Le chiffre est tombé et il marque un tournant décisif. Selon les dernières analyses du secteur compilés par le cabinet d'études Counterpoint Research, près de 16 000 robots humanoïdes ont été installés à travers le monde au cours de l'année 2025.
Un volume qui peut sembler modeste, mais qui signe en réalité l'acte de naissance d'une industrie. L'année 2024 n'était en effet qu'une phase de prototypage et de production pilote, faisant de 2025 l'an zéro officiel de la production à grande échelle.
Une domination chinoise sans partage
La géographie de ce nouveau marché est sans équivoque : plus de 80 % des installations ont eu lieu en Chine. Cette domination chinoise est portée par un écosystème de start-ups particulièrement dynamiques.
AgiBot, une jeune pousse fondée à Shanghai en 2023, s'est arrogé à elle seule plus de 30 % du marché mondial grâce à une gamme de produits diversifiée et une stratégie open-source audacieuse.
Juste derrière, Unitree, déjà reconnue pour ses robots quadrupèdes, a capté environ 27 % du marché, capitalisant sur son expertise en contrôle de l'équilibre et du mouvement, ce qui lui permet de proposer des robots humanoïdes performants à des coûts maîtrisés.
Cet écosystème bouillonnant est complété par d'autres acteurs comme UBTECH Robotics et Leju, qui s'octroient chacun environ 5 % du marché. La surprise vient de l'entrée de Tesla dans le top 5, avec une part de marché approchant également les 5 %. La montée en puissance de son Optimus Gen 2 et Gen 2.5 a été un moteur crucial pour toute la chaîne d'approvisionnement, signalant l'intérêt majeur du secteur automobile pour cette technologie.
Quels modèles économiques pour demain ?
Au-delà des volumes, trois modèles économiques émergents dessinent les contours de l'industrie. Premièrement, l'arrivée de solutions très abordables, à l'image du robot Bumi de Noetix proposé à moins de 1 600 dollars, ouvre le marché à des applications domestiques axées sur l'interaction émotionnelle.
Deuxièmement, le modèle de la location, ou « robots en tant que service (RaaS) », gagne du terrain, notamment dans les services, pour faciliter l'adoption et réduire le coût de possession.
Enfin, la tendance de fond reste l'intensification des capacités de production pour entraîner une baisse des coûts de fabrication dès 2026. Des géants comme Tesla ou Figure AI prévoient de construire des usines où les robots participeront eux-mêmes à la fabrication d'autres robots.
Ce mouvement indique que la future production industrielle sera de plus en plus adaptée à l'intégration de la robotique humanoïde. Cette accélération de la production de masse est la clé pour atteindre une adoption à très grande échelle, notamment via des lignes de production robotisées.
Des implications profondes et déjà visibles
Les projections confirment cette trajectoire fulgurante. Les analystes prévoient que les installations cumulées dépasseront le seuil des plus de 100 000 unités d'ici 2027, soit une multiplication par plus de six en seulement deux ans.
Trois secteurs devraient en être les principaux bénéficiaires, représentant 72 % des installations annuelles à cet horizon : la logistique, l'industrie manufacturière et l'automobile.
L'essor de ce nouveau marché soulève des questions de fond. Son déploiement massif laisse entrevoir un potentiel bouleversement pour le marché du travail dans de nombreux secteurs, où la main-d'œuvre humaine peinera à rivaliser en termes de coût et de productivité.
Par ailleurs, ces machines représentent un nouvel axe de demande pour des matières premières critiques comme le cuivre. Cette demande additionnelle pourrait aggraver les pénuries prévues, créant de nouvelles tensions sur les marchés mondiaux et ouvrant un nouveau chapitre à surveiller de très près.