Quelques semaines à peine après son lancement, le satellite espagnol SpainSat NG II fait face à son premier défi majeur, non pas technique, mais physique.

Le 2 janvier, alors qu'il manœuvrait pour rejoindre son orbite opérationnelle définitive, l'engin a été heurté par ce que son opérateur, Indra Group, a qualifié de particule spatiale. L'incident soulève de nombreuses questions sur la viabilité de sa mission.

Un programme stratégique pour la souveraineté espagnole

Le programme SPAINSAT NG représente un investissement colossal de plus de 2 milliards d'euros soutenu par le gouvernement espagnol. Son objectif est de garantir des communications sécurisées et fiables pour les forces armées et les agences gouvernementales du pays.

Pour ce faire, il repose sur une constellation de deux satellites de nouvelle génération, conçus pour une durée de vie opérationnelle de 15 ans.

Le développement de ces deux jumeaux technologiques a été confié à un consortium de premier plan mené par Airbus et Thales Alenia Space. Le premier satellite de la constellation, SpainSat NG I, a été lancé avec succès en janvier et est actuellement pleinement opérationnel.

Le second, le SpainSat NG II, a suivi en octobre à bord d'une fusée Falcon 9, et c'est durant sa phase de mise à poste que l'imprévu a frappé.

Que s'est-il réellement passé à 50 000 km d'altitude ?

Selon le communiqué diffusé par Indra Group, qui a récemment pris le contrôle indirect de l'opérateur Hisdesat, l'impact s'est produit à une altitude d'environ 50 000 kilomètres.

Ce chiffre est significatif : il place l'incident bien au-delà de la ceinture géostationnaire classique, où la densité de débris orbitaux traqués est la plus élevée. L'hypothèse d'une collision avec un débris répertorié est donc peu probable.

Satellites 02

Le terme générique de  particule spatiale est souvent employé par les opérateurs lorsque l'objet percuteur est trop petit pour être suivi par les réseaux de surveillance spatiale.

Il pourrait s'agir d'un micrométéoroïde, un grain de matière naturelle voyageant à très haute vitesse dans l'espace. Hisdesat a immédiatement activé un plan de contingence pour assurer la continuité des services promis au Ministère de la Défense espagnol, en attendant de pouvoir évaluer la situation.

Un avenir incertain et une course contre la montre

Pour l'heure, le silence radio prévaut quant à la gravité des dommages subis par le satellite. Les équipes techniques analysent minutieusement toutes les données de télémétrie pour dresser un diagnostic précis.

L'enjeu est de taille, car les satellites SpainSat NG sont des bijoux de technologie, équipés d'antennes reconfigurables en bande X et orientables en bande Ka, développées avec le soutien de l'Agence Spatiale Européenne (ESA).

satellite

Indra Group n'a pas écarté le pire des scénarios, déclarant que « si nécessaire, SpainSat NG II sera remplacé dès que possible ». Une telle perspective serait un coup dur.

Remplacer un satellite de cette complexité, pesant plus de 6 tonnes et doté d'une charge utile spécialisée, pourrait prendre plusieurs années, retardant considérablement la pleine capacité du programme de défense.

Une nouvelle fois s'opposent les deux approches spatiales, entre satellites lourds, complexes et difficilement remplaçables, et petits satellites plus simples mais pouvant être plus facilement déployés et remplacés en cas d'incident, même si les rôles et les orbites ont un impact sur le choix de leur conception.