Lancée il y a trois ans, l'initiative de Rolls-Royce visant à développer un micro-réacteur nucléaire lunaire est désormais en pause pour une durée indéfinie.

Malgré un financement initial de 9 millions de livres sterling et un objectif de déploiement pour 2029, l'expiration des contrats gouvernementaux et le manque de partenaires ont gelé le programme, mettant en péril les ambitions spatiales du Royaume-Uni.

Un projet ambitieux aux enjeux stratégiques

Ce programme, porté par la UK Space Agency, était perçu comme une étape cruciale pour asseoir le statut du Royaume-Uni dans la "science de frontière".

L'objectif était double : créer des emplois qualifiés sur le sol britannique et générer des avancées technologiques bénéfiques tant pour l'exploration spatiale que pour des applications terrestres.

Rolls Royce reacteur nucleaire base lunaire

L'enjeu est de taille, car l'énergie nucléaire est considérée comme la seule solution viable pour alimenter une base durant la nuit lunaire. Celle-ci dure 14 jours terrestres, plongeant la surface dans une obscurité glaciale où les températures chutent à -130°C, rendant les panneaux solaires inutiles sans des capacités de stockage de batterie irréalistes.

Le réacteur nucléaire conçu par l'entreprise britannique devait justement répondre à ce défi.

La douche froide : entre manque de partenaires et protectionnisme américain

La principale raison de cette interruption est l'absence de partenaires de lancement prêts à s'engager dans l'aventure. Le géant de l'ingénierie se dit prêt à reprendre les travaux dès qu'une solution sera trouvée, mais sans lanceur, le réacteur reste cloué au sol.

Cette situation laisse le programme dans une impasse, attendant un partenaire aux poches profondes ou un climat politique plus favorable.

Rolls Royce concept micro reacteur nucleaire lune

En parallèle, les États-Unis ont adopté une stratégie résolument protectionniste. L'administration Trump a initié une politique de "supériorité spatiale américaine", exigeant le déploiement d'un réacteur sur la Lune d'ici 2030.

Cependant, la NASA et le Département de l'Énergie ont restreint les appels d'offres aux seules entreprises américaines, excluant de fait des acteurs internationaux comme Rolls-Royce.

Quelles perspectives pour l'énergie nucléaire sur la Lune ?

Malgré la suspension du projet principal, tout n'est pas perdu. La division américaine de Rolls-Royce, LibertyWorks, continue de collaborer avec la NASA sur un composant clé : un convertisseur de puissance capable de transformer la chaleur nucléaire en électricité.

Une coopération qui se poursuit malgré des tensions récentes, notamment après que le gouvernement britannique a préféré l'entreprise à ses concurrents américains pour des contrats de petits réacteurs modulaires (SMR).

Pour l'instant, les ambitions lunaires du Royaume-Uni sont donc en sommeil. Pendant ce temps, la course à l'énergie lunaire ne s'arrête pas, avec les États-Unis qui avancent à grands pas et d'autres nations, comme la Russie, qui travaillent activement sur des projets similaires. L'avenir dira si le réacteur britannique trouvera un jour le chemin des étoiles.