Une vaste enquête, menée en 2024 par le cabinet PMP Strategy, dresse un portrait sombre de la santé financière des médias d'information en France. Le rapport, fruit d'une collaboration entre la direction générale des médias et des industries culturelles et l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, souligne une fragilité structurelle qui touche l'ensemble du secteur, des grands groupes nationaux aux acteurs locaux et régionaux.

Un diagnostic alarmant : la triple crise des revenus

Le constat dressé par l'étude est sans appel : le modèle économique traditionnel de la presse est à bout de souffle. Les trois sources de revenus historiques sont menacées simultanément, créant une équation périlleuse.

La publicité numérique, autrefois perçue comme un relais de croissance, est aujourd'hui cannibalisée à plus de 82 % par les géants technologiques comme les GAFAM, laissant des miettes aux éditeurs de contenu.

Ce phénomène a été illustré crûment par la décision de Lidl, deuxième annonceur de France, de déserter les chaînes de télévision au profit des plateformes en ligne, moins régulées.

Parallèlement, le consentement à payer pour l'information s'érode dangereusement. Près de huit Français sur dix déclarent ne pas être prêts à souscrire à des abonnements en ligne, un chiffre bien plus élevé que chez nos voisins allemands.

Enfin, même l'audiovisuel public n'est pas épargné, avec une baisse annoncée de 71 millions d'euros de ses crédits dans le dernier projet de loi de finances. Cette triple contraction des revenus explique pourquoi 56 % des médias interrogés étaient déficitaires en 2024, une situation intenable à long terme.

L'intelligence artificielle : solution miracle ou fossoyeur de la presse ?

Face à cette crise, beaucoup se tournent vers l'intelligence artificielle comme une potentielle bouée de sauvetage. Déjà, 80 % des médias l'utilisent à des degrés divers, que ce soit pour la traduction, la correction, la mise en page ou même l'aide à la rédaction pour 45 % d'entre eux.

Les promesses de gains de productivité sont réelles, certains anticipant des gains de 20 à 30 % d'ici trois ans, ce qui pourrait permettre de réduire les coûts sans sacrifier la production.

Mais cette technologie présente un double tranchant. Les agents conversationnels, comme ChatGPT, redéfinissent l'accès à l'information en répondant directement aux requêtes des utilisateurs.

Ils s'alimentent des contenus produits par la presse sans pour autant générer de revenus en retour, réduisant drastiquement le trafic vers les sites des médias. Quelques accords de rémunération ont bien été signés, mais ces initiatives restent marginales et ne compensent en rien la perte de visibilité et de monétisation.

Quelles perspectives pour une information de qualité ?

Derrière les chiffres se cache une réalité humaine et financière. Le coût total de la production de l'information en France a été estimé à 2,9 milliards d'euros pour 2024.

Ce montant repose majoritairement sur le travail humain et journalistique, avec 34 000 emplois directs dont la masse salariale représente le premier poste de dépenses. Maintenir la qualité, la vérification des faits et le reportage de terrain a un coût incompressible qui augmente avec les charges techniques et logistiques.

En parallèle, les investissements massifs dans les nouveaux formats numériques et l'IA pèsent lourdement sur des finances déjà exsangues. Le groupe Prisma a d'ailleurs annoncé un plan de départ touchant plus de 230 personnes, signe tangible des difficultés du secteur.

La question reste donc entière : sans un modèle économique viable, comment assurer la survie d'une presse robuste, pluraliste et indépendante, ce pilier essentiel de la démocratie ? Une prise de conscience collective semble plus que jamais nécessaire.