L’entreprise spatiale Rocket Lab, connue pour sa fusée légère Electron, joue une carte majeure de son avenir avec le développement de son nouveau lanceur de classe moyenne, baptisé Neutron.

Ce projet ambitieux vise à positionner la société sur le marché très compétitif des lancements de constellations de satellites. Cependant, le chemin vers la réutilisation est semé d'embûches, comme vient de le rappeler un récent incident.

Le 21 janvier, un test crucial s'est soldé par une rupture structurelle du réservoir du premier étage de la fusée, un événement qui, sans être une catastrophe, force l'entreprise à revoir ses plans.

Un test de pression aux conséquences inattendues

L'incident s'est produit lors d'un test de pression hydrostatique, une procédure standard dans l'industrie aérospatiale. Elle consiste à remplir le réservoir d'eau et à augmenter la pression bien au-delà des niveaux nominaux de vol pour en valider la robustesse et les marges de sécurité.

C’est durant cette épreuve de force que la structure a cédé dans les installations de l'entreprise au Maryland. Selon la communication officielle de Rocket Lab, ce type de défaillance n'est pas inhabituel durant les phases de qualification, où les équipements sont intentionnellement poussés à leurs limites.

Rocket Lab Neutron barge return on investment

La société s'est voulue rassurante, affirmant qu'il n'y avait eu "aucun dommage significatif" ni aux infrastructures de test ni aux installations environnantes. Plus important encore pour la suite du programme, la production du prochain réservoir du premier étage était déjà en cours.

L'équipe d'ingénieurs se concentre désormais sur l'analyse des données recueillies lors du test pour comprendre précisément les raisons de la rupture et apporter les corrections nécessaires au design ou au processus de fabrication.

Quel impact sur le calendrier de Neutron ?

La question qui brûle les lèvres des observateurs et des investisseurs est celle de l'impact sur le calendrier. Le premier vol de Neutron avait déjà été repoussé à 2026, et Peter Beck, le PDG de l'entreprise, avait lui-même reconnu que ce planning ne tolérait que peu d'imprévus majeurs.

Cet échec de qualification constitue un contretemps notable qui pourrait potentiellement entraîner un nouveau report. L'annonce de l'incident n'a d'ailleurs pas manqué de provoquer une réaction sur les marchés, avec une baisse de plus de 4 % de l'action RKLB dans les échanges après la clôture.

rocket Lab Neutron

Coiffre Hungy Hippo de la fusée Neutron de Rocket Lab

Les conséquences financières et calendaires précises restent à déterminer. Rocket Lab a promis de fournir une mise à jour détaillée lors de sa prochaine conférence téléphonique sur les résultats financiers, prévue en février.

Cette communication sera essentielle pour rassurer les investisseurs et clarifier la feuille de route pour les mois à venir. En attendant, le développement global de la fusée se poursuit sur les autres sous-systèmes, mais l'intégration finale dépendra de la résolution de ce problème structurel.

La course à la réutilisation, un défi de longue haleine

Cet événement rappelle que le développement d'un lanceur réutilisable est un processus complexe et exigeant, même pour un acteur aussi expérimenté que Rocket Lab.

Pousser les structures à leur point de rupture fait partie intégrante de la validation des conceptions avant de confier des charges utiles de plusieurs millions de dollars à un lanceur. Chaque échec en test est une source de données cruciales qui contribue à la fiabilité future du système, un principe fondamental dans l'aérospatiale. Encore faut-il arriver au bout du développement et disposer d'une solution éprouvée à la sortie du cycle de conception.

Alors que la concurrence s'intensifie sur le marché du lancement de moyenne capacité, chaque mois de retard peut avoir des répercussions stratégiques. L'équipe de Rocket Lab est donc engagée dans une course contre la montre pour analyser, corriger et requalifier son réservoir.

L'échéance de février sera déterminante pour savoir si Neutron pourra encore viser un lancement en 2026 ou si ce défi technique obligera à un nouveau glissement du calendrier, laissant le champ plus libre à ses concurrents.