Longshot Space, une start-up aérospatiale, développe un système de lancement cinétique pour propulser des charges utiles en orbite basse. Inspiré d'anciennes technologies, ce canon spatial de plusieurs kilomètres de long utilise un gaz comprimé pour atteindre des vitesses hypersoniques et promet de réduire les coûts de lancement à seulement 10 dollars par kilogramme.
L'idée d'utiliser un canon pour atteindre l'espace n'est pas nouvelle. Elle puise ses racines dans l'imaginaire collectif, popularisée dès 1865 par Jules Verne dans son roman De la Terre à la Lune.
Projet HARP des années 60
(credit : Wikipedia)
Plus concrètement, dans les années 1960, le projet HARP de l'ingénieur Gerald Bull avait réussi l'exploit de propulser un projectile au-delà de la ligne de Kármán, la frontière symbolique de l'espace.
Le défi, cependant, restait entier : atteindre l'altitude est une chose, mais acquérir la vitesse horizontale nécessaire pour se maintenir en orbite en est une autre.
Un héritage balistique revisité pour l'ère spatiale
C'est précisément sur ce point que Longshot Space, fondée en 2021 par Mike Grace, entend faire la différence. L'objectif n'est pas simplement de "monter", mais d'atteindre une vitesse orbitale d'environ Mach 23.
Pour y parvenir, l'entreprise ne s'appuie pas sur des explosifs, mais sur une technologie de gaz comprimé bien plus contrôlable. Le concept, baptisé "poussée par impulsion de choc", est ingénieux.
Le projectile est accéléré le long d'un tube de plusieurs kilomètres par des injections séquentielles de gaz à haute pression, projetées sur les flancs d'un "sabot" qui le porte. Une succession de "pops" plutôt qu'un unique "boum".
Plus qu'un canon, un projet d'infrastructure
L'avantage principal de cette approche est la progressivité de l'accélération. En étalant la poussée sur une très longue distance, les forces G subies par la charge utile sont drastiquement réduites.
Principe du canon spatial de Longshot avec plusieurs boosters d'accélération
Mike Grace estime pouvoir les ramener à environ 500 G, un seuil compatible avec la plupart des composants électroniques modernes, qui sont souvent conçus pour résister à des chocs bien plus importants.
Cette méthode permettrait de réduire le coût de lancement à un niveau sans précédent : environ 10 dollars par kilogramme. À titre de comparaison, le Falcon 9 de SpaceX facture environ 3 000 dollars le kilo. Même le futur Starship vise une cible ambitieuse de 500 dollars. Longshot joue dans une autre catégorie.
De la théorie aux tests grandeur nature
Longshot n'en est plus au stade du simple concept. Un premier prototype a déjà effectué plus de 100 tirs dans un atelier d'Oakland, atteignant des vitesses de Mach 4,2.
L'entreprise assemble actuellement un canon de test bien plus imposant sur l'ancienne base navale d'Alameda, en Californie. La prochaine étape est encore plus ambitieuse : la construction d'un tube de lancement de près d'un kilomètre de long dans le désert du Nevada, près de Tonopah.
Ce projet, qualifié par son PDG de "Canal de Panama pour l'espace", a déjà attiré des investisseurs de renom, dont un certain Sam Altman (PDG d'OpenAI) et même l'US Air Force, qui y voit un potentiel pour tester des systèmes de défense hypersonique.
Bien que les défis techniques et réglementaires restent nombreux, le projet Longshot représente une approche radicalement différente de l'accès à l'orbite. Si la start-up parvient à ses fins, elle pourrait bien bâtir l'autoroute logistique qui ouvrira véritablement le reste du système solaire.