Un cargo russe, le Sinegorsk, a été escorté hors des eaux britanniques par un hélicoptère de la Royal Navy après avoir jeté l'ancre pendant 14 heures à proximité de cinq câbles de données transatlantiques.
L'incident, survenu dans le canal de Bristol, ravive les inquiétudes concernant la sécurité des infrastructures de communication sous-marines face aux activités russes jugées suspectes.
Un visiteur inattendu dans le canal de Bristol
Dans la nuit du mardi 27 janvier, le cargo russe Sinegorsk a pénétré sans préavis dans le très fréquenté canal de Bristol. Vers 23 heures, il a jeté l'ancre à environ deux miles au large de Minehead, dans le Somerset, où il est resté immobile pendant plus de 14 heures.
Officiellement, le navire a signalé à la garde côtière britannique qu'il effectuait des "réparations de sécurité essentielles", une justification qui n'a pas suffi à apaiser les autorités.
Face à cette présence jugée "profondément suspecte" par des membres du Parlement, la réponse britannique ne s'est pas fait attendre. Un avion de surveillance a d'abord été observé en train de survoler le navire.
Puis, en début d'après-midi, la Royal Navy a dépêché un hélicoptère Wildcat depuis la base aéronavale de Yeovilton. Une trentaine de minutes après l'arrivée de l'appareil, le Sinegorsk levait l'ancre et quittait les eaux britanniques.
Au cœur d'un réseau de communication stratégique
L'emplacement choisi par le Sinegorsk n'a rien d'anodin. Le navire se trouvait à moins d'un mille de plusieurs artères vitales pour les communications mondiales.
Parmi elles, le système TGN Atlantic reliant le Royaume-Uni au New Jersey, les câbles TGN Western Europe vers l'Espagne et le Portugal, ainsi que le câble EXA Express connectant les îles Britanniques à la Nouvelle-Écosse, au Canada. Ces faisceaux de fibre optique sont cruciaux pour le transit des données transatlantiques.
Ces câbles sous-marins constituent le véritable nerf de la guerre numérique, transportant la quasi-totalité des flux internet et des communications internationales.
Leur vulnérabilité est une préoccupation majeure pour la sécurité nationale, car tout dommage, qu'il soit accidentel ou délibéré, pourrait avoir des conséquences économiques et stratégiques dévastatrices.
Une vigilance accrue face à la menace russe
Les tensions sont croissantes entre les pays européens et la Russie. Le ministère de la Défense britannique a récemment fait état d'une augmentation de 30 % des incursions russes dans ses eaux au cours des deux dernières années.
Bien que le Sinegorsk ne soit pas officiellement répertorié comme faisant partie de la flotte fantôme russe utilisée pour contourner les sanctions, son dernier port d'attache connu était Arkhangelsk, qui abrite la base principale de la Flotte du Nord russe.
Les autorités britanniques ont affirmé être "parfaitement conscientes de la menace posée par la Russie", qui inclut des tentatives de cartographier l'ensemble de l'infrastructure sous-marine alliée.
Cette surveillance constante est devenue une priorité absolue pour la Royal Navy, qui adapte ses moyens pour contrer ces manœuvres relevant de la guerre hybride. La question reste désormais de savoir jusqu'où iront ces démonstrations de force autour de ces points névralgiques de l'économie mondiale.