un basculement entre cols blancs et cols bleus ?

La déclaration de Jensen Huang intervient dans un contexte de fortes turbulences pour les cols blancs. En 2025, près de 55 000 suppressions de postes aux États-Unis ont été directement ou indirectement liées à l'IA, touchant des géants comme Amazon ou Salesforce.

Kristalina Georgieva, directrice du FMI, a même comparé l'impact de l'IA sur le marché du travail à un tsunami pour lequel la plupart des entreprises ne sont pas préparées, ciblant particulièrement les emplois de bureau.

Pourtant, cette menace semble épargner, voire favoriser, les métiers plus physiques. Une étude de Microsoft a révélé que les métiers manuels étaient les moins susceptibles d'être automatisés.

Ce phénomène coïncide avec un intérêt croissant de la Gen Z pour ces carrières. En 2024, les jeunes nés après 1997 représentaient près de 25 % des nouvelles embauches dans les métiers qualifiés, une tendance accélérée par le coût exorbitant des études supérieures, qui a augmenté de 30 % en une décennie aux États-Unis.

Le défi majeur : une pénurie de main-d'œuvre qualifiée

Si la promesse est belle, sa réalisation se heurte à un obstacle de taille : la pénurie de travailleurs qualifiés. Plusieurs dirigeants, dont Jim Farley de Ford et Larry Fink de BlackRock, ont exprimé leurs vives inquiétudes.

Ils soulignent le paradoxe d'un système éducatif qui pousse massivement les jeunes vers des diplômes universitaires dont les débouchés se réduisent, tout en négligeant les filières techniques qui font face à une demande criante.

Larry Fink a même qualifié le manque d'électriciens de futur goulot d'étranglement pour le déploiement de l'IA. Cet appel est relayé au plus haut niveau. Roxana Mînzatu, de la Commission Européenne, a confirmé que le seul secteur des semi-conducteurs recherche activement 75 000 techniciens issus de la formation professionnelle.

L'enjeu n'est donc plus seulement d'identifier les métiers d'avenir, mais de mettre en place les systèmes éducatifs et les passerelles capables de former assez de talents pour répondre à cette demande explosive et concrétiser la vision de Jensen Huang.