Le 16 janvier marque un tournant pour l'aéronavale britannique avec le vol inaugural du Proteus, une option de plus à venir dans l'arsenal de la Royal Navy et dans un contexte de montée des tensions.

Ce démonstrateur technologique, fruit du programme Atlantic Bastion, promet de redéfinir la surveillance maritime grâce à une autonomie poussée et une capacité d'emport inédite pour un drone, sans exposer les équipages aux zones de danger.

Une réponse stratégique aux menaces sous-marines

Le contexte géopolitique actuel, marqué par une recrudescence de l'activité navale en Atlantique Nord, impose aux forces armées de revoir leurs méthodes de surveillance.

Le programme Atlantic Bastion s'inscrit dans cette volonté de densifier le maillage de détection face aux submersibles potentiellement hostiles. La Royal Navy cherche ainsi à multiplier ses yeux et ses oreilles au-dessus des flots sans nécessairement mobiliser des équipages humains pour des tâches de pure surveillance.

L'objectif est de créer un véritable filet numérique capable de repérer toute intrusion dans des zones critiques, allant de la mer du Nord jusqu'à l'Arctique.

Cette stratégie repose sur l'idée que la quantité et la persistance sont des atouts majeurs dans la guerre moderne. Là où un équipage doit se reposer, un système automatisé peut enchaîner les missions.

En déléguant les tâches fastidieuses et répétitives à des machines comme Proteus, l'état-major souhaite permettre aux pilotes humains de se concentrer sur les missions à haute valeur ajoutée ou les prises de décision complexes.

C'est aussi une manière pragmatique de répondre à l'équation difficile des effectifs limités face à une menace grandissante.

Un colosse technologique de trois tonnes

Contrairement aux drones légers que l'on imagine souvent, le Proteus joue dans la cour des grands avec une masse au décollage avoisinant les trois tonnes. Basé sur la cellule de l'hélicoptère AW09 de Leonardo, il conserve les performances d'un appareil conventionnel tout en s'affranchissant du cockpit habité.

Ce gabarit imposant lui permet d'emporter jusqu'à une tonne de matériel, une capacité indispensable pour déployer des équipements lourds comme des bouées acoustiques ou des radars de recherche maritime performants.

La modularité est au cœur de sa conception, permettant de transformer l'appareil selon les besoins du moment. Que ce soit pour larguer des capteurs sonar ou assurer le transport de fret entre deux navires, le Proteus s'adapte.

Avec une vitesse de pointe de 140 nœuds (260 km/h) et une endurance significative, cet hélicoptère autonome offre une allonge opérationnelle comparable à celle des appareils pilotés actuels. Il ne s'agit pas d'un simple gadget, mais d'une plateforme robuste conçue pour endurer les rigueurs de l'environnement salin.

L'ère de la flotte aérienne hybride

L'intégration de Proteus préfigure la mise en place d'une force aérienne hybride, où machines et humains collaborent étroitement au sein du même espace de bataille.

En agissant comme un multiplicateur de force, le drone permet d'étendre la bulle de protection autour du groupe aéronaval. Il peut s'aventurer dans des zones contestées pour effectuer de la reconnaissance armée ou de la désignation de cibles sans risquer la vie d'un pilote.

Cette synergie entre les systèmes habités et non habités constitue la pierre angulaire de la modernisation britannique, offrant une flexibilité tactique inédite face à des adversaires qui modernisent eux aussi leurs flottes sous-marines.

Vers une autonomie décisionnelle accrue

Ce qui distingue véritablement le Proteus d'un aéronef télépiloté classique, c'est son architecture logicielle avancée. Le système est conçu pour faire preuve d'une autonomie décisionnelle, traitant les données de ses capteurs pour naviguer et réagir à son environnement sans une commande humaine permanente.

Ce degré d'indépendance est crucial pour opérer dans des environnements où les liaisons de données peuvent être brouillées ou intermittentes. L'investissement de 60 millions de livres sterling (172 millions d'euros) souligne l'importance de cette technologie de pointe pour l'industrie de défense nationale.

Le développement se poursuit à Yeovil, assurant le maintien de compétences industrielles stratégiques sur le sol britannique. Les prochaines phases de test viseront à accroître encore cette autonomie et à valider l'intégration des différents capteurs de mission.

Si le prototype actuel ressemble à s'y méprendre à un hélicoptère classique, les versions futures pourraient voir leur design évoluer pour optimiser furtivité et endurance.

La réussite de ce premier vol n'est que le début d'une longue série de validations qui détermineront la place exacte de l'intelligence artificielle dans les futurs conflits maritimes.