Dans un rapport publié récemment, l’ONG Greenpeace met en lumière une réalité dérangeante : malgré le conflit en Ukraine, les liens commerciaux entre le secteur nucléaire français et la Russie n’ont jamais cessé.

Cette collaboration persistante avec Rosatom, le géant public russe, jette une ombre sur la position officielle de Paris et alimente un débat éthique et stratégique majeur.

Comment ce commerce nucléaire se poursuit-il concrètement ?

Les flux financiers et matériels empruntent deux voies principales. D'une part, la France continue d'importer directement de l'uranium enrichi russe, qui représente 18 % du total de ses importations. Cela inclut de l'uranium de retraitement réenrichi (URE), une filière où la dépendance technologique est forte. Le secteur du nucléaire français dépend donc encore significativement des capacités russes.

Uranium

D'autre part, une large part de l'approvisionnement se fait de manière indirecte. En 2025, près de la moitié (49,9 %) de l'uranium naturel importé en France provenait du Kazakhstan et d’Ouzbékistan. Or, une grande partie de ce combustible transite par le territoire russe, sous le contrôle de Rosatom, avant d'arriver dans les ports français et d'être traité dans les usines d'Orano. L'État russe conserve une influence majeure sur ce secteur stratégique dans les ex-républiques soviétiques.

Quelles sont les implications politiques et morales de cette situation ?

L'accusation portée par Greenpeace est grave. En maintenant ces échanges, la France alimente l’économie russe et, par extension, sa "machine de guerre", selon les termes de Pauline Boyer, chargée de campagne pour l'ONG. Ce commerce est jugé "insupportable" alors que Rosatom est directement impliqué dans l'occupation militaire de la centrale ukrainienne de Zaporijjia, une première dans l'histoire.

centrale nucléaire

Cette situation révèle un profond décalage entre le soutien affiché à l'Ukraine et la réalité des pratiques industrielles. L'absence de rupture avec Rosatom est perçue comme une forme d'impunité accordée à une entreprise d'État de la Russie, accusée de violations graves du droit international. Le scandale met en lumière une complaisance qui pose une question morale et politique de premier ordre.

Pourquoi le secteur nucléaire échappe-t-il aux sanctions ?

Le nucléaire reste le grand absent des sanctions internationales. Un angle mort stratégique au cœur de tractations intenses entre les 27 membres de l’Union européenne, où la Commission n'a toujours pas fixé de calendrier pour une interdiction. La France, comme d'autres pays, se heurte à une dépendance structurelle difficile à démanteler à court terme.

centrale nucléaire civaux

Cette dépendance est totale : la France importe 100 % de l'uranium nécessaire au fonctionnement de son parc, qui assurait plus de 86 % de la production électrique d'EDF en 2024. Rompre les liens avec l'un des principaux acteurs mondiaux du cycle du combustible n'est pas une décision anodine et expose les limites du discours sur la souveraineté énergétique nationale.

Foire Aux Questions (FAQ)

Qu'est-ce que Rosatom ?

Rosatom est l'entreprise d'État qui supervise l'ensemble du secteur nucléaire en Russie. Elle contrôle un cycle complet, de l'extraction de l'uranium à la construction et la gestion de centrales nucléaires, en passant par l'enrichissement du combustible. Elle est également accusée par Greenpeace d'être impliquée dans l'occupation de la centrale de Zaporijjia en Ukraine.

D'où vient l'uranium utilisé par la France ?

La France importe la totalité de son uranium. Selon les dernières données, en 2025, près de la moitié provenait du Kazakhstan et de l'Ouzbékistan. Cependant, une part significative de ces importations transite par la Russie et est gérée par Rosatom. De plus, 18 % de l'uranium enrichi importé vient directement de Russie.

Le commerce nucléaire avec la Russie est-il illégal ?

Techniquement, non. À ce jour, le secteur du nucléaire civil a été systématiquement épargné par les vagues de sanctions internationales et européennes mises en place contre la Russie depuis le début de la guerre en Ukraine. C'est précisément cette absence de sanctions que dénonce Greenpeace, la qualifiant d'impunité.